Rencontre. Noé, 23 ans, étudiant et dealer à temps partiel

Rencontre. Noé, 23 ans, étudiant et dealer à temps partiel

Crédits : Radio Canada
Crédits : Radio Canada

S’il est illégal, le cannabis reste la drogue la plus consommée en France. Les Français sont les plus gros consommateurs d’Europe. 11% des 15/64 ans ont déclaré en avoir déjà consommé au moins une fois dans l’année. Et à l’image de leur clientèle, les dealers ont des profils diversifiés. Noé* nous raconte son quotidien, entre snaps et livraisons.

Noé est étudiant en licence de psychologie. Il réside dans un appartement tout à fait ordinaire, une entrée qui donne sur un salon et une petite cuisine américaine, quelques affaires de sport, une télévision et une PlayStation en veille. Excepté l’odeur, rien n’indique qu’il est possible de se procurer du cannabis ici. “J’ai un client à 17h, ça va me prendre juste 10 minutes”, explique-t-il en sortant une petite balance et deux gros sachets remplis de tête de cannabis. Il pèse, puis enroule autour du film plastique, de cuisine. “Il devrait pas tarder à m’envoyer un message”, dit-il en regardant son téléphone. Au même moment, il reçoit un snap. C’est son client.

Une banalisation du cannabis

Des clients, il en sert tous les jours, à toute heure : “Y a pas d’heure pour faire de l’argent”. A la base, lui aussi était un simple client. “En fait avec tout ce qui est illégal, tu peux rapidement passer de client à vendeur, il suffit d’avoir un truc et de le revendre”. Ses premiers clients ? Des gens autour de lui, à l’école ou les amis des amis. “En fait, tout le monde fume de la beuh, lance-t-il. Si tu dois dire un seul truc dans ton article, c’est ça. On est loin des clichés des films, on se rend compte que n’importe qui peut fumer de la beuh, de la petite étudiante au père de famille en passant par le banquier. Et donc c’est trop facile de vendre.” En France, la consommation de cannabis est très répandue. Elle concerne 3,2 millions de personnes, dont 1,2 million réguliers. “C’est pas difficile de trouver des gens qui fument, confie Noé, c’est le bouche-à-oreille qui fonctionne”.

Selon lui, la diversité des clients est due à une “banalisation du cannabis”. “La société laisse tous les rappeurs fumer à l’écran, les gens trouvent donc une certaine légitimité à fumer.” Il évoque aussi la légalisation dans plusieurs pays, qui pousse forcément à la curiosité et “rend acceptable l’illégal”. Et si le coronavirus a changé les habitudes de consommation des français, il n’a en aucun cas fait baisser les ventes. « Pendant le premier confinement avec les frontières fermées les prix ont augmenté de fou. Donc les gens ont payé plus cher mais ont fumé la même quantité. Là, ça se calme, certains essaient d’économiser et les autres ont peur de trop tomber dedans, à fumer toute la journée sans rien faire d’autre. »

Des clichés solides

Pour Noé, ce que recherchent les gens, c’est se libérer l’esprit. C’est à ça que sert “la défonce”. Mais si tout le monde fume, tout le monde n’est pas un “bon client”. Il sélectionne donc sa clientèle, pour éviter « les galères » et surtout, ne pas trop se prendre la tête. Il met aussi un point d’honneur à ne pas servir des gens plus jeunes que lui. “Je fais pas ça pour le business, en mode, ma vie en dépend donc j’évite de prendre trop de risques. Moi à la base je fumais et on vit dans une société où on a besoin de faire de l’argent donc j’ai commencé mais je me considère pas comme un gros dealer, eux là ils ont pas la même vie que moi”.

Eux, ce sont les grossistes. Noé rigole, les stéréotypes de film sur le trafic sont bien loin de la réalité, surtout en France. “Les grossistes c’est comme la clientèle, ça peut être n’importe qui, à partir du moment où tu as de l’argent et tu as envie de l’investir dans ça, tu peux devenir le grossiste de n’importe qui. »

Pas besoin de grand chose pour se lancer dans le business selon Noé. Un peu d’argent, des consommateurs autour de soi, et rapidement, on se retrouve à vendre. « C’est l’offre et la demande, tant qu’il y aura des fumeurs, y aura des dealers. » Mais très vite, Noé insiste sur le fait qu’il arrêtera bientôt, que ce n’est qu’une phase, pour subvenir à ses besoins en attendant autre chose. “Cette vie, c’est pas une vie”, lâche-t-il dans un souffle. S’il gagne pas mal d’argent, il ne dira pas combien, mais assez pour vivre raisonnablement, il explique que c’est impossible de vivre uniquement dans l’illégalité, l’argent devant absolument être blanchi pour être investit. “Tu fais de l’argent mais cet argent, s’il est pas blanchi, tu peux rien en faire dans la société. Même les grossistes ils ont des métiers”.

*le prénom a été modifié

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