Une étude commanditée par le gouvernement accuse sept grandes entreprises françaises de « discrimination à l’embauche selon l’origine ».

Air France, Accor, Altran, Arkéma, Renault, Rexel et Sopra Steria. Ces sept entreprises françaises n’ont en apparence rien en commun. Pourtant elles figurent toutes côte à côte dans une campagne de testing rendue publique le jeudi 6 février par le gouvernement. Quel est donc le malheureux vecteur commun de ces sept groupes internationaux ?

« Name and shame »

Entre octobre 2018 et janvier 2019, une équipe de chercheurs à l’université Paris-Est-Créteil a mené une campagne de testing (également appelée « test de discrimination ») au sein de 40 grandes entreprises françaises (toutes inscrites en bourse). Un genre d’expérimentation sociale grandeur nature destinée à déceler les situations de discrimination dans notre société. Sans grande surprise, les résultats sont sans appel et presque unanimes. « Sur l’ensemble des entreprises testées, il est estimé que le taux de succès d’un candidat dont le nom a une consonance maghrébine est de 9,3%, contre 12,5% pour un candidat dont le nom a une consonance européenne. Ce qui représente 25% en moins de chances d’avoir une réponse », ont fait savoir le ministère du travail et du logement au Monde.

Pour obtenir ces résultats, les chercheurs ont envoyé 10 349 candidatures fictives ou demandes d’information, en répondant à des offres d’emploi ou en postulant spontanément. Les demandes d’information étaient envoyées par paire : une avec un nom à consonance européenne, l’autre avec un nom à consonance maghrébine. Selon France Info, le gouvernement estime que c’est le « plus grand testing jamais réalisé en France sur l’emploi ».

Le ministère du Logement et de la Ville, chargé du dossier, a donné dans la soirée du jeudi 6 février les noms de sept entreprises, pratiquant ainsi le « name and shame ».

Des entreprises « indignées »

Après avoir dévoilé le nom des entreprises blâmées, le gouvernement a reconnu que les chercheurs avaient mis en avant les limites de leurs études. Certaines entreprises passent par des applications et des solutions web pour fournir une réponse aux candidatures. Une question de sous-traitance pas prise en compte lors de l’envoi des double candidatures.

Dans un communiqué commun, les sept entreprises (excepté le constructeur Renault) ont souligné leur profond désaccord et leur indignation face aux « conclusions erronées » et aux « faiblesses manifestes de la méthodologie utilisée ».

Au cours d’un discours à Tourcoing en novembre 2017, Emmanue Macron s’engageait devant un parterre d’associations à poursuivre ces opérations de testing destinées à « pénaliser les discriminations à l’embauche et à rendre public les noms des entreprises les plus délinquantes en la matière ». Il n’en est pas moins que, avant de dévoiler ces sept noms, le gouvernement a gardé les résultats de ce testing discret sur sa table pendant près de huit mois. D’après France Inter, la contestation des entreprises contactées par le gouvernement avant la publication du rapport pourrait expliquer le retard accusé.

Ces discussions en catimini avec les entreprises épinglées pour discrimination à l’embauche peuvent quand même remettre en question la franchise du gouvernement hier soir. D’autant plus que, malgré ce constat alarmant, aucune nouvelle mesure de lutte contre les discriminations n’a été annoncée. Mieux vaut prévenir que guérir ?