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Le 17 janvier dernier, la Région Occitanie annonçait la création d’un nouveau lycée à Auterive, et ce à l’horizon 2024. Une aubaine pour les étudiants Auterivains, qui vivaient jusqu’alors un calvaire pour aller en cours.

Le réveil sonne. Alexis se retourne vers son téléphone pour le couper. Comme à son habitude, ce lycéen de 17 ans en classe de terminale, se réveille à 5h30 du matin. Depuis maintenant 3 ans, cet habitant d’Auterive est scolarisé dans un lycée Toulousain, ce qui impose un rythme de vie assez strict et difficile.

Après avoir très peu déjeuné, le jeune homme part pour rejoindre la gare d’Auterive. Habitant de l’autre côté de la ville, il prévoit environ trente minutes de trajet à pied, ses parents étant déjà partis travailler. Il est 6 heures, et le froid se fait saisissant en ce début de mois de février. « Généralement, le matin, je ne mange pas beaucoup. Je me lève trop tôt pour avoir faim… » raconte Alexis, pas encore pleinement réveillé.

Alexis arrive à la gare aux environs de 6 heures 35, en ayant pris son temps pour marcher tranquillement. En regardant le panneau d’affichage sur le quai, le train de 6 heures 47 est affiché avec 10 minutes de retard. Une habitude en hiver…

Après environ 20 minutes d’attente, le train arrive enfin sur le quai. Il est plein, et entrer à l’intérieur s’annonce compliqué si les passagers ne se serrent pas. Un peu de forcing, et le voilà dans le wagon.

Le trajet de train dure environ 45 minutes, en raison d’arrêts prolongés du train dans plusieurs gares. Bien que le train se vide un petit peu à la gare de Pins-Justaret, il reste encore beaucoup de monde qui va à Toulouse, et la place se fait rare. Alexis a réalisé son trajet debout, les écouteurs dans les oreilles, alors que par moments on entend un enfant pleurer dans un des wagons voisins à celui dans lequel se trouve le jeune homme. « C’est parfois fatigant, surtout avec les gens qui ne réalisent pas qu’il y a du monde » explique Alexis.

Il est 7h38 quand le train arrive en gare de Saint-Agne, à Toulouse. Alexis sort du train, et se dirige vers la station de métro. Son lycée se trouvant à la station de métro Université Paul Sabatier, le trajet dure une dizaine de minutes. Encore une fois, c’est debout qu’il réalise ce trajet, les rames de métro étant encore une fois pleines à craquer. Il sort finalement du métro à 7h50, et est enfin à son lycée, plus de deux heures après son réveil, et quasiment 1 heure 30 après son départ de chez lui.

Aux alentours de 10 heures, après deux heures de cours de sciences économiques et sociales, Alexis commence à somnoler pendant son cours d’Histoire-Géographie. « C’est pas forcément le cours qui est ennuyeux… C’est juste le fait de m’être levé tôt. Parfois, j’arrive à supporter une journée complète de cours, parfois c’est compliqué ».

Après une journée de cours chargée et marquée par quelques petites pauses (les récréations du matin et de l’après-midi ne durent qu’un quart d’heure, et seulement deux heures de pause sont proposées aux étudiants entre midi et deux), Alexis sort de l’enceinte de l’établissement, et se dirige vers le métro. Rebelotte, toujours du monde. « Le soir, c’est encore pire » bougonne le jeune homme. « Tout le monde est fatigué par sa journée de cours ou de travail. Les gens sont souvent plus facilement sujets à râler, ou sont tout simplement de mauvaise humeur. Avec la durée du trajet, ça n’arrange pas les choses, c’est clair… »

Il est 17h20 quand nous sortons du métro, à la station Saint-Agne SNCF. Direction les quais de la gare, pour prendre le train qui nous permettra de rentrer à Auterive. Le sort s’acharne : le premier train à direction d’Auterive, sur la ligne de Foix, est supprimé. « Presque un jour sur deux on a des galères. Soit des retards, soit des annulations de train. Ça peut arriver, je ne dis pas que tout est toujours parfait. Le problème, c’est les gens. Ils s’énervent, la tension de la journée explose, et il y a fatalement beaucoup plus de monde dans le train suivant. C’est l’enfer dans ces cas-là. »

Près d’une heure plus tard, le train arrive en gare. Comme annoncé par le jeune étudiant, il est blindé. Après quelques coups de gueule de certains passagers et des coups d’épaule, nous pénétrons dans le wagon, et les portes se ferment. « Le trajet s’annonce long, surtout si tout le monde se pousse et râle. Mais on a l’habitude » explique Alexis, presque dépité.

A 19 heures, nous sommes arrivés à destination. Beaucoup de passagers descendent sur le quai de la gare d’Auterive. Par chance, les parents d’Alexis ont terminé le travail plus tôt, ce qui lui permet de rentrer en voiture. « Bon, et bien rebelotte demain, hein… » me dit alors Alexis, avec un pâle sourire. « Bienvenue dans l’enfer des étudiants auterivains ».

(* N.B : le prénom a été modifié à la demande de l’étudiant)

Cet enfer, tous les lycéens habitant Auterive l’ont connu, ou le connaissent encore. Chaque élève scolarisé au collège d’Auterive a le choix au moment d’entrer au lycée : aller dans l’établissement de secteur qui est rattaché à son collège et à la ville où il réside, ou bien choisir un lycée de Toulouse qui possède une option particulière souhaitée par l’étudiant. Dans les deux cas, les trajets sont difficiles, le rythme de vie est très soutenu, et allier vie étudiante et vie privée devient de plus en plus compliqué.

« C’était une situation de stress constant »

Alexandre, 24 ans, étudiait au lycée Déodat de Séverac, à Toulouse. Lorsqu’il nous raconte son quotidien quand il était lycéen, un mot revient en boucle : le stress. « il y avait toujours ce stress des transports, mais aussi celui d’arriver en retard. En fonction des professeurs que l’on avait le matin, 10 minutes de retard et c’était une exclusion de cours… Il fallait donc toujours se dépêcher, prévoir ses trajets très tôt pour être sûr d’arriver à l’heure. C’était fatigant » raconte Alexandre. « Les trajets étaient plus ou moins agréables en fonction du monde présent dans le train, de l’heure… Quand on prenait le train après 19 heures, c’était l’enfer. Je ne supportais pas ça ».

En faisant ces journées de 12 heures, les étudiants n’avaient pas la place pour faire des activités extra-scolaires en semaine. « J’avais la chance d’avoir des facilités qui me permettaient de m’en sortir sans forcément énormément travailler. J’ai pu faire le choix de faire de la musique, parce que j’en avais la possibilité. Mais ce n’était pas le cas de tout le monde… » explique Alexandre.

Un nouveau lycée à la rescousse

Pour pallier à ces problèmes, la Région Occitanie a annoncé, le 17 janvier dernier, la construction d’un nouveau lycée, à Auterive. L’ouverture est prévue à l’horizon 2024. Le maire d’Auterive René Azema déclarait à La Dépêche que « ce lycée est une excellente nouvelle pour tout le bassin auterivain ».

Lorsque l’on regarde les lycées où sont envoyés les étudiants auterivains, on se rend compte que la distance entre leur domicile et le lycée reste un problème. Le lycée de Pins-Justaret est situé à une vingtaine de kilomètres d’Auterive. Les étudiants partent tous les matins aux heures de pointe, ce qui passe le temps de trajet de 20 à 45 minutes environ. En ce qui concerne les étudiants qui sont au lycée dans la Ville Rose, ils se retrouvent avec un temps de trajet oscillant entre 45 minutes et 1 heure 30.

Outre ces deux villes, les lycéens auterivains partent parfois du côté de Muret, voire à Pamiers. C’est notamment les habitants de Cintegabelle, village situé dans le Bassin Auterivain, qui sont rattachés au lycée de Pamiers. Un lycée à Auterive aurait permis aux habitants Cintegabellois de partir moins loin pour étudier. En effet, 8 kilomètres séparent Auterive de Cintegabelle, contre 26 kilomètres entre Cintegabelle et Pamiers.

Un impact sur la vie sociale

Ce rythme de vie, que les étudiants jugent éprouvant, a un réel impact sur leur vie sociale. Alexandre se confie sur cet aspect difficile. « La plupart des gens qu’on rencontrait étaient à Toulouse, donc on ne pouvait pas forcément sortir facilement avec eux après les cours. Du côté des activités extra scolaires, le temps qu’on a pour ça est bouffé par les transports. Il faut faire un choix entre rester chez soi et bosser, ou voir des gens ».

Emma, qui étudiait au lycée professionnel Hélène Boucher de Toulouse (près de Compans Caffarelli), relativise. « Beaucoup d’anciens du collège d’Auterive étaient au lycée à Toulouse. On retrouvait nos amis à la gare, on prenait le train avec eux pour aller en cours le matin ou pour rentrer le soir. Mes habitudes en terme de vie sociale n’ont pas beaucoup changées entre le collège et le lycée. »

Les étudiants du lycée de Pins-Justaret avaient, quant à eux, moins de contraintes. Beaucoup d’étudiants du collège d’Auterive étaient rattachés à ce lycée. Pierre Delia, qui étudiait au lycée de Pins-Justaret entre 2014 et 2017, nous explique que ce rythme était « pénible, surtout en hiver ». « Quand on partait le matin pour aller en cours, il faisait nuit. Pareil quand on rentrait. On avait parfois l’impression de ne pas voir le jour. On n’a que peu de temps pour soi, surtout qu’on rentre souvent fatigués. » Néanmoins, le point de vue sur sa vie sociale est plus nuancé que les élèves étudiant à Toulouse. « Ça m’a permis d’avoir d’autres connaissances et d’agrandir mon cercle d’amis. A l’époque, ça ne me dérangeais pas plus que ça car le lycée Jean-Pierre Vernant était quand même bien ».

Outre la vie sociale, c’est la vie de famille qui est touchée par ce rythme difficile. Cette fois, les étudiants sont unanimes à ce sujet. La jeune femme déclare que « c’était compliqué au niveau familial ». « Je n’avais pas les mêmes horaires que ma famille, donc je ne les voyais plus autant qu’avant ». Alexandre, de son côté, affirme que « passer du temps en famille était moins évident qu’avant ». « On arrivait quand même à avoir un semblant de vie de famille, car nous faisions tous nos repas tous ensemble. Mais le temps qu’on passait en famille était quand même limité, car entre le foot du petit frère, l’équitation de la petite sœur, les répétitions de musique et les parents qui travaillaient parfois le week-end, ça pouvait être compliqué ».

Pour les lycéens de Pins-Justaret, la situation est encore une fois moins compliquée que pour ceux qui partaient étudier à Toulouse. « Ce rythme de vie n’a eu qu’un impact minime. Je voyais moins mes parents qu’avant, c’est sûr, mais ça allait », raconte Pierre. Sa mère, quant à elle, n’a pas mal vécu le rythme de vie de son enfant. « Son adaptation s’est bien faite. Je voyais simplement qu’il était plus fatigué en rentrant des cours, et le week-end il dormait beaucoup pour récupérer. Mais on arrivait tout de même à discuter de tout sans problème, et je le laissais tranquille quand il devait travailler ou qu’il était fatigué », explique-t-elle.

Ce lycée va donc changer beaucoup de choses pour les étudiants auterivains. « On aurait tous aimé avoir un lycée dans la ville. J’aurais pu rentrer plus tôt chez moi, et j’aurais pu rester juste à côté de mon domicile », explique Emma. « Le lycée d’Auterive permettra aux étudiants d’avoir plus de sommeil, d’être moins fatigués et moins stressés », affirme Pierre Delia. Ce nouveau lycée permettrait également de désengorger les lycées de Pamiers, Muret et Pins-Justaret. « Auterive est en plein développement, il y a de plus en plus d’habitants. Ce lycée sera sans aucun doute une bonne chose », explique Pierre. De son côté, sa mère affirme qu’elle « aurait aimé que ce lycée soit fait plus tôt ». « Habitant à Caujac (7 km d’Auterive), cela aurait été plus simple pour Pierre. Il y aurait certainement eu des bus depuis Caujac, alors que quand il était au lycée, nous devions l’amener jusqu’à la gare d’Auterive ou un arrêt de bus de la ville pour qu’il puisse aller en cours ».

De son côté, le présidente de la Région Occitanie Carole Delga annonce que le lycée sera « un lycée à énergie positive », en accord avec la promesse qu’elle avait faite, à l’heure de « l’urgence climatique ». Prévu pour une mise en service en 2024-2025, ce lycée devrait trouver son compte auprès de la population du Bassin Auterivain.