Arrivée en France en juin 2025, la dermatose nodulaire contagieuse sème le chaos au sein des éleveurs bovins du Sud-Ouest de la France. Mais qu’est-ce que c’est la DNC ? Explication.
Depuis plus d’un mois, de plus en plus de foyers de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) se développent en Occitanie (principalement en Ariège et dans les Pyrénées-Orientales). Face à ça, le gouvernement a mis en place plusieurs mesures, dont la vaccination des bovins et l’abattage systématique des cheptels infectés. Ce mercredi 7 janvier, de nombreux agriculteurs de la CR 82 ont bloqué différents axes de Toulouse pour protester contre ces mesures.
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Pour bien comprendre tout la situation derrière cette crise agricole, commençons par répondre à cette question essentielle : c’est quoi la dermatose nodulaire ?
Une maladie virale infectieuse
Ce n’est pas la première fois que le monde fait face à des cas de dermatose. Les premiers sont apparus en 2010 en Grèce et en Bulgarie. Depuis 2023, de nouveaux cas ont fait leur apparition en Asie, en Afrique subsaharienne et en Afrique du Nord. Le 20 juin 2025, elle est détectée pour la première fois en Sardaigne, et quelques jours plus tard, le 29 juin, un premier cas apparaît en France, en Savoie.
« La dermatose nodulaire, c’est une maladie virale contagieuse qui n’affecte que les bovins. Elle se traduit par des symptômes majeurs sur la peau comme des nodules (gros boutons) », explique le docteur en médecine vétérinaire François Schelcher, spécialiste européen en gestion de la santé bovine. Ce virus, non transmissible à l’homme, « se traduit par le fait que le bovin est malade, donc ne mange plus et a de la fièvre, et dans certains cas, ça se généralise et il peut y avoir une atteinte des organes internes », détaille le Pr François Schelcher.
« Jusqu’en juin, c’était une maladie considérée comme ‘exotique’. La particularité, c’est qu’elle est très contagieuse et elle est susceptible de provoquer des pertes assez élevées dans les troupeaux atteints. »
La DNC se transmet ainsi d’un animal à l’autre principalement par la piqure de deux types d’insectes qui se nourrissent du sang des bovins : les taons, et surtout les mouches piqueuses stomoxes (aussi appelées mouches charbonneuses). Ces insectes transmettent alors la dermatose aux bovins, comme un moustique pourrait transmettre le paludisme ou le chikungunya.

(Plus de détail sur : https://draaf.occitanie.agriculture.gouv.fr/dermatose-nodulaire-contagieuse-bovine-a9692.html)
Quelles solutions ?
Jusqu’à présent, le Ministère de l’Agriculture a opté sur plusieurs solutions radicales pour se débarrasser de la maladie et empêcher qu’elle se développe sur le territoire. Tout d’abord, l’abattage du troupeau atteint. De cette façon, le « réservoir du virus » est détruit. Puis, un périmètre de surveillance et de protection va être mis en place pour empêcher le mouvement des animaux des cheptels alentour. Le troisième élément mis en place est la vaccination.
Mais pour le professeur et vétérinaire Schelcher, ces mesures sont une « question de bon sens et de réglementation ».
« Il faut faire en sorte de s’en débarrasser le plus vite possible. Il n’y a pas de traitement curatif qu’on applique sur un animal malade et qui lui permettrait de guérir. Mais il y a des traitements préventifs : la vaccination. En plus de toutes les mesures prises, on renforce la surveillance en passant systématiquement dans les élevages. Nous participons à une démarche plus active. Les gens ne font pas ce qu’ils veulent, c’est comme le code de la route. Sur la route, on respecte un certain nombre de règles. Eh bah là c’est la même chose. »
Avancée de la maladie en Occitanie
Depuis le 29 juin 2025, 117 foyers ont été détectés en France, dont 29 en Occitanie : Pyrénées-Orientales (22 Ariège (3) et Hautes-Pyrénées (1), Haute-Garonne (2), Aude (1). Pour l’heure, 80 % du cheptel des dix départements du Sud-Ouest concernés est vacciné, soit 558 022 bovins vaccinés.

(Plus de détails sur : https://agriculture.gouv.fr/dermatose-nodulaire-contagieuse-des-bovins-dnc-point-de-situation)
Pour le professeur Schelcher, l’éradication de la maladie en France est proche : « L’Espagne a adopté les mesures françaises strictes à la fin de l’été, ce qui a conduit à l’arrêt de la diffusion de la maladie. Actuellement, le froid améliore la situation : une partie des bovins est en intérieur et en dessous de 7 degrés, le stomoxe meurt. Le foyer des Alpes a démarré fin juin et depuis fin août, il n’y a plus de cas. D’ici 2 mois, il ne devrait plus y avoir de nouveaux cas. Il faut attendre que la vaccination ait fait son effet. Si on applique rigoureusement les autres mesures, il n’y aura pas de nouveaux de cas. »
Lucie Jodot

