Cécité, surdité, paraplégisme, trisomie, schizophrénie… Près d’un français sur six se dit avoir été confronté de près ou de loin à une quelconque forme de handicap au cours de sa vie. Celui-ci peut être moteur, sensoriel, psychique, ou bien mental. Dans 80% des cas, il est invisible. Mais pas toujours. Et quand leur mobilité commence à être entravée par des infrastructures, peu voire pas du tout adaptées, les problèmes surviennent.

Il faut donc repenser nos écoles pour accueillir les élèves en situation de handicap, revoir nos places et lieux publiques, nos commerces, les places de stationnement, etc… dans le but de supprimer les inégalités. Sur le papier, cela paraît simple, et la France défend ardemment cette vision. Sur le papier seulement. Dans la vraie vie, face à la réalité du terrain, cela devient plus compliqué… et tout ce qui devrait être accessible ne l’est pas. Loin de là…

Si à Paris seuls 3% des stations de métros sont accessibles et très peu de monuments historiques, qu’en est-il à l’autre bout de la France ? Depuis plusieurs années la municipalité de Toulouse milite pour rendre sa Ville rose accessible, mais qu’en est-il réellement ? Toulouse fait-elle figure de bon élève face aux grandes métropoles nationales, ou alors occupe t-elle la place du fond ?

Des espaces publics peu accessibles

Le handicap est une situation difficile pour les personnes concernées et leurs proches. Selon sa gravité, vivre au sein de la société peut se montrer très difficile. C’est pourquoi l’Etat s’efforce de les intégrer du mieux qu’il peut. Ainsi, depuis 2005 les établissements accueillant du public ont pour obligation d’être accessibles aux personnes en situation de handicap. Mais 15 ans plus tard, ce n’est toujours pas le cas. Mais pour s’en rendre compte, il faut aller chercher des données, les compter et les catégoriser.

Et là, la ville de Toulouse fait figure de premier de la classe. Aucune autre métropole n’a fait d’études publiques pour savoir dans quelles situations se trouvaient les ERP, les Etablissement Recevant du Public. Grâce aux données relevées, il est maintenant possible d’établir une cartographie de la ville pour savoir dans quels lieux de la métropole toulousaine peuvent se rendre les personnes à mobilité réduite.

Un petit tour au Théâtre du Capitole ? Impossible, le lieux n’est pas accessible. Vous souhaitez garer votre véhicule au parking Victor Hugo ? Toujours pas, il n’est lui non plus pas adapté aux PMR. Peut-être souhaiteriez-vous mettre votre enfant en situation de mobilité réduite à l’école maternelle Armand Duportal ? Patientez encore un peu, le projet est à l’étude…

On remarque ainsi grâce à cette carte que beaucoup de lieux publics restent pour l’heure encore inaccessibles pour les PMR. Pourtant, la loi du 11 février 2005 oblige ces même lieux publics à accueillir les personnes en situation de handicap sans difficulté, qu’il soit handicapé moteur, sensoriel, cognitif ou psychique. En 2005, l’objectif était de rendre la France accessible en 2015. Pari raté. En 2014, le gouvernement repousse cette date butoir pour les retardataire en leur accordant au minimum 3 à 9 années de délai supplémentaire. Repoussant donc au plus tôt à 2024 le souhait d’une France accessible. Et Toulouse ne fait pas exception à la règle. Grâce aux données publiées par la métropole, il est possible de voir où en est réellement notre Ville rose dans sa transition vers l’accessibilité à tous.

Le constat est déplorable. Sur les quelques 1 561 établissements répertoriés, seulement 517 sont accessibles aux PMR. Ce qui représente seulement 1 établissement sur 3… Plus alarmant encore, 499 établissements publics n’ont pas encore débuté leur transformation alors que la date butoir devrait être 2024. 163 sont encore en travaux, 235 à l’état de projet, et 127 sont encore en diagnostique. Mais il reste 20 établissements recevant du public qui n’entrent pas dans ces catégories. Pour eux, les travaux pour les rendre accessibles ont tout simplement été annulés ! Les données publiées ne nous permettent pas de connaitre les motifs de ces annulations, mais cela laisse pantois…

La situation de l’handicap à Toulouse et à Montpellier

Mais alors : Toulouse, cas isolé ou cas commun à toutes les autres métropoles ? Vaste question puisque peu communiquent sur l’avancement de la mise aux normes. Et quand c’est le cas, les données ne sont pas aussi précises que pour Toulouse. Même si une grande majorité des lieux recevant du public restent encore inaccessibles aux personnes en situation de handicap, les investissements réalisés par la mairie de Toulouse pour les mettre aux normes sont notables. Mise en comparaison avec l’autre grande métropole de la région, Montpellier, Toulouse semble particulièrement en avance sur les aménagements. Réalité ou illusion ?

D’un point de vue accessibilité, la Ville rose tire nettement son épingle du jeu face à la Surdouée. Face aux 517 établissements accessibles aux PMR de Toulouse, la capitale héraultaise fait pale figure avec ses 212 lieux publics. Des données à prendre avec des pincettes puisque « aux normes » ne signifie pas « facilement accessible ». Dans l’une comme dans l’autre, certains établissements restent très difficile d’accès pour les personnes à mobilités réduites (rampes d’accès étroites, courtes, inclinées, etc…).

Normal qu’une ville comme Toulouse, qui part son statut de chef-lieu de l’Occitanie, reflétant ce qui se fait de mieux dans la région, soit davantage équipée que Montpellier. De prime abord oui, sachant que Toulouse est plus grand en superficie et en nombre d’habitants que Montpellier. Côté chiffres, la Ville rose accueille 479 553 contre 285 121 pour Montpellier, 1 360 829 contre 607 896 en comptant la couronne périurbaine.

Il paraîtrait donc plutôt logique que le nombre de personnes en situation de handicap soit plus important en Haute-Garonne que dans l’Hérault. Peu d’informations sont disponibles concernant ce nombre sont disponibles sur internet. À l’échelle nationale, ce sont environ 2 800 000 personnes, âgées de 15 à 64 ans, qui sont reconnues comme handicapés par l’Etat.

L’inclusion de ces personnes est plus difficile. Le niveau d’études moyen est inférieur à celui de l’ensemble de la population, si bien que les postes occupés sont souvent moins qualifiés et moins rémunérateurs. Aussi, la précarité et le chômage chez les personnes en situation de handicap sont deux fois supérieur à celui du reste de la population avec 19%. Mais pour ceux qui ne parviennent pas à décrocher ou conserver un emploi, il existe l’AAH : l’allocation aux adultes handicapés.

En Haute-Garonne, le nombre de allocataires à l’AAH est nettement inférieur à celui de l’Hérault. Plusieurs hypothèses peuvent donc se dresser : l’emploi est-il plus accessible en Haute-Garonne que dans l’Hérault ? Et ce même nombre de personnes en situation de handicap bénéficiant de l’AAH est-il en corrélation avec l’accessibilité des lieux publics ?

Face à Montpellier, Toulouse prend donc les devants. Ses infrastructures semblent plus aptes à accueillir des personnes en situation de handicap. Mais pour accéder à ces lieux publics, encore faut-il pouvoir stationner en ville. Face à 5 métropoles nationales, Toulouse tire t-elle une nouvelle fois son épingle du jeu ?

Le stationnement pour les personnes à mobilités réduites : la place de Toulouse et des métropoles

Accéder à des lieux publics est une chose. Mais avant, faut-il encore déjà réussir à trouver une place de stationnement adaptée pour les personnes à mobilité réduite. Le décret n°2006-1658 du 21 décembre 2006 indique que les municipalités doivent s’assurer qu’au moins 2 % de l’ensemble des emplacements de chaque zone de stationnement soient adaptées aux PMR équipées d’un fauteuil roulant. Si le nombre total de places d’un même parking excède 500, un arrêté municipal stipule que le nombre de places aménagées ne peut être inférieur à dix.

De nombreuses contraintes sont également listées pour rendre l’accessibilité la plus simple possible : la largeur minimale de la place doit être de 3,3 mètres et sa longueur minimale de 5 mètres. La pente quant à elle devra être inférieure à 2%, tout comme le dévers de la place d’un bout à l’autre, qui doit être inférieur ou égal à 2%. Mais les municipalités respectent-elles réellement ce nombre minimal, ou bien sont-elles « en cours d’aménagement » comme pour les lieux publics ?

À Toulouse, les dernières analyses ont montré que la ville intra-muros comptait 1 287 places de stationnement adaptées aux personnes à mobilité réduite. En comparant cette donnée au nombre d’habitants – 471 941 selon le dernier recensement de 2015 – on obtient une place de stationnement adaptée pour 367 personnes. Mais face à d’autres métropoles, où se place Toulouse ?

Concernant la capitale girondine, on dénombre 1 013 places adaptées pour les PMR dans la ville, pour 249 712 habitants selon ce même recensement. Une place adaptée donc pour 246 personnes. À Nice, les places adaptées ne semblent pas être une priorité. Pour les 342 522 habitants, on ne dénombre que 475 stationnements pour PMR. Soit une place pour 721 personnes. À l’autre bout de la France, à Lille, le résultat semble un peu plus rose : 535 places pour 232 741 habitants, soit une place pour 435 personnes.

Étonnamment, une ville sort du lot lors de l’analyse des données. Rennes semble en effet avoir enclenché le pas de la mobilité accessible à tous. Pour les 215 366 personnes que compte la préfecture de la Bretagne, on dénombre quelques 2 522 places adaptées aux PMR. Soit une pour seulement 85 habitants !

Des écarts très importants donc entre les différentes municipalités, où Toulouse est dans la moyenne face par exemple aux mauvais élèves Nice et Lille. Pour indication, seules les places de parkings publics figurent dans les données analysées. Quant aux parkings privés, ceux situés dans des résidences ou devant des commerces, la législation est la même : elle concerne les voies publiques ou privées ouvertes à la circulation.


L’intégration des personnes en situation de handicap et la mise en conformité des lieux pouvant les accueillir n’est malheureusement pas prête d’être achevée. Au contraire même, la société tend à créer du handicap. Outre les 2 800 000 personnes reconnues en situation de handicap par l’Etat, 2 300 000 autres souffrent d’une limitation dans leur activité professionnelle, et 300 000 supplémentaires disent ressentir un handicap. Les exigences du marché du travail sont de plus en plus nombreuses et importantes, faisant évoluer irrémédiablement ce nombre à la hausse.

La France est-elle le seul pays où l’accessibilité pose encore problème ? Alors que chez nous les délais pour rendre nos lieux publics conformes pour tous sont sans cesse rallongés, nos voisins européens semblent un peu plus préoccupés par le problème. Les pays nord-européen pratiquent une politique très active en matière d’accessibilité. Pour les pays scandinaves, « l’accessibilité n’est pas vue comme une contrainte supplémentaire, mais comme une obligation que les pouvoirs publics doivent à la société et comme un bénéfice pour tout le monde ». (Pascale Ribes, vice-présidente de l’Association des Paralysés de France).

Chaque année, l’Access City Award récompense les villes les plus accessibles d’Europe. En 2016, le trio gagnant était composé de Milan, qui a rendu sa ville adaptée à tous pour l’exposition universelle, Wiesbaden en Allemagne, et… Toulouse !

Beaucoup de travail reste encore à faire concernant l’accessibilité. Nombreuses sont les villes où les personnes en fauteuil roulant ne peuvent monter dans les bus, accéder aux métros, et rouler sereinement sur les trottoirs, souvent cabossés ou trop étroits. Mais certaines villes comme Toulouse mènent des politiques d’adaptation et de mise en conformité pour rendre les lieux publics ouverts à tous.

Raphaël Crabos, Lucas Cousinet