Le tabac étranger, un fléau pour les buralistes frontaliers

Le tabac étranger, un fléau pour les buralistes frontaliers

Le Pas de la Casa, est un lieu de choix pour les fumeurs. Crédit photo : Emmanuel Rivals
Le Pas de la Casa, est un lieu de choix pour les fumeurs. Crédit photo : Emmanuel Rivals

A seulement deux heures de Toulouse, la principauté d’Andorre est bien connue pour ses pistes de ski. Pourtant, la plupart des usagers n’y vont pas pour glisser. C’est un autre marché qui intéresse, celui du tabac.

Là-bas, le paquet de 20 cigarettes coute en moyenne quatre euros, contre plus de dix en France. Reconnue comme un paradis fiscal, le Pas de la Casa, est un lieu de choix pour les fumeurs. Sans taxe, les cartouches de cigarettes se vendent en moyenne 30 euros, c’est-à-dire trois fois moins cher qu’en France. Alors même si des quotas ont été fixés dans le cadre d’un accord entre l’Union européenne et l’Andorre, ils ne suffissent plus. C’est un réel manque à gagner pour ces commerçants – et l’Etat – les plus proches. En effet, Christelle, une buraliste frontalière, raconte qu’elle « a vu plusieurs établissements de la région couler à cause de cette concurrence. » A seulement une heure d’Andorre, les clients affluent dans son tabac-presse. Mais elle avoue que « la vente de cigarettes ne lui rapporte rien. » Du côté de l’Etat, ce serait une perte d’1,5 à 3 milliards d’euros de recette fiscale chaque année.

Une cigarette sur quatre en France serait achetées à l’étranger

Aujourd’hui, une cigarette sur quatre en France serait achetées à l’étranger. Pour lutter contre ce commerce, le député MoDem du Haut-Rhin, Bruno Fuchs, a rédigé une proposition de loi visant à rendre illégal ce marché transfrontalier. « Le tabac doit être consommé dans le pays où il a été acheté. » L’idée étant de fixer des quotas de livraisons de cigarettes dans chaque pays, en fonction de sa consommation de tabac. Un discours qui devrait sonner comme une bonne nouvelle pour les buralistes frontaliers. Et pourtant, et ce malgré sa positivité, Christelle n’en est pas si sure. « C’est vrai que ce sera bénéfique pour nous, mais ce ne sera pas suffisant. Même s’ils (les clients) prennent la voiture et font une heure de route pour une cartouche, ce sera toujours plus rentable pour eux. »

Un avis rejoint par Delphine, elle aussi buraliste dans la région. « C’est une bonne chose, c’est toujours positif pour nous. » Puis confesse, « même mon fils, qui est fumeur, ne vient pas chez moi pour acheter ses cigarettes. Il prend la voiture pour aller en Andorre comme tous les jeunes. » Effectivement, à plus de dix euros le paquet depuis le premier janvier, le porte-monnaie commence à grincer des dents. 

Andorre, une aubaine pour les jeunes fumeurs 

Outre le fait que la santé et le tabagisme ne font pas bon ménage, c’est aussi un budget conséquent chez les jeunes. Devant les collèges et les lycées, un rapide coup d’oeil suffit pour voir à quel point la cigarette est devenue populaire chez les moins de dix-huit ans. Sur leurs paquets, aucune image choc et le noir laisse place aux couleurs. Ils ne sont pas Français. « Ils viennent du Pas de la Case », s’exprime en coeur un groupe d’amis profitant de leur pause repas. Agés de quinze à dix-sept ans, aucun d’entre eux n’a le permis, alors comme si c’était monnaie courante, ils s’expliquent « Dix euros, c’est trop. J’ai des amis qui ont le permis, ils montent (en Andorre) pour acheter des cartouches, et revendent les paquets à l’unité pour cinq euros. »

A quelques centaines de mètres du Lycée, Dominique a installé son bureau de tabac. Pourtant, il ne voit que peu d’adolescents dans sa boutique. « 90%, pour ne pas dire la majorité, des jeunes qui fument ici, ne consomme que de l’Andorre. Leur tabac vient pas de chez moi, mes comptes peuvent vous en parler ! » Rapporte ce quadragénaire avec un sourire qui laisse apparaitre une certaine frustration. Même constat pour le député, Bruno Fuchs, « Les jeunes commencent à fumer en allant se fournir à l’étranger alors que chez nous, on augmente les prix pour les en empêcher. Quel terrible aveu d’échec. »

Sur les ventes de cigarettes, les buralistes ne touchent même pas 10% du prix. L’État s’offre la majorité du gâteau, avec 70%, le reste étant pour les fabricants. Pas vraiment convaincus, ces commerçants s’accordent à dire que sur le fond c’est une bonne idée, mais la réalité du terrain est tout autre. 

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