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« La production française ne peut pas suivre la cadence » : face aux importations, les fleurs françaises en quête de renouveau

200 millions de roses rouge sont vendues chaque années à la Saint-Valentin. © Manon Dartiguelongue

Derrière les bouquets offerts chaque jour, se cache une filière ultra-dépendante des importations. Entre impact écologique et relance du “made in France”, les fleuristes cherchent à remettre un peu de vert dans nos fleurs

Elles égayent les intérieurs par leurs couleurs et leurs parfums. Offertes lors d’anniversaires, de deuils ou de traditions bien ancrées comme la Saint-Valentin, les fleurs font partie du quotidien de nombreux Français. Pourtant, derrière ces bouquets familiers, une réalité reste largement méconnue.

Entre 80 et 90 % des fleurs coupées vendues dans l’Hexagone sont importées. La majorité transite par les Pays-Bas, véritable plaque tournante du marché floral européen. « C’est là que l’on se fournit en majorité, plus précisément en Hollande », explique Axel, fleuriste dans une boutique Monceau Fleurs à Beauzelle. « La production française existe, notamment dans le Var avec des serres, mais elle reste insuffisante pour répondre à la demande », ajoute-t-il.

Dans les rayons, le constat est avant tout économique. Produites en plus petites quantités, avec moins de moyens, les fleurs françaises coûtent plus cher. « Pour nous, l’importation est plus simple : il y a du stock, de la régularité et des prix plus accessibles pour les clients », poursuit le fleuriste. Selon lui, les consommateurs ne rejettent pas le ‘made in France’, mais arbitrent souvent en fonction du prix. « La Hollande n’est pas perçue comme le bout du monde. Les gens viennent pour la qualité visuelle et les bas prix. »

Le 100 % français : un modèle trop cher ?

Certaines enseignes vont encore plus loin, en s’approvisionnant en Amérique du Sud, notamment en Équateur ou en Colombie, où les coûts de production sont plus faibles. Une dépendance aux importations qui n’est pas sans conséquences. Transport aérien ou routier réfrigéré, serres chauffées et éclairées, consommation massive d’eau : la fleur coupée est loin d’être un produit anodin. Mais passer au 100 % français serait plus cher, selon Axel. « Le coût des fleurs augmenterait de manière significative, c’est certain, et c’est sur nos marges que l’on voit la différence ». D’autant plus que, selon lui, c’est la production bleu blanc rouge qui ne suivrait pas : « Les infrastructures françaises ne peuvent pas suivre la cadence actuelle des ventes. »

Néanmoins, ce n’est pas l’avis de tout le monde. Certains fleuristes tentent de repenser la filière. C’est le cas de Camille Lao-Martinez, fondatrice de Mimosa, fleuriste indépendante engagée dans une démarche éco-responsable. Il y a cinq ans, lors de sa formation, elle découvre l’envers du décor : pesticides, kilomètres parcourus, dépendance massive aux importations. « Je n’imaginais pas que la majorité des fleurs vendues en France venaient de l’étranger ». Depuis, elle choisit alors de ne travailler qu’avec des fleurs de saison, produites localement. Une démarche encore marginale, mais en développement. « Il existe de plus en plus de fleuristes éco-responsables, et les prix n’augmentent pas forcément pour les clients. Personnellement, je fais des bouquets en fonction de ce que les gens veulent mettre comme budget », explique-t-elle. Et pour les fêtes comme pour la Saint-Valentin, elle remplace la rose rouge importée par des tulipes, renoncules, anémones ou du mimosa, des fleurs de saison.

Contrairement aux idées reçues, l’éco-responsabilité n’est pas réservée à une clientèle aisée. « La rose rouge devient très chère à la Saint-Valentin parce que tout le monde en veut. Les autres fleurs restent à des prix stables », souligne Camille.