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Les soldes vues par les friperies toulousaines

La friperie La Joutiya © Meïssa Djaouti

Selon une étude de l’Institut Français de la Mode réalisée au premier trimestre 2025, 36,4 % des dépenses vestimentaires sont effectuées durant à l’occasion de périodes d’offres promotionnelles. En cette matinée de janvier, les rues du centre-ville restent encore clairsemées en ce premier jour de soldes. La faute, peut-être, aux températures glaciales qui surprennent la ville depuis quelques jours. 

Tandis que les enseignes de prêt-à-porter relèvent leurs rideaux, les premiers passants se dirigent aussi vers les friperies, devenues au fil des années un passage quasi obligé de toute séance shopping. Moment clé pour le marché français de l’habillement, les périodes de soldes concentrent une part importante des achats. D’après l’étude Joko, 53 % des Français ont participé aux soldes d’hiver en 2025, contre 49 % l’année précédente. Pourtant la dépense moyenne par consommateur est passée de 118 euros en 2024 à 98 euros en une an. Dans ce contexte, les friperies obéissent à une logique différente. 

Un marché en pleine croissance 

Rue Sainte-Ursule, Melvyn est employé chez The Purples, une friperie spécialisée dans les marques américaines avec une part de dépôt-vente. Même si un système de soldes débutera à partir de demain, il constate une baisse de fréquentation durant ces périodes. « on vend beaucoup moins en friperie, on l’a constaté dernièrement avec le Black Friday » déplore Melvyn. Cela s’explique par des prix assez bas pour des produits neufs pendant les soldes. Il l’illustre avec l’exemple des vestes de la marque Columbia : « Pendant le Black Friday, elles sont vendues neuves entre 60 et 50 euros, alors qu’elles sont autour de 35 euros en friperie ». Malgré tout, il reste optimiste « Il y a toujours des chineurs qui viennent toujours. Ils achètent pas mal, mais ça ne sera jamais de la surconsommation » conclut-il.

Un constat que partage Marco, fondateur de La Joutiya. Le shop a ouvert il y a un peu plus de deux ans, pas loin de la Daurade, et propose une collection éclectique lui aussi, oscillant entre des pièces archives de marque de luxe comme Dolce&Gabbana et Jean Paul Gaultier, et des pantalons à pince à moins de 15 euros par exemple. « On essaye de proposer des prix assez bas pour ne pas avoir à faire trop de soldes » tout au long de l’année Marco propose des soldes de manière spontanée, « on peut annoncer en story le jour-même 10 % de réduction sur tout le luxe pour la journée par exemple », le fondateur déclare aussi appliquer des réductions en caisse lorsque les chalands achètent en lots.  Au sujet des soldes traditionnelles, il explique « Nous nous calquons sur cette période et nous faisons une semaine de soldes avec  20 % de réduction, ce qui peut créer un engouement parce qu’il y a généralement du monde dehors. » 

La Joutiya © Meïssa Djaouti

Les habitudes de consommation évoluent

À quelques pas, pour la friperie Au Grenier d’Anaïs, nichée rue Peyrolières, les soldes ne constituent pas un levier commercial. « Nous ne faisons pas de soldes », explique Emmanuelle « Nous n’avons pas de collections, ce qui n’est pas vendu cette année peut être remis en rayon l’année suivante, sans contrainte de stock. » Là où les enseignes de prêt-à-porter doivent écouler leurs surplus à chaque fin de saison, la seconde main s’inscrit dans un temps plus long. Si aucune réduction n’est affichée en vitrine, la période reste néanmoins favorable « Il y a toujours du monde les samedis. Les gens sont en ville pour faire les soldes et entrent aussi ici », observe la commerçante. Elle reconnaît avec justesse que les clients ne sont pas toujours dans une démarche écoresponsable. « il arrive que des clients entrent en boutique avec des sacs Primark », regrette Emmanuelle. Le marché de la seconde main poursuit sa croissance. En France, il a dépassé les 7 milliards d’euros cette année.

Meïssa Djaouti