La France : terre d’asile, ou terre d’exode ?

La France : terre d’asile, ou terre d’exode ?

Entre arrivées d'internationaux sur le territoire français, et départ de nationaux dans les pays étrangers, les mobilités sont fortes. / Crédit : Pixabay
Entre arrivées d'internationaux sur le territoire français, et départ de nationaux dans les pays étrangers, les mobilités sont fortes. / Crédit : Pixabay

Entre arrivées d’immigrés sur le territoire français, et départs de nationaux dans les pays étrangers, les mobilités sont fortes. L’enseignement supérieur est une des principales raisons de ces flux à destination de la France. Mais ceci n’est possible que grâce à un important rayonnement diplomatique de la France dans le monde, notamment au travers de ses ambassades.

De tous temps, la France s’est tournée vers les autres nations, s’est ouverte sur le monde. Que ce soit lors de la colonisation d’autres territoires comme cela a eu lieu les siècles passés, pour accueillir des réfugiés politiques, économiques et climatiques aujourd’hui, ou simplement des personnes venant étudier, travailler ou visiter la France, par choix. Des populations arrivent, d’autres s’en vont. « Chaque homme a deux patries : la sienne et la France », écrivait Thomas Jefferson.

Depuis plusieurs années, ces flux migratoires à destination de la France sont au cœur des débats. Ils s’accompagnent d’une montée du racisme et de la xénophobie. Chaque année, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) dévoile un indice de tolérance des français. Celui-ci résulte d’un sondage réalisé par l’institution de protection et de promotion des droits de l’homme. Des séries de questions permettent d’établir cet indice de tolérance, 100 étant le plus haut niveau. En 2019, il était de 66 points sur une échelle de 100, un nombre qui progresse chaque année mais qui reste assez faible. Entre 2018 et 2019, le nombre d’actes racistes a progressé de 38% en France. Des exemples viennent le rappeler régulièrement. C’était encore le cas il y a quelques jours, avec une opération anti-migrants réalisée par Génération Identitaire aux frontières espagnoles.

Il est donc important de s’intéresser à ces flux migratoires, des personnes étrangères sur le territoire français, mais également des français à l’international. Assiste-t-on réellement à une expansion du nombre d’arrivées ? Qu’en est-il du nombre de français vivant à l’étranger ? À quelles infrastructures peuvent-ils se rattacher ? Pour les jeunes internationaux, les établissements d’enseignements supérieurs sont-ils attractifs ?

La France, entre arrivées et départs de populations

Ce sentiment grandissant d’être « envahi » par des étrangers pour certaines personnes s’explique par le nombre important d’arrivées en France. Chaque année, des millions d’immigrés posent le pied sur le territoire français, et ce chiffre ne cesse d’augmenter.

Entre 2009 et 2019, le nombre de visas délivrés a augmenté de près de 50 %, passant de 1,8 million à 3,5 millions. Et cette donnée ne fait que croître. Seule exception, l’année 2016. Cette baisse du nombre de visas délivrés s’explique par une plus faible demande. La raison de cette soudaine baisse est très facilement explicable : le 13 novembre 2015, la France est victime d’attentats terroristes. Une partie des étrangers ont donc décidé d’annuler leur voyage en France. En 2017, le nombre de demandes de visas explose, avec 500 000 demandes supplémentaires par rapport à l’année précédente. Malgré tout, les refus de délivrance de visas ont eux aussi fortement augmenté, de près de 150 000 sur cette même période. Excepté ces légères variations, la tendance générale est à l’augmentation.

Il faut toutefois noter que les personnes en situation illégale, et celles en provenance d’un pays membre de l’espace Schengen – espace de libre circulation des personnes entre les 26 États signataires de l’accord de Schengen – ne peuvent être pris en compte dans ces données. Pour ces premiers, la situation illégale fait que les visas ne sont pas délivrés, tandis que pour les seconds, seule une carte d’identité valide est nécessaire pour rentrer sur le territoire français. Grâce à des accords internationaux, les ressortissants d’une soixantaine de pays sont dispensés de détenir un visa de court séjour. Ces chiffres restent malgré tout très représentatifs des mouvements de population en France.

Cependant, il faut nuancer certaines données. Les près de 3,5 millions de visas délivrés en 2019 ne signifient pas que 3,5 millions d’internationaux arrivent en France pour y travailler et y vivre. Il existe en effet différentes catégories de visas. Ceux de court séjour permettent au demandeur de circuler sur le territoire français pendant une durée inférieure à trois mois. Les visas long séjour quant à eux autorisent le détenteur à rester plus longtemps en France, entre trois et douze mois. Au-delà, il est nécessaire de formuler une demande de titre de séjour en préfecture. 

Sur la totalité des visas délivrés, 90 % sont des visas de court séjour. Il s’agit donc majoritairement d’étrangers qui arrivent sur le territoire français pour une durée très courte, notamment pour du tourisme. Les visas long séjour, bien qu’en hausse, sont très largement minoritaires. De plus, les motifs de ces visas ne sont pas uniquement économiques.

Parmi les principales raisons de demandes de visas, les études et la famille arrivent en tête, puis vient seulement en troisième position le motif économique, comme le travail. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les internationaux arrivent en France principalement pour leurs études, et non pas pour y trouver un emploi et « voler le travail des français ». 

Depuis 2015, les internationaux d’origine chinoise sont les plus demandeurs de visas, très largement devant les pays du Maghreb et de la Russie. L’Inde, la Tunisie et la Turquie sont eux aussi des pays d’origine très représentés pour les demandeurs de visas. Cependant, les visas de long séjour ne permettent à une personne étrangère que de séjourner en France pour une durée inférieure à un an. Au-delà, il faut être muni d’un titre de séjour. Selon les données de l’Application de gestion des dossiers des ressortissants étrangers en France (AGDREF), en 2018, 258 000 titres de séjours ont ainsi été attribués. Pour 2019, les chiffres précis n’ont pas été communiqués suite à la crise sanitaire, mais ils sont estimés à 276 000.

Selon une étude de l’INSEE de 2018, sur les 66,89 millions d’habitants que compte la France, 4,76 millions sont des étrangers résidant en France, et 720 000 d’entre eux sont nés en France. En comparaison, sur les 62,13 millions d’habitants de nationalité française, 2,45 millions ont acquis cette nationalité après être né hors de France. La proportion de personnes étrangères est donc très largement inférieure à ce que les clichés peuvent prétendre. La théorie du « Grand remplacement » est donc fondée, non pas sur la nationalité et les valeurs de la république, mais sur une théorie complotiste alimentée par la xénophobie.

Même s’il est vrai que la France est aujourd’hui devenue une terre d’accueil, elle n’en reste pas moins une terre d’exode. En effet, de nombreux ressortissants français vivent à l’étranger.

Le nombre de personnes inscrites au Registre des Français établis hors de France est lui aussi en augmentation. En 2018, ce nombre a même doublé par rapport à 2001. Les principaux pays d’accueil sont des pays européens, même si la Suisse et les Etats-Unis restent majoritaires depuis de nombreuses années. Il est à noter que certains pays n’enregistrent aucune inscription au registre. Il s’agit d’un manque de données, et non de l’absence de français dans ces pays. De nombreux français ne sont en effet pas inscrits dans ce registre, qui n’est en aucun cas obligatoire. Il permet aux ressortissants d’être mieux informés et accompagnés par le consulat ou l’ambassade, mais n’est pas nécessaire pour habiter à l’international. 

La France n’est donc pas qu’une terre d’accueil, et à l’image des arrivées de plus en plus nombreuses, les départs sont eux aussi plus massifs chaque année. Les ressortissants étrangers présents dans l’Hexagone sont principalement là pour rejoindre de la famille, mais surtout pour faire des études. 

La France plébiscitée pour l’enseignement supérieur

Fruit d’une ambition politique, chaque année, l’investissement des pouvoirs publics dans l’éducation est massif. Il est le premier poste de dépenses de l’État, et représente plus de 20 % de son budget. Une politique qui permet à la France d’offrir aux étudiants l’un des meilleurs enseignement supérieur mondial, tout en étant l’un des plus accessibles. Les universités et autres grandes écoles proposent ainsi des formations de grande qualité, sans pour autant afficher des frais de scolarité exorbitants.

De nombreux étudiants internationaux font donc le choix le venir étudier en France, pour profiter de ces divers avantages. Entre 2009 et 2018, le pourcentage d’élèves étrangers n’a que très peu évolué, et reste dans l’ensemble globalement stable, avec une variation de 1 à 2 % selon les années. Ainsi, on retrouve en moyenne un étudiant sur dix d’origine étrangère dans les licences. Ce nombre croit au fur et à mesure que le niveau d’études augmente, pour atteindre plus d’un élève sur trois en doctorat (Bac +8).

Également, le nombre d’étudiants internationaux venant étudier en France est de plus en plus important d’années en années.

Au début des années 1990, 161 148 jeunes internationaux étudiaient dans les établissements français. 1 717 100 élèves étaient alors inscrits dans l’enseignement supérieur, ce qui représentait 9,3 % d’étudiants étrangers. À la fin des années 2010, le nombre d’internationaux dans l’enseignement supérieur a considérablement augmenté, avec 341 500 élèves. Rapporté aux 2 700 000 étudiants de 2018, le pourcentage d’étrangers atteint alors 12,6 %. Soit une augmentation de pratiquement 4% en 28 ans. Bienvenue en France / Choose France a fixé un ambitieux cap : celui d’accueillir à l’horizon 2027 plus de 500 000 étudiants venus du monde entier. Preuve d’une volonté de l’État d’être plus attirant vis à vis des étudiants internationaux.

Le programme Erasmus (EuRopean Action Scheme for the Mobility of University Students) permet aux jeunes de partir étudier plusieurs mois à l’étranger, dans les différents pays signataires de l’accord. Créé en 1987, le programme comptait en 2011 quelque 33 pays partenaires, et 2 982 établissements accueillant des étudiants internationaux.

La France est aujourd’hui le pays dont les étudiants goûtent le plus à l’aventure internationale, et le quatrième en nombre d’accueil. Avec le Brexit, la Grande-Bretagne devrait quitter prochainement le programme Erasmus, faisant passer la France troisième au nombre d’accueil. Une perte majeure à la fois pour les étudiants d’outre-Manche, mais également pour les européens, qui devront désormais se munir d’un visa si la formation excède six mois.

Ces nombreux échanges entre internationaux et français offrent à l’Hexagone un rayonnement mondial en matière économique, culturelle, mais également politique.

La France dans le monde : un rayonnement diplomatique à grande échelle

Les missions diplomatiques de la France à travers le monde nécessitent d’avoir des institutions directement sur place. Les ambassades servent de représentant pour le pays et son gouvernement dans les nations étrangères. Un rôle diplomatique essentiel pour les pays en question, mais également pour les français vivant à l’étranger via les consulats. Fort de son rayonnement politique et diplomatique, la France peut s’appuyer sur son important un réseau d’ambassades et consulats : 267 selon le Global Diplomate Index en 2019 (160 ambassades + 107 consulats). Au niveau mondial, la France se place à la troisième place au nombre d’ambassades et de consulats, derrière la Chine (276 représentations), et les États-Unis (273). Suivent le Japon (247) et la Russie (242). La représentation de la France à travers le monde représente plus de 10 000 emplois.

Les relations entre la France et les pays étrangers évoluant, certains territoires ne possèdent pas, ou ne possèdent plus d’ambassadeurs français. C’est notamment le cas du Malawi, de la Gambie ou du Sierra Leone, qui n’entretiennent aucune relation économique avec la France, et dont les bureaux ont été fermés en 2013. Des représentants français dans les pays voisins servent d’intermédiaire pour assurer la diplomatie avec l’Hexagone. D’autres pays, au contraire, ont totalement rompu les liens avec la France. L’ambassade française en Syrie, en Libye et au Yémen ont respectivement été fermées en mars 2012, juillet 2014 et février 2015. Quant à la Corée du Nord, un bureau français de coopération est en place, mais n’entretient pas de relations diplomatiques.

Fort de ses relations entretenues avec ces différents pays, la France accueille de nombreux pied-à-terre étrangers. 160 États possèdent aujourd’hui au moins une ambassade sur le sol français. À ces établissements servant de relais entre les gouvernements s’ajoutent les consulats, permettant aux ressortissants étrangers d’être en relation avec leur territoire d’origine.

Pour être présentes au plus près des instances françaises, les ambassades ont élu domicile en région parisienne. Seules exceptions, certains pays ne possèdent pas d’implantation en France. Les relations avec ces derniers, bien que faibles, s’effectuent via leurs ambassades situées dans les pays limitrophes. C’est notamment le cas pour le Tonga, qui dispose d’une résidence à Londres, du Lesotho à Berlin, et du Belize et du Malawi à Bruxelles. Les consulats sont quant à eux présents sur l’ensemble du territoire métropolitain et ultramarin, pour répondre aux besoins des ressortissants. On en dénombre environ 500, répartis dans les grandes, moyennes et petites villes.

La France : une terre d’asile et d’exode

La France est aujourd’hui devenue un pays qui attire des millions d’étrangers grâce à son rayonnement diplomatique et culturel. Mais malgré cet attrait, la France continue d’être une terre d’exode. Les français sont de plus en plus nombreux à quitter le pays pour l’étranger. Les chiffres présentés dans cet article en sont un parfait reflet. Il faut cependant rappeler que certains accords permettent aux pays de l’Union Européenne, ainsi que d’autres pays, comme les Etats-Unis, de ne pas avoir besoin d’un visa pour voyager entre ces territoires. Il est aussi intéressant d’observer que la France est un pays très attractif en matière d’éducation, avec toujours plus d’étudiants étrangers dans l’enseignement supérieur. Un attrait qui s’explique par la forte présence diplomatique française dans le monde, le troisième en terme d’ambassades et de consulats. 

Mais ces mobilités sont aujourd’hui remises en cause par une crise sanitaire sans précédent. La pandémie de la Covid-19 a provoqué la fermeture des frontières de nombreux pays, dont la France. Les ressortissants français sont pour certains rentrés, et pour les étrangers, nombreux sont ceux à être retournés dans leur pays d’origine. L’année 2020 marque ainsi un tournant majeur dans les mobilités et impacte fortement la France, privée de ses millions de touristes étrangers. Un bouleversement profond qui mettra plusieurs années avant qu’un retour à la normale ne puisse être observé. L’année 2021 est l’année de tous les espoirs avec l’arrivée des vaccins. Mais comme l’a annoncé le président de la République, seule 60 % de la population sera vaccinée d’ici la fin de l’été. Il est donc peu probable que 2021 marque un retour à la normale pour les mobilités internationales.

Raphaël Crabos & Lucas Cousinet

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