Ce mardi 21 janvier marque un anniversaire historique : la décapitation du roi Louis XVI. Jack Thomas, ancien professeur d’histoire à l’Université Jean Jaurès, revient sur les grands moments de cette période historique en France et dans la Ville rose.

Cahiers de doléances, campagnes de « fake news », pays endetté… Non, nous n’allons pas analyser la situation économique, sociale et politique de la France d’Emmanuel Macron. Non, aujourd’hui nous « fêtons » l’anniversaire de la mort de Louis XVI. C’était le 21 janvier 1793. L’occasion de revenir sur l’une des grandes périodes historiques de notre pays : la Révolution Française.

Pour ce faire, la rédaction du 24 heures a rencontré Jack Thomas, professeur d’histoire pendant 39 ans à l’Université Jean Jaurès de Toulouse. Bien qu’il soit Américain, il connaît l’histoire française et toulousaine sur le bout des doigts.

Des similarités troublantes avec notre époque

« À la fin du XVIIIe siècle, la France est très endettée, notamment à cause de la Révolution américaine », explique l’historien. Et oui, l’endettement français n’est pas un phénomène récent. Pour combler ce trou dans les finances, il fallait impérativement trouver de nouveaux impôts. « Il y a eu des projets pour faire payer davantage les élites et notamment les Nobles et le Clergé. Bien entendu, la Noblesse n’était pas d’accord, car cela ne correspondait pas à leurs habitudes », indique-t-il.

S’en suit deux, trois années compliquées à cause d’une instabilité politique. « Il n’y avait pas beaucoup d’institutions intermédiaires entre le Roi et les territoires. Parmi ces institutions, il y avait les Parlements, comme à Toulouse. Globalement, les parlementaires étaient des Nobles. Ils n’étaient pas d’accord pour payer plus d’impôts et souhaitaient avoir plus de voix au gouvernement. » Pour résoudre le conflit, Louis XVI convoque, en 1789, les États Généraux. Les trois ordres composant la société de l’époque sont réunis : le Tiers État, la Noblesse et le Clergé.

À cette même époque, les sujets du Roi peuvent inscrire leurs demandes dans des registres. « Cela permettait d’avoir une idée de l’opinion publique », analyse l’historien, originaire du nord de l’État de New York. Ce sont les célèbres cahiers de doléances, remis au goût du jour par Emmanuel Macron pendant son Grand Débat National. Une autre ressemblance avec notre époque.

Les fake news ne datent pas d’hier

À l’été 1789, pendant les États Généraux, le Clergé et la Noblesse refusent de siéger avec le Tiers États. Toutefois, quelques représentants des deux ordres qui dominent socialement se réunissent avec le Tiers Etats. C’est le serment du Jeu de paume. Il s’en suivra la création d’une Assemblée Nationale constituante, qui votera l’abolition de certains privilèges pour les Nobles. C’est la fin de l’Ancien Régime, qui divisait la société en trois ordres.

« Il y a eu une forte pression, les symboles de la féodalité ont été liquidés. Les châteaux ont été envahis, les premiers bancs des églises qui sont réservés aux seigneurs ont été détruits… Le 4 août 1789, la Noblesse fait une forme de hara-kiri en renonçant à un certain nombre de privilèges. »

Avant ce vote, l’été 1789 est marqué par des émeutes. Le peuple a faim et se rebelle. Le 14 juillet, la Bastille est prise par les émeutiers. « Le régime vacille. On a l’impression que des groupes veulent en profiter, en particulier les Nobles qui mobilisent des gens pour faire le sale boulot. La Grande Peur, c’est une vague de fake news. »

Le 26 août, la situation s’apaise relativement, les sujets du roi deviennent des citoyens avec la rédaction de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC). La monarchie française et son parlement deviennent assez similaires à celle que l’on connaît en Angleterre. Pourtant, de son côté, Louis XVI continue d’avoir des relations à l’étranger. Avec ses alliés de la Noblesse, il a toujours espoir de reconquérir le territoire et dans le même temps, ses privilèges.

La guillotine à Toulouse

Chez nous à Toulouse, le peuple n’est pas resté sans rien faire. Le 4 juillet 1790, la fête de la Fédération a lieu dans la Ville rose. « C’est la plus grande manifestation publique. Les gens viennent de toute la région pour défiler. C’est la mise en scène du ferveur populaire autour des idéaux de cette révolution de 1789. » C’est une période assez consensuelle, la DDHC vient d’être signée, les biens de l’Église et des immigrés sont nationalisés pour payer la dette.

Mais un an plus tard, la fuite de Varennes précipite la fin du règne de Louis XVI. Le 20 et le 21 juin 1791, le Roi et sa famille quittent Versailles. Déguisés, ils prennent la route et fuient direction des pays germaniques. Toutefois, le souverain est reconnu dans une auberge de Varennes. « Le personnage sacré du Roi a pris un coup. Il est considéré comme un traître. La Convention [Le régime qui gouverne le pays entre 1792 et 1795, NDLR] devient plus radicale. Elle décide de faire le procès de Louis XVI en 1792. C’est comme un impeachment. » Tiens, encore une similitude avec notre époque.

L’année qui suit son procès, Louis XVI meurt sous la guillotine, le 21 janvier 1793. Cette année-là, la Terreur s’installe dans le pays. Et Toulouse n’y fait pas exception. En pays toulousain, 45 personnes sont décapitées pour motifs politiques. Plusieurs dizaines sont également envoyées à Paris pour y subir le même sort. Ce sont essentiellement d’anciens membres du Parlement toulousain. « Aucun autre Parlement français n’a connu une telle hémorragie. Il faut dire qu’il s’est révélé assez réactionnaire. Avant d’être dissous avec la Révolution, le Parlement de Toulouse avait dénoncé cette révolte. Il réclamait un retour au statu quo », narre Jack Thomas.

La Révolution Française 2.0, c’est possible ?

Une décennie plus tard, le Midi connaîtra son évènement le plus sanglant. Un millier de mort dans l’insurrection royaliste de 1799. Des « bandes royales » tenteront de prendre Toulouse. Sans succès. Ces troupes, commandées par le comte de Paulo et le général Rouge, battent en retraite à Montréjeau. Elles seront décimées par les troupes républicaines. Une défaite qui sonne la fin des espoirs de restauration de la monarchie dans la région toulousaine.

Encore aujourd’hui, il n’est pas rare de voir le mot « Révolution » scandé ou écrit sur une banderole dans une manifestation. De plus, on note de nombreuses ressemblances avec notre époque. Est-ce suffisant pour dire qu’une Révolution 2.0 puissent arriver ? Pas sûr. « À mon avis, personne n’est capable de dire ce qu’il va se passer. Le 1er janvier 1789, personne n’aurait prédit la Révolution Française. Tout est toujours possible. Je ne crois pas à l’Histoire écrite à l’avance », conclut-il.