Au procès de la mendicité forcée, la défense « ne plaide pas la misère, mais le dossier »

Au procès de la mendicité forcée, la défense « ne plaide pas la misère, mais le dossier »

"Ce dossier n'est pas à l'honneur de notre institution et de la justice française", a indiqué Me Raynaud de Lage à la barre du tribunal. Crédit : Thomas Naudi

Après l’accusation, place à la défense. Alors que ce lundi matin, Hélène Gerhards, procureur de la république, a livré un intense réquisitoire de presque deux heures, demandant au tribunal de condamner les dix-huit prévenus à des peines allant jusqu’à dix ans d’emprisonnement, la parole est désormais aux avocats.

Un micro-cravate est accroché par un technicien du son sur le rabat de la robe de Me Kruger. Cheveux blonds coiffés courts, la conseil d’un des dix-huit prévenus s’apprête à s’élancer dans la danse des plaidoiries. Elle va ouvrir le bal. Et derrière elle, bon nombre de ses confrères se passeront un à un le petit micro et son boitier, tel un totem distribuant la parole des prévenus. « Le micro devra être désinfecté entre chaque plaidoirie« , tient d’emblée à assurer le président du tribunal.

Me Kruger ne compte pas « plaider la misère, mais le dossier ». Par ces mots, elle attaque son propos, répondant aux réquisitions de la Procureur Hélène Gerhards qui avait, ce matin, indiqué : « lorsque de l’autre côté de la barre on vous plaidera la précarité, ne vous méprenez pas« . 

Uns à uns, ses confrères se relaient à la barre. Certains restent à leur place pour plaider, d’autres investissent le centre de la salle Jean Mermoz et font des allers-retours. Tous enlèvent leur masque, le temps de quelques mots pour défendre ces hommes et femmes accusés d’atrocités. D’avoir exploité certains de leurs compatriotes, de les avoir forcé à mendier. Mais tous, nient les faits. En tous cas l’essentiel.

« L’enquête est lacunaire »

Pour les robes noires, leurs clients ne sont pas fautifs, sinon eux-mêmes victimes. Victimes des rouages de la justice française. Et de sa lenteur. « L’enquête qui vous a été avancée comme étant une réussite, elle est lacunaire« , plaide Me Nicolas Raynaud de Lage, conseil d’un autre des prévenus. « Alors, qu’il y ait eu 130 officiers de police judiciaire, c’est encore pire. Si l’ensemble de ces professionnels n’ont pas réussi a faire le minimum, il faut en tirer les conséquences. Ce dossier n’est pas à l’honneur de notre institution et de la justice française. Déjà, parce que dès le début il part mal. Lorsqu’il y a ces interpellations sur ce camp y a-t-il, à un quelconque moment, un listing des perquisitions ? Un inventaire matériel ? Rien« .

« Ils (ses clients) ont toujours servi de bouc-émissaires« , estime de son côté Me Etelin, qui représente deux hommes. « Ils n’ont pas été considérés comme des gens que l’ont peut respecter. D’abord, parce qu’ils comparaissent devant vous alors qu’ils sont détenus depuis juin 2018. Plus de trente mois de détention. Alors oui, c’était pour un crime au départ. Ça a permis de les garder en détention provisoire. Mais tout le monde savait qu’ils ne seraient pas jugés devant une cour d’assises« .

Suite et fin des plaidoiries mardi

L’essentiel des conseils ont demandé la relaxe de leurs clients. C’est notamment le cas de Me Agbé. « Aujourd’hui, on reproche à ma cliente un certain nombre d’infractions, dont la traite d’êtres humains. J’avoue mon étonnement. Car, durant les débats, il n’a jamais été démontré que ma cliente ait commis un élément constitutif de cette infraction« , lance-t-elle les yeux rivés sur ses notes.

Face à l’ampleur du nombre d’avocats au dossier, l’après-midi n’aura pas suffi. Les derniers plaideront mardi devant le président et son tribunal. Ces derniers partiront ensuite délibérer, car la décision est attendue pour la fin de journée.

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