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Fruits importés : le gouvernement serre la vis

De nombreux fruits exotiques en provenance des pays tels que le Costa Rica, le Mexique, le Bénin ou encore le Pérou pourraient bientôt disparaître des rayons. © Ilona Esposito

Dans un arrêté publié ce mercredi dans le Journal Officiel, le Premier Ministre annonce que dès jeudi l’importation de fruits et légumes traités avec des pesticides interdites au sein de l’Union européenne.

Des petits écriteaux « Pérou », “Colombie” ou « Brésil » pourraient-ils disparaître des étals dans les prochains jours ? En effet, face à la colère persistante des agriculteurs, le gouvernement a annoncé, ce mercredi matin, la suspension des importations de fruits et légumes contenant des pesticides interdits dans l’Union européenne. Un arrêté publié sur le Journal officiel vise plusieurs fongicides et herbicides, parmi lesquels se trouvent le mancozèbe, le glufosinate ou encore le carbendazime. La mesure entrera en vigueur dès jeudi, pour une durée maximale d’un an.

Présentée comme une réponse à la crise agricole, cette décision concerne une large gamme de produits, avocats, mangues, goyaves, agrumes et bien d’autres. L’Amérique du Sud est la plus concernée par ces restrictions. Alors qu’un accord commercial avec les pays du Mercosur est encore en train d’être négocié.

Pour autant, le ministère de l’Agriculture nuance la portée géographique de l’arrêté. « Compte tenu du profil des produits, cela concerne pas mal l’Amérique du Sud. Mais ce n’est pas un arrêté dirigé contre l’Amérique du Sud. Il vise tout pays du monde qui traiterait les fruits et légumes concernés avec l’une de ces substances« , précise le ministère, cité par 20 Minutes.

« On ne peut pas tout produire en France« 

Mais sur le terrain, la mesure ne fait pas l’unanimité. Bart Verhoef, exploitant du Verger de Candie, l’une des plus grandes fermes d’Occitanie, se montre perplexe face à ce qu’il considère comme un débat trop simplifié.
« Les traitements et les réglementations ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre. L’impact n’est donc pas du tout comparable. La mangue, par exemple, ne me pose aucun problème si elle vient d’ailleurs, on ne peut pas tout produire en France« , explique-t-il.

L’agriculteur pointe surtout un empilement de règles qui pèse sur la profession sans améliorer concrètement sa situation. « On parle beaucoup de mesures, mais concrètement, rien ne change. Il y a toujours autant de contrôles, de réglementations et de restrictions. Le « tout local », aujourd’hui, ça ne fonctionne pas« , regrette-t-il. Selon lui, ce type de décision risque même d’accélérer le décrochage du secteur agricole. « Si on continue comme ça, dans dix ans, il n’y aura plus d’agriculteurs. À force de vouloir toujours plus de ventes et plus de production, on tire la profession vers le bas.« 

Derrière ces critiques, une inquiétude économique profonde. « Je souhaite que les institutions et les collectivités achètent français. C’est la seule manière de s’en sortir. Ça fait déjà 42 ans que je travaille et je ne prendrai pas ma retraite avec 800 euros par mois, je ne pourrais pas survivre.« 

Des consommateurs convaincus, des rayons sous tension

Côté consommateurs, la mesure est plutôt bien accueillie. Sur le parking d’un supermarché toulousain, une cliente explique déjà privilégier les fruits et légumes de saison et se dit peu concernée par une éventuelle disparition des produits exotiques. « Quand je vois leur origine, je ne les consomme pas. Pour moi, c’est une mesure de prévention, pour la santé et pour l’agriculture européenne », affirme-t-elle. Dans les rayons, en revanche, l’arrêté commence à se faire sentir. Un responsable du rayon fruits et légumes confirme que certains produits exotiques vont disparaître, une situation rendue plus délicate en période hivernale, où l’offre française est limitée. « Les avocats seront aussi concernés aujourd’hui, on s’approvisionne au Chili et au Maroc, mais on devra sans doute se rabattre uniquement sur le Maroc », précise-t-il.

Clémence Riot, Ilona Esposito