Toulouse. «Je mange donc je vote», nos choix alimentaires trahissent-ils nos idées politiques ?

Toulouse. «Je mange donc je vote», nos choix alimentaires trahissent-ils nos idées politiques ?

Nos choix alimentaires trahissent-ils nos idées politiques ?
Nos choix alimentaires trahissent-ils nos idées politiques ? (Hugo MARTIN)

«Un bon vin, une bonne viande, un bon fromage. Pour moi c’est ça la gastronomie française». C’est ce qu’a déclaré sur France 3 Fabien Roussel, le candidat communiste à la présidentielle. Avec cette affirmation, le candidat a fait rentrer l’alimentation dans le débat politique de la présidentielle. Mais est-ce que notre assiette reflète nos pensées politiques ? Reportage à Toulouse.

«Ça n’a pas de sens. On ne met pas les gens dans des cases en fonction de ce qu’ils mangent» s’exclame Martine, venue justement acheter une pièce de viande chez le boucher de son quartier. «J’aime les bons produits mais ce n’est pas pour autant que je voterai pour Fabien Roussel» ajoute-t-elle. La viande, marqueur d’une sensibilité politique d’extrême gauche, ce n’est pas non plus l’avis de Christian René, gérant d’une boucherie aux Ponts-Jumeaux. «Je n’ai pas l’impression de servir plus des clients de gauche que de droite. En tant que boucher, je ne me sens pas particulièrement comme un représentant de la gauche»

Alors, pourquoi Fabien Roussel s’attache-t-il à défendre les produits du terroir français ? «Cela répond à une stratégie politique» explique Jean-Pierre Poulain, professeur de sociologie à l’Université de Jean-Jaurès . «Il souhaite se démarquer de son propre camp (la gauche). En faisant la promotion de l’alimentation carnée, il se distingue des écologistes. Seulement, sa manœuvre peut aussi se retourner contre lui en faisant le jeu de l’extrême-droite». Cette phrase, Victor Fillipi, responsable de Génération Z en Occitanie, le mouvement des jeunes soutenant la candidature d’Eric Zemmour, s’en rappelle encore. «On n’a pas compris ce qu’il s’est passé. Un communiste qui sort une phrase qui pourrait venir de la bouche d’Eric Zemmour, ça nous a déboussolé». 

«Le débat s’est porté sur des sujets culturels»

Ce n’est pas la première fois que de la nourriture est politisée. Le jambon-beurre est par exemple devenu un marqueur d’extrême-droite, revendiqué par certains zemmouristes. «C’est simple. Il y a du jambon, donc du porc. De ce fait, ça exclut les musulmans» assume Victor. Pour autant, Sandrine, boulangère à Compans, est sûre de ne pas compter autant de clients que de partisans de Zemmour. «Enfin, je crois» rigole-t-elle avant d’ajouter «Plus sérieusement, j’ai déjà entendu parler de cette affiliation entre le jambon-beurre et les gens d’extrême-droite. Mais je me suis dit que c’était ridicule de les retirer juste à cause de ça»

«Aujourd’hui, on politise l’alimentation car le débat s’est porté sur des sujets culturels. Dans une France où l’on est libre de choisir ce que l’on souhaite manger, les partis politiques utilisent nos choix de consommation pour en faire des référentiels sur l’échiquier politique. Ça serait un peu «Je mange donc je vote». Or, on voit que c’est plus complexe que cela» conclut Jean-Pierre Poulain. 

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