Les tatoueurs dans l’illégalité à cause d’encres non-conformes

Henrik dans son studio HENRIK TATTOO à Plaisance-du-Touch ©Louane Jean
Henrik dans son studio HENRIK TATTOO à Plaisance-du-Touch ©Louane Jean

Partout en Europe, les tatoueurs qui ne possèdent pas des encres à tatouage certifiées REACH, travaillent avec des encres illégales. Depuis l’annonce de cette nouvelle réglementation le 14 décembre 2020, jusqu’à son entrée en vigueur le 4 janvier 2022, que s’est-il passé dans le monde du tatouage ?

Depuis le 4 janvier 2022, l’utilisation de 25 pigments a été interdite et plus de 4 000 substances sont limitées à des seuils plus bas que d’ordinaire, car elles seraient toxiques et cancérigènes. Il faut donc de nouvelles encres. Le syndicat national des artistes tatoueurs de France (SNAT) dénonce un manque de communication entre les tatoueurs, les fournisseurs et producteurs d’encres. « Cette communication a non seulement empêché les professionnels de prévoir leurs stocks pour janvier, mais elle laisse de nombreux tatoueurs avec des stocks d’encres théoriquement et légalement inutilisables. » indique le SNAT sur sa page Facebook. Mais ce n’est pas le cas de tous. Henrik, tatoueur toulousain, reçoit ses nouvelles encres labellisées REACH ce mardi 11 janvier.

Il travaille en partenariat avec World Famous Ink qui fabrique des encres et approvisionne la majeure partie des tatoueurs européens. « Depuis l’annonce, je suis en constant contact avec le patron et je peux dire qu’ils ont travaillé 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour proposer des encres conforment à temps» affirme Henrik. Malheureusement malgré les recherches actives, ces nouvelles encres ne sont disponibles sur le marché européen que depuis le vendredi 7 janvier. Ce retard s’explique car l’Europe a délivré les autorisations REACH seulement en décembre 2021. Ce qui pour Henrik, explique le manque de communication, ils n’allaient pas proposer des encres non-conformes aux tatoueurs. Mais pour lui, le fond du problème ne réside pas là.

Le chocolat au lait tue

Cette nouvelle réglementation se compose en deux étapes. La première, qui a eu lieu le 4 janvier 2022, consiste à réduire le taux de certaines substances tout en gardant la recette générale. Cela permet aux fabricants de trouver des alternatives rapidement. Ces nouvelles encres ont été testées et approuvées lors d’expérience en laboratoire, mais ça ne rassure pas les tatoueurs. « Ils ont changé la composition pour flatter l’Union européenne, mais est-ce que ça va être efficace, qu’est-ce que ça va donner sur le long terme, on en sait rien » s’inquiète Henrik. Pour lui, cela revient à mettre possiblement en danger les clients car ils n’ont pas le recul nécessaire pour affirmer qu’elles ne seront pas nocives sur le long terme.

La deuxième, qui aura lieu en janvier 2023, vise à complètement interdire les pigments bleu et vert. Le bleu étant une couleur primaire, un grand nombre d’autres couleurs contenant du bleu se retrouve donc, elles aussi interdites. La raison de cette interdiction : le pigment bleu contient du nickel, un métal lourd. Or, une étude de Gérald Prior démontre qu’un tatouage de 20 cm contient autant de nickel qu’un chocolat chaud. Ce métal se trouve aussi dans le chocolat au lait, les pommes ou encore les noix. « Si c’est dangereux d’être en contact avec une dose de nickel pendant un tatouage, ça fait de nous des assassins quand on donne deux chocolats au lait au petit Kevin tous les jours. Parce qu’à ce compte-là, c’est du génocide ! » s’indigne Henrik.

Une pétition européenne a été lancée. Pas dans le but d’annuler cette nouvelle réglementation, mais pour que les professionnels puissent avoir une discussion avec les instances européennes et trouver une solution qui conviendrait aux deux parties. 

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