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Polluants éternels dans l’eau du robinet : Toulouse en avance sur les nouvelles normes européennes

Fontaine à eau potable. Jade David

Depuis le 1er janvier 2026, les fournisseurs d’eau doivent contrôler la présence de vingt substances perfluoroalkylées (PFAS) dans l’eau du robinet. À Toulouse, la métropole a anticipé cette réglementation avec son programme Qualité Plus. État des lieux.

On les appelle les « polluants éternels ». Les PFAS constituent une vaste famille de plusieurs milliers de composés chimiques. Leur particularité ? Une fois libérés dans l’environnement, ils y restent pendant des décennies, voire des siècles. D’où leur surnom inquiétant.

Ces molécules, un alliage de carbone et de fluor inventé dans les années 1940, ont colonisé notre quotidien. On les retrouve dans les emballages alimentaires, les poêles antiadhésives en téflon, certains cosmétiques, les vêtements imperméables ou encore les mousses anti-incendie. Leurs propriétés – résistance à la chaleur, à l’eau, effet antiadhésif – en ont fait des produits prisés par l’industrie. Mais cette indestructibilité est devenue leur principal danger.

Le problème, c’est que ces substances contaminent les sols, les rivières et les nappes phréatiques, pour finalement se retrouver dans l’eau du robinet. Selon plusieurs études scientifiques, une exposition prolongée aux PFAS peut augmenter les risques de développer certains cancers, perturber le système hormonal, affecter la fertilité ou encore affaiblir la réponse aux vaccins. En Europe, on estime que 12,5 millions de personnes vivent dans des communes où l’eau potable contient des PFAS.

Une nouvelle obligation européenne

Face à cette contamination généralisée, l’Union européenne a décidé d’agir. La directive européenne relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine impose désormais aux collectivités de surveiller 20 PFAS spécifiques dans l’eau potable. La limite fixée est de 0,1 microgramme par litre pour la somme de ces substances.

Cette obligation entre en vigueur au 12 janvier 2026. Concrètement, les Agences Régionales de Santé doivent désormais intégrer systématiquement la recherche de ces polluants dans leur contrôle sanitaire de routine. Un tournant majeur dans la surveillance de la qualité de l’eau.

En France, la loi n°2025-188 du 27 février 2025 est allée plus loin en interdisant dès le 1er janvier 2026 la fabrication, l’importation et la vente de nombreux produits contenant des PFAS : cosmétiques, farts pour skis, vêtements et chaussures imperméables (à l’exception des équipements de protection pour pompiers et militaires). Cette interdiction sera étendue en 2030 à l’ensemble des textiles.

À Toulouse, une longueur d’avance

Bonne nouvelle pour les Toulousains : la métropole n’a pas attendu 2026 pour agir. Depuis 2020, Toulouse Métropole effectue déjà des analyses sur 20 PFAS dans ses trois principales stations de production d’eau potable : Clairfont à Portet-sur-Garonne, Pech David à Toulouse, et le Marquisat à Tournefeuille.

Les résultats sont rassurants. Entre 2022 et aujourd’hui, 46 analyses ont été réalisées par l’ARS et Eau de Toulouse Métropole. Parmi elles, 89 % ont conclu à une absence totale de PFAS, soit 41 analyses. Seules cinq ont révélé leur présence, mais dans des taux très faibles, avec un maximum de 0,0081 microgramme par litre. C’est moins d’un dixième du seuil réglementaire. 

Robert Médina, vice-président de Toulouse Métropole en charge de l’eau et de l’assainissement, se veut confiant : « Les analyses réalisées n’ont révélé que de très faibles concentrations, voire aucune, de PFAS dans l’eau distribuée. » Un constat qui s’explique en partie par la chance géographique de la métropole : la Garonne, qui fournit 98 % de l’eau brute utilisée, est moins exposée aux industries polluantes que d’autres fleuves français.

Mais cette situation favorable ne signifie pas pour autant l’inaction. Au contraire, la métropole toulousaine a décidé d’anticiper l’évolution des normes avec un programme ambitieux baptisé « Qualité Plus ».

Aller au-delà des normes

Lancé en 2023, le programme Qualité Plus représente un investissement de 40 millions d’euros pour moderniser le traitement de l’eau dans les trois usines de production de la métropole. L’objectif ? Ne pas se contenter de respecter les normes réglementaires, mais aller bien au-delà.

Le projet prévoit l’installation de technologies de pointe : du charbon actif en micro-grains pour éliminer les pesticides et les PFAS, de l’ozonation pour supprimer tout risque de contamination microbiologique et parasitaire, et des dispositifs de reminéralisation pour garantir une eau de qualité optimale.

Le déploiement se fait progressivement. L’usine de Clairfont a été la première équipée, avec une mise en service à l’été 2025. Celle de Pech David suivra au printemps 2026, et le Marquisat sera modernisé fin 2026. Une fois l’ensemble du programme achevé, les 800 000 habitants de la métropole bénéficieront d’une eau avec niveau de « Qualité Plus ».

Chaque année, près de 4 000 analyses sont réalisées dans les installations de distribution d’eau de Toulouse Métropole. Cette vigilance constante permet d’anticiper les problèmes plutôt que d’y réagir. En cas de détection de polluants, des traitements renforcés au charbon actif ou à l’ozone peuvent être rapidement déployés.

Un enjeu de santé publique pour l’avenir

Au-delà des obligations réglementaires de 2026, la question des PFAS dans l’eau potable soulève des interrogations plus larges. Les 20 substances contrôlées représentent une infime partie des 4 000 à 12 000 molécules de PFAS identifiées. Certaines, comme l’acide trifluoroacétique (TFA), ne sont pas incluses dans la liste actuelle, bien qu’elles soient largement présentes dans l’environnement.

Une campagne nationale menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) entre 2023 et 2025 a révélé la présence de TFA dans 92 % des échantillons d’eau analysés en France. Face à ce constat, le gouvernement a décidé d’ajouter le TFA à la liste des substances contrôlées, mais seulement à partir du 1er janvier 2027.

À Toulouse, les autorités veulent croire que leur stratégie d’anticipation permettra de faire face à ces évolutions réglementaires futures. « Nous ne nous contentons pas des exigences réglementaires, nous allons bien au-delà pour assurer la santé publique », insiste Robert Médina.

💧 Pour aller plus loin

Pour consulter les résultats d’analyse de l’eau dans votre commune, rendez-vous sur le site de l’Agence régionale de santé Occitanie ou sur la plateforme nationale de visualisation des PFAS développée par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).