Rechercher

Écolo, moi ? Oui, mais pas tous les jours


Un panier de courses bio revient à 280 euros par mois en moyenne, soit près du double du budget alimentaire étudiant habituel © Clarence Dubois

Sensibles aux enjeux environnementaux, les étudiants peinent à traduire leurs convictions en actes. En cause, le budget, le temps et la fatigue.

« Je trie mes déchets, je prends mon vélo quand je peux, mais franchement, acheter bio avec 400 euros par mois, c’est juste impossible. » Romane, 21 ans, étudiante en psychologie à l’ICT Toulouse, résume en une phrase le grand écart qui traverse sa génération. Sur le papier, les jeunes sont largement acquis à la cause environnementale. Dans les faits, c’est plus compliqué.

Les étudiants face à l’écologie

Comment les étudiants se positionnent face à l’écologie ?

Source : Consultation Nationale Étudiante 2023 (RESES) – 14 000 étudiants interrogés

Des gestes, mais pas tous

« J’aimerais bien acheter local et de saison, mais quand tu compares les prix au supermarché, tu comprends vite que c’est pas pour toi », confie Samuel, 20 ans, en licence maths à l’université Paul Sabatier. Avec un budget nourriture plafonné à 150 euros par mois, difficile de faire des choix militants. « Je prends ce qui est en promo. Point. »

Certaines pratiques s’installent sans difficulté : le tri des déchets, l’usage d’une gourde, les trajets à vélo. « Je ne me vois pas acheter des bouteilles en plastique, c’est automatique maintenant », explique Romane.

Mais d’autres choix restent inaccessibles. Acheter en vrac, privilégier les friperies, limiter les commandes sur internet. Autant de pratiques qui demandent du temps et de l’organisation. « J’ai essayé le vrac, mais entre les cours, le boulot et les révisions, je n’ai pas le temps de passer dans trois magasins différents », avoue Samuel.

Le saviez-vous ?

💡 Le saviez-vous ?

20 à 30 % plus cher

C’est le surcoût moyen des produits bio par rapport aux produits conventionnels en France. Pour certains légumes comme les tomates, la différence peut grimper jusqu’à 70 %.

60 % d’étudiants « éco-actifs »

Selon une enquête nationale auprès de 14 000 étudiants, 6 sur 10 se disent sensibilisés et prêts à agir pour l’environnement. Mais 36 % restent dans l’inaction malgré leurs convictions.

80 % des Français

Citent le prix comme principal frein à l’achat de produits bio. Un obstacle d’autant plus important pour les étudiants, dont le budget alimentaire moyen ne dépasse pas 150 à 200 euros par mois.

Sources : Consultation Nationale Étudiante 2023 (RESES), The Conversation 2024, Familles Rurales 2023

L’éco-fatigue

Il y a aussi cette lassitude. « On nous demande de faire attention à tout : l’eau, l’électricité, les déchets, les vêtements… À un moment, tu satures », lâche Romane. « J’ai l’impression qu’on fait peser toute la responsabilité sur les individus, alors que les vrais pollueurs, ce sont les grandes entreprises. »

Les étudiants ne sont pas dupes. Ils savent que leurs efforts individuels pèsent peu face aux enjeux globaux. Beaucoup aimeraient que les pouvoirs publics facilitent les comportements écologiques avec les transports gratuits, cantines universitaires avec des produits locaux, aides pour l’achat de vélos. « Si c’était plus simple et moins cher d’être écolo, tout le monde le ferait », assure Samuel.

En attendant, ils font des choix, parfois contradictoires, souvent imparfaits. L’écologie étudiante ressemble finalement à un engagement de bonne volonté, pris dans les contraintes de la vie réel.

Clarence Dubois