Les femmes dans le sport, sur le podium des oubliées

A moins d’un mois de la journée internationale des droits des femmes, la question de leur place dans le sport se pose. Malgré une sous-représentation dans les médias et la présence exacerbée de sexisme, un réel potentiel économique et médiatique apparaît. Analyse.
Les télévisions françaises diffusent de plus en plus de matchs de foot et de rugby féminin. Crédit photo : Thomas Walter - Pixabay

Moins de 10%. La parole médiatique des femmes est équivalente à 10% concernant le sport dans notre pays. C’est ce que révèlent les différents sondages établis depuis une dizaine d’années et la tendance n’est pas franchement à la hausse. Les femmes restent très minoritaires à l’écran comme à l’écrit. Cette année encore, l’Arcom qui régule la diffusion a reconduit son opération “Sport féminin toujours”. Le but est d’inciter les médias à diffuser davantage de retransmissions sportives sur les antennes mais aussi à aborder les thématiques liées à la pratique du sport féminin

Dans le sens de l’Histoire 

Le développement du sport professionnel féminin est sans aucun doute lié à la place des femmes dans la société ainsi qu’à la lutte pour l’égalité. En 1900, les femmes font pour la première fois, leur apparition aux Jeux olympiques. Elles sont alors 22 contre 975 hommes. 17 ans plus tard, la Française Alice Milliat fonde la Fédération sportive féminine internationale. Le combat des féministes du XXème siècle a porté ses fruits car 4700 femmes ont participé aux JO de 2016, représentant 45 % des athlètes. Pour les prochains JO, les instances espèrent atteindre la parité exacte. Marie a 25 ans et elle pratique le basket en région toulousaine depuis maintenant presque vingt ans. Selon elle, le plus important c’est de “pratiquer son sport sans trop se soucier des autres. On est une équipe, on s’entend toutes bien et on aime faire ce sport ensemble. Les critiques liées à notre genre ou à notre façon de jouer qui serait moins “normale” ne nous atteint pas et heureusement“, explique la jeune femme qui a déjà subi des insultes pendant un match de la part d’un homme cinquantenaire lui disant “on se fait chier à un match de femmes, enfin si on peut appeler ça un match“. Marie ajoute que, au contraire, ces invectives peuvent devenir une “force” et “une envie encore plus forte de se dépasser pour montrer qu’on a notre place et qu’on mérite le respect comme les joueurs masculins”.

Alors qu’il y a encore quelques décennies, il était inimaginable de laisser une femme parler de football ou encore de rugby, aujourd’hui, elles ont leur place à l’antenne. Les journalistes femmes peuvent apporter un traitement plus égalitaire du sport car il y a toujours un traitement différencié entre le sport masculin et le sport féminin. Elles apportent souvent un traitement plus égalitaire du sport car on constate toujours un traitement différencié entre le sport masculin et le sport féminin. Lorsqu’un sujet sur les sportives est traité, les journalistes ont tendance à s’attarder sur “l’extra-sportif” et même souvent à comparer leurs performances à celles des hommes comme si celles-ci étaient la norme. C’est d’ailleurs pour cela que les stéréotypes se renforcent. Cécile Grès, journaliste sur France Télévisions et membre de l’association “femmes journalistes de sport” est présente notamment pour les matchs de rugby. De son côté, Laure Boulleau, apporte régulièrement son expertise footballistique. Pourtant, ces femmes sont souvent critiquées, en partie sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, des internautes, se sentant tout-puissants écrivent par exemple “Une femme ne peut pas parler de foot, elle n’y connaît rien” ou encore “Mal-baisée”. Les commentaires sont quasiment systématiquement sur le statut de femme ou sur la sexualité. Malgré ces publications haineuses régulières, les femmes semblent gagner un peu plus de place dans le sport. D’ailleurs, un vrai potentiel économique et médiatique se distingue. 

Les Français veulent voir plus de sport féminin

Entre sport masculin et féminin, il existe une économie à deux vitesses qui est en partie liée au déficit de médiatisation : moins un sport est visible dans les médias, moins il est facile de le vendre, d’attirer sponsors et spectateurs et de gagner de l’argent autour d’une équipe ou d’un athlète. C’est ce qui explique que le sport féminin en France est très peu professionnalisé, à part quelques équipes de football ou de handball.

Fort des nombreux succès des Françaises et de la volonté des citoyens d’en voir davantage, les programmes retransmettant des compétitions féminines deviennent de plus en plus rentables pour les diffuseurs.Le rapport entre le montant des droits télévisuels et les recettes publicitaires est devenu intéressant pour eux car les recettes publicitaires surpassent le coût d’achat des droits de retransmission”, indiquent les instances en ajoutant que ce n’est pas toujours le cas pour les compétitions masculines.

La Maison du Sport au féminin est une association toulousaine créée en 2022. Elle se structure autour de cinq axes : le sport-santé, la représentativité et les carrières, l’accessibilité, la visibilité et la pédagogie. Un lieu né à l’initiative du Medef Haute-Garonne, en collaboration avec le CREPS et d’autres acteurs économiques et sportifs du territoire ainsi que des collectivités locales et des associations.Léa Durand, à la tête de cette association se confie sur la genèse. “Nous avons dressé le constat qu’il existait beaucoup d’inégalités face au sport. Nous avons créé plusieurs pôles car il y a différents enjeux comme l’accès à la pratique, l’amélioration de la pédagogie et de la culture, l’impulsion de la notoriété, la santé et le sport, l’encouragement pour les carrières féminines sportives et d’autres.“, confie Léa Durand. Elle ajoute que, certes, “il est trop tôt pour mesurer nos impacts mais on voit bien que tout ces sujets suscitent l’intérêt car nous recevons de nombreuses sollicitations du monde sportif amateur, d’écoles ou encore d’entreprises. Ce que nous savons c’est que nous sommes motivés à faire bouger les choses et nous voyons que tout le monde se mobilise, alors nous prenons cette opportunité.

Alors, le sport féminin parviendra-t-il à se hisser sur la première marche du podium ?

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