Les services secrets allemands et américains ont acheté en secret en 1970 une société suisse pour espion­ner le monde entier pendant des décen­nies, sans que personne ne le sache.

C’est une histoire qui aurait pu être tirée du dernier scénario de James Bond. Les services secrets américains et allemands ont espionné entre les année 0 et le début du XXIe siècle plus de 120 pays, à travers une société suisse spécialisée dans le chiffrement des conversations. C’est ce qu’ont révélé ce mardi 11 février le Washington Post, la radio-télévision suisse SRF et la télévisions allemande ZDF.

C’est durant la Seconde Guerre mondiale que Crypto AG s’est fait un nom en vendant des machines capables de proté­ger les échanges des troupes améri­caines derrière un code, devant ainsi une des plus réputées dans son domaine. Puis dans les années 50, Crypto AG a vendu « pour des millions de dollars » son maté­riel de chif­fre­ment à plus de 120 pays, parmi lesquels se trou­vaient l’Iran, les juntes mili­taires d’Amé­rique latine, les rivaux nucléaires indien et pakis­ta­nais ou encore le Vati­can. Au total, une centaine de pays, dont des pays européens tels que le Portugal, l’Italie, l’Irlande ou l’Espagne et des membres de l’OTAN, ont utilisé la technologie de l’entreprise suisse.

Mais ce que tout le monde igno­rait, c’est que la CIA était aux manettes, avec l’aide des services ouest-alle­mands. Les deux agences de contre-espionnage ont pu « truquer les équipements de la société afin de casser facilement les codes que les pays (clients) utilisaient pour envoyer des messages cryptés », expliquent les médias.

« Le coup du siècle »

L’opération, nommée « Thesaurus » puis « Rubicon » par la CIA, a été « le coup du siècle » en matière de renseignement, conclue la CIA dans un rapport consulté par les auteurs de l’enquête.

Les services secrets allemands se sont désengagés de l’accord à la fin des années 70. Quant à la CIA, elle n’a revendu l’entreprise de renseignements qu’en 2018. C’est Crypto International, une société suédoise qui a racheté Crypto AG. Celle-ci a estimé que l’enquête était « très alarmante », assurant qu’elle n’avait « aucun lien avec la CIA ou le BND ».

Quant aux autorités suisses, elles ont fait savoir ce mardi qu’elles avaient lancé une « recherche » sur le sujet pour le 15 janvier prochain. La licence d’exportation de la société a été suspendue en attendant les conclusions de l’enquête.