Sous le pont Saint-Michel, policiers et SDF jouent au chat et à la souris

Sous le pont Saint-Michel, policiers et SDF jouent au chat et à la souris

Depuis plusieurs années, le pont Saint-Michel offre aux SDF un refuge à l'abri de la pluie en hiver.
La semaine dernière, un SDF a été retrouvé mort dans sa tente, à Toulouse. - Crédits : Emmanuel Clévenot / Illustration

Rino habitait sous le pont Saint-Michel, dans un campement discret. Avec lui, six compagnons de fortune. Mais lundi matin, les forces de l’ordre sont venues les déloger. Pourtant, eux, sont décidés à rester.

Une célèbre mélodie Walt Disney résonne sous la voûte bétonnée du pont Saint-Michel. Autour de la tente d’Anna, se sont réunis les sans-abris. L’hiver bat son plein. Le froid rougit les pommettes, engourdit les doigts, mais les sourires réchauffent les cœurs. Ce matin, l’ambiance est à la fête. Les éclats de rire se succèdent et tous se remémorent les événements de la veille.

Lundi, aux alentours de 11 heures, plusieurs policiers ont fait irruption aux abords du campement. Accroupi, les coudes appuyés sur son treillis militaire, Rino roule sa clope : « J’étais le seul à ne pas dormir. Je venais de sortir pour pisser. Je me suis rallongé dans mon lit, et soudain : ‘POLICE ! Réveillez-vous !‘ ».

« Allez-vous en… ailleurs »

Sans crier gare, les forces de l’ordre sont venues expulser chacun des sept SDF installés dans les tentes. Et ce, sans leur apporter la moindre nouvelle solution d’hébergement temporaire. Rino poursuit, un sourire amer sur les lèvres : « L’un des schmitts nous a lâché : ‘Notre boulot, c’est de vous déloger. Pas de vous reloger ! Moi, je m’en fous… Ce soir, je serai bien au chaud dans mon appartement’. Ils se foutaient délibérément de notre gueule »

Rino (au centre) vit sous le pont Saint-Michel depuis un mois. Crédits : Emmanuel Clévenot

Invités à déserter les lieux au plus vite, ses camarades et lui rassemblent tentes, palettes, caddies et cabas. En quelques minutes, le camp se vide. À présent, seuls quelques déchets subsistent sur le béton froid.

Une canette de 8.6 dans le creux de la main, Guy peine à comprendre : « J’ai longtemps vadrouillé dans le centre-ville. Dès que je trouvais un endroit sympa, je m’y installais pour dormir. Puis les gens appelaient les flics, ils venaient me déloger et rebelote le lendemain… Mais là, à quoi bon nous expulser ? On est caché, on ne dérange personne ! ». Venu partager une bière au campement six mois plus tôt, il n’en était jamais reparti.

Partir pour mieux revenir

Les policiers ont mis les voiles. Ils ont laissé place à quelques agents municipaux, ayant reçu l’ordre de rendre à l’édifice toute sa splendeur. À grandes gerbes d’eau, ils nettoient sol et murs puis s’en vont à leur tour. Désormais, règne le silence dans les soubassements du pont Saint-Michel.

« Beaucoup de gens ne parviennent pas à concevoir que l’on puisse faire des choix de vie différents« . Bousculé par ses deux bergers allemands, Bastos s’apprête à partir mendier. « Si je vis dehors, c’est parce que j’en ai envie. Les portes, les poignées, les serrures… ça m’angoisse ! Aujourd’hui, je suis libre et quand je raconterai ma vie à mon fils, ça sera un véritable roman ».

Enzo (à gauche) lit son avenir sur la page Astrologie du journal local. Crédits : Emmanuel Clévenot

Perchés sur une petite butte à moins de cinquante mètres de leur ancien campement, les sept SDF observent la scène, hagards. Où aller ? Où dormir ? Ils réfléchissent. Puis, à la tombée de la nuit, se décident. « Le soir, on est tout simplement revenu s’installer au même emplacement. C’est le jeu du chat et de la souris, conclut Rino dans un éclat de rire. Et le plus absurde dans tout ça, c’est que finalement, ils nous auront juste offert un bon coup de ménage ».

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