Le gouvernement français espère freiner la deuxième vague de Covid-19 tout en essayant d’encourager les gens à vivre une vie normale dans l’espoir que cela stimulera l’économie. Le vrai danger est qu’il pourrait échouer sur ces deux points.

Dommage pour le gouvernement français.

En effet l’état français et ses citoyens s’attendaient à ce que ce mois marque le début de la reprise économique de la France après la crise Covid. Tout le monde anticipaient un boom des investissements et des dépenses de consommation, encouragé par une flambée des fonds publics de 100 milliards d’euros sur deux ans. Au lieu de cela, le seul boom que nous avons vu est celui du nombre de cas aigus de Covid-19.

Ces derniers jours, la réaction du gouvernement a été faible. Ils voulaient encourager les Français à travailler, à dépenser et à s’amuser. Ils se demandent à présent dans quelle mesure ils peuvent s’en tirer avec une réponse limitée et variée selon les régions à la recrudescence de l’épidémie. Peuvent-ils, d’une manière ou d’une autre, persuader les Français de vivre plus normalement tout en observant des règles raisonnables pour vivre avec Covid-19 ?

Le dilemme est réel.

Il est facile de critiquer et difficile de gouverner face à une maladie tenace et peu comprise. La France ne peut pas se permettre un nouveau blocage total. Si l’économie ne redémarre pas, le pays risque de connaître une avalanche de pertes d’emplois d’ici la fin de l’année. En tout état de cause, la prudence du gouvernement peut être en partie justifiée. Le virus regagne rapidement du terrain. Il n’explose pas encore comme au printemps.

Les variations régionales telles que les nouvelles mesures de répression limitées annoncées hier à Marseille et à Bordeaux sont probablement judicieuses. En mars et avril, le gouvernement a été critiqué pour son approche trop centralisée et homogène

Les rassemblements publics dans ces villes et agglomérations ont été réduits d’un maximum de 5 000 personnes à 1 000 personnes. Les rassemblements privés en plein air sont réduits à un maximum de dix personnes. Les familles et les amis sont invités à reporter les rassemblements en salle.

Imposer de telles restrictions aux villes ou départements où le virus est relativement inactif pourrait aliéner l’opinion publique et nuire inutilement à l’économie.

Il s’agit de mesures « locales », mais il est faux de suggérer que les décisions ont été reportées sur le gouvernement local. Les mesures ont été décidées après consultation nationale et locale, par les préfets de Bordeaux et de Marseille.
Et pourtant, il y a de bonnes raisons de critiquer le gouvernement tout de même. Ce qui a manqué ces derniers jours, c’est le sentiment d’une stratégie nationale claire
Le président Macron a été distrait par d’autres questions, comme sa querelle avec la Turquie. Jean Castex est un homme décent et compétent, mais il ne génère ni calme ni confiance.
Edouard Philippe, était un acteur politique convaincant dans les deux sens du terme. Castex ne l’est pas.

La réponse initiale du gouvernement à la pandémie était loin d’être parfaite. La lenteur des tests a été une honte insensée. Plusieurs semaines ont été perdues en février.

Cependant, des décisions douloureuses ont été prises en mars pour imposer un verrouillage. De nombreuses régions de France ont été presque totalement épargnées par la maladie. Le virus a été maîtrisé dès le début du mois de mai. Le nombre de morts est resté relativement faible.

Lorsque l’afflux de nouveaux cas est apparu à partir de la fin juillet, il a été possible d’expliquer, voire de réconforter, les chiffres. Le nombre de tests avait énormément augmenté pour atteindre plus de 1 000 000 par semaine, soit dix fois plus qu’en avril. Plus de tests signifiait inévitablement plus de cas.

Le nombre de cas aigus et de décès est resté faible. Peut-être le virus avait-il muté en quelque chose de moins violent comme l’ont affirmé certains experts, comme le professeur Didier Raoult. Il y a seulement un mois, un médecin en fonction en Bretagne a déclaré « Les hôpitaux sont vides. Il s’agit d’une pandémie sans malades ».

Plus maintenant. Du moins, pas partout.

Il y a deux mois, le nombre moyen de nouveaux cas de Covid en France était d’environ 500 par jour. Il y a trois semaines, il était en moyenne de 4 688 par jour. Au cours des cinq derniers jours, il a atteint une moyenne de 8 630 et un nouveau pic quotidien de 10 561 le samedi.

Il y a deux mois, la population de patients atteints de Covid en soins intensifs en France était tombée à un niveau très bas de 400 personnes (après un pic de 7 200 en avril). La nuit dernière, 712 patients étaient en soins intensifs, soit une augmentation de plus de 100 en une semaine, après une augmentation similaire la semaine précédente.

En France, le nombre de décès dus au covid était supérieur à 1 000 par jour pendant le pic de fin mars-début avril. Elles sont tombées à un niveau très bas au début de l’été. Elles sont maintenant en hausse – une moyenne de 31,2 décès par jour au cours des cinq derniers jours, contre 21 la semaine précédente.

La deuxième vague est-elle là ? Oui, elle est clairement là. La situation va probablement s’aggraver avant de s’améliorer.

Mais les chiffres sont pour l’instant une version douce du premier choc Covid au printemps. Il y a encore des raisons d’espérer que l’épidémie sera moins destructrice cette fois-ci.

La stratégie du gouvernement pour autant qu’il y en ait une semble être d’attendre et de voir. Ils espèrent à la fois stimuler l’activité économique et freiner la propagation du virus. Ils espèrent maintenir ces lignes conflictuelles, jusqu’à ce qu’un vaccin soit généralement disponible. Ce pourrait être le début de l’année prochaine.

Le danger est que l’approche du gouvernement échoue sur ces deux points. La résurgence du Covid va freiner la reprise économique. Les cas aigus vont exploser.

Le danger est aussi celui de la dérive un abandon progressif de la distanciation sociale par certains. Le sentiment d’un gouvernement qui a perdu le contrôle.

Un nouvel énoncé de règles clairs et un avertissement à la nation sont nécessaires, de préférence délivré par Macron lui-même.