L’interruption volontaire de grossesse : un débat houleux, aux combats multiples

Le droit à l'avortement dans la Constitution. Un combat qui a toute son importance. Crédit: Pexels, Helena Jankovia.
He oui, la proposition de rentrer l’IVG dans la constitution est arrivée depuis quelque temps dans l’hémicycle. Pour fêter sont arrivés, les parlementaires favorables à ce projet n’ont pas de quoi s’ennuyer avec des débats plus que mouvementés, mais aussi des médias absents. Sarah Tanzilli, députée et membre de la commission des lois à l'Assemblée nationale, revient sur le sujet.

Une proposition de loi qui n’est pas la première sur le sujet entre fin juin et début septembre 2022. Pourtant, ce n’est que le 24 novembre que l’Assemblée nationale adopte, avec des modifications la proposition de loi en première lecture par 337 voix pour, 32 contre et 18 absentions. Un pas qui compte, et qui ouvre enfin les discussions. Sarah Tanzilli, engagée profondément dans la cause : «On avait besoin que ça passe. Les événements aux Etats-Unis on fait un électrochoc. Ils ont étaient les premiers à adopter ce droit. Pourtant, ils nous montrent que justement, l’interruption volontaire de grossesse n’est pas acquise. À ce jour, il est en danger».

Si certains ne voient pas la nécessité de défendre ce droit, dans l’hémicycle, la colère de certains partis grondent : «Certains commencent à mettre des coups de butoir au droit à l’IVG petit à petit. En essayant de réduire l’accès, les conditions pour pouvoir recourir à cette pratique», les mots de la députée peuvent surprendre, or, c’est une réalité.
De nos jours, de nombreux journalistes, politiques, ou simplement citoyens appuient sur le fait que l’avortement en lui-même n’a pas besoin de prendre plus de place. Une phrase que l’on a souvent entendue dans les médias. «Ce n’est pas nécessaire d’en faire plus, c’est acté», pourtant, la vérité n’est pas là. «Le droit à l’IVG est un totem du droit des femmes, parce qu’à un moment la maîtrise de son corps, c’est la maîtrise de son destin, c’est la maîtrise de sa vie. Si on veut priver la femme du droit à l’interruption de grossesse, c’est d’un côté vouloir la maîtriser elle tout court. Et c’est là où justement l’IVG a sa place dans la Constitution, c’est même nécessaire», Sarah Tanzilli. 

En France, il y a des phénomènes sociaux de recul des droits fondamentaux des femmes. Il y a une montée de la religion, mais aussi des mêmes personnes contre le mariage pour tous qui prennent en main le droit à l’IVG, avec de nombreux moyens de communication contre ce droit. «Il y a une stratégie de communication de ces personnes assez sournoise, qui est de dire qu’ils défendent le droit à la vie. Forcément, personne n’est contre le droit à la vie. Il y a une montée de la religion, mais aussi des mêmes personnes contre le mariage pour tous qui prennent en main le droit à l’IVG, avec de nombreux moyens de communication contre ce droit», explique la députée.

Tension dans l’hémicycle

«Nous, on est bon nombre de parlementaires à avoir reçu des courriers nous indiquant qu’on était des meurtriers, parce qu’on voulait justement consacrer l’IVG dans la constitution. Le tout avec des petits fœtus en plastique», déclare Sarah Tanzilli. Des messages choquants, ayant aucune place dans un lieu tel que l’Assemblée nationale. Les confrontations ne se sont pas arrêtées aux menaces en anonyme. Des propos du même type se sont glissés durant les débats : «Il y a quand même des parlementaires élus en juin dernier qui ont pu dire que l’IVG est un génocide de masse. D’autres qui ont signé une tribune, et on appelé à soutenir aux élections présidentielles le candidat qui remettrait en question le droit à l’IVG. Ces gens-là siègent à l’Assemblée nationale, et ont exprimé ces positions dans nos débats», dévoile la députée.


Si certains propos semblent aberrants, une minorité de l’assemblée reste conservatrice et défend ce point de vue. Pour cause, ces personnes sont soutenues par une partie de la population. Les médias eux aussi ont un rôle à jouer : «On a besoin de faire le travail maintenant, si on attend, il est certain que la majorité de voix dans l’assemblée… nous l’auront plus. Je crois que le rôle des médias qui n’a pas été fait, est d’expliquer qu’il y a une réelle menace. Sur les réseaux sociaux et autres, il y a des théories anti-avortement, des associations qui portent ces messages là, mais qui sont aussi financées par des personnes importantes. Il faut se méfier», insiste Sarah Tanzilli.

La responsabilité des médias 

Il faut noter que deux textes ont été préparé, le calendrier a fait que le texte du parti renaissance est passé en commission en premier, et celui de la France insoumise a été discuté en séance d’abord. Un hasard, qui n’a fait que renforcer la rivalité des partis, mais surtout accentué par les médias : «En interview, on me parlait plus de l’opposition entre nos partis que sur le combat et l’importance de ce sujet. À aucun moment, on me parlait du fond, ni de la réalité, et de la menace qui n’est pas juste outre-Atlantique, mais qui existe bel et bien en France. Et le fait qu’il n’ait pas pris les choses en main a eu pour effet de désintéresser les personnes qui n’étaient pas forcément pro-avortement», explique la députée.

Des questions se posent : les médias se sont-il emparés correctement du sujet ? Sont-ils passés à côté du sujet ? Ont-ils une responsabilité ? Bien entendu, le traitement n’a pas eu l’impact attendu par les parlementaires. Dans l’ensemble des journalistes rencontrés par les parlementaires, pas un seul n’a mentionné une seule fois le fond du débat. Tous (ou quasiment), se sont concentrés sur la surface. «Le crédit n’est pas le même quand les médias et les parlementaires en parlent. Les médias ont un rôle fondamental dans le fonctionnement des institutions, et bien plus que ça dans notre société. C’est plus qu’une responsabilité au final, c’est un pilier majeur», souligne Sarah Tanzilli.


Trop de personnes ont des idées à ce jour trop conservatrices sur l’interruption volontaire de grossesse. Que ce soit dans la population ou chez les politiques. Tout de même, n’ont-ils aucun rôle à jouer ? «Je crois qu’il y a un rôle pédagogique, autant des médias, mais aussi des politiques. Jusqu’à présent, ils avaient une forme de pouvoir, mais maintenant avec l’explosion des réseaux, c’est vraiment une responsabilité. Il faut que chacun prenne son rôle en main», dévoile la députée.

Quelles sont les perspectives d’avenir pour ce droit ?

«On espère tous que cette proposition de loi devienne un projet de loi constitutionnelle. Si on passe par un référendum, toute cette parole anti-IVG va se libérer, et se serait dramatique sur un plan sociétal», annonce Sarah Tanzilli. La sacralisation de ce droit doit être au centre, et c’est l’objectif de cette démarche constitutionnalisante. Donner le choix aux femmes, mais surtout assurer le droit de pratiquer l’interruption volontaire de grossesse.
Bon point à savoir, depuis quelque temps les sages-femmes peuvent pratiquer des IVG médicamenteuses. Une aubaine, surtout dans les communes rurales où l’accès n’est pas aussi facile qu’en ville. À ce jour, le 48ème anniversaire de la loi Veil (17 janvier) sur l’Interruption volontaire de grossesse a motivé la population, mais aussi permis une légère prise de conscience. Les voix pour l’avortement dans la constitution se multiplient. Des associations manifestent et donnent de la visibilité à ce droit. Les Femen à Paris, mais pas que.
La proposition de loi est maintenant attendue au Sénat à partir du 1er février 2023. Elle sera débattue lors de la niche parlementaire des socialistes. Pour les associations de défense des droits sexuels et reproductifs et des droits des femmes, il est essentiel que l’accès à l’IVG soit inscrit dans la Constitution. La suite au prochain épisode…

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