Hier matin à Pau, le président de la République a reçu des représentants des éleveurs pour évoquer la question de la fin de la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées. Chose inédite depuis 30 ans, Emmanuel Macron a annoncé que les ours bruns ne seraient plus réintroduits dans les Pyrénées.

 
Philippe Lacube, le président de la Chambre d’Agriculture du Massif des Pyrénées, a été reçu hier par Emmanuel Macron pour échanger sur le thème de la réintroduction des ours. « Notre ambition était d’avoir un lien direct avec le président de la République pour lui expliquer les problèmes des grands prédateurs et mettre en regard l’économie pyrénéenne et la biodiversité ». 
À ça se rajoute les conditions de vie des éleveurs et des agriculteurs des vallées pyrénéennes : « Les aspects sociaux sont une catastrophe. On a l’impression de revenir 100 ans en arrière. On fait dormir des bergers et des vachers dans des conditions indécentes. On est dans un recul social incroyable dans cette histoire ». 

Vers un retour au calme


Pour les membres de la Chambre de l’Agriculture et les éleveurs, le fait d’avoir rencontré le président de la République constitue une véritable avancée dans le projet, mais ils attendent de voir du concret : « On a tellement pris de coups sur ce dossier, on va avoir un peu de satisfaction et ça va faire du bien. Maintenant, on n’est pas naïfs. On a une population d’ours importante sur le territoire, et on sait que l’histoire n’est pas finie. 
Il va falloir rester vigilant et pro-actif pour que ce qui a été annoncé soit suivi de fait ». 
Même si aucune déclaration officielle n’a été faite, Philippe Lacube insiste sur quelques points essentiels que le gouvernement compte mettre en place d’ici « six à huit semaines ». 
Par exemple, dans les lieux où il y a une forte concentration d’ours, « un protocole pourrait être mis en place afin d’identifier les bêtes très voraces pour éventuellement les extraire du territoire ». Mais la question d’une « nouvelle gouvernance » a également été évoquée : « On aimerait mettre en place une gouvernance dont les clés soient les représentants des populations locales, des gens démocratiquement élus, et pas des lobbies. Pour moi, c’est le plus essentiel et le plus important à retenir de cet entretien avec le Président ». 
En tous cas, ce que constate Philippe Lacube, c’est que « plus on s’éloigne de nos vallées, plus on est pour la réintroduction. Et plus on s’en rapproche, plus les gens qui habitent dans les vallées ont moins envie de la soutenir ». 

Pour lui, si les promesses faites hier sont tenues, cela ramènera un peu de calme et de sérénité dans les vallées. 

Une décision qui n’est pas rejetée par tous 

Alain Reynes, le directeur de l’Association Pays de l’ours Adet (qui est notamment à l’initiative du retour de l’ours dans les Pyrénées), ne repousse pas cette décision d’un revers de la main. « C’est juste la confirmation d’une mesure déjà annoncée le 6 juin 2019, qui expliquait qu’il n’y aurait pas de nouveau lâcher d’ours ». Selon lui, le gouvernement estime qu’ils ont fait leur part du travail et qu’ils n’iront pas plus loin dans le cadre du mandat d’Emmanuel Macron. « On en prend acte, on l’entend, on n’est pas surpris. Dans le cadre de ce mandat, deux femelles ont été lâchées dans les Pyrénées-Occidentales, ce qui a permis d’éviter la disparition de l’espèce dans cette partie-là, c’est déjà très bien ». 


Actuellement, une quarantaine d’ours ont élu domicile dans les Pyrénées. Selon Alain Reynes, cette population n’est pas menacée à court terme : « Actuellement, il naît des oursons et leur nombre augmente doucement ». 
Malheureusement, il estime que cela n’est pas suffisant pour maintenir une population d’ours à long terme : « Il y a une nécessité biologique d’apporter du sang neuf, donc il faudra le faire. La restauration d’une population viable d’ours dans les Pyrénées est une obligation légale de la France envers l’Europe alors s’il n’y a pas de lâcher d’ours tout de suite, il y en aura plus tard ». C’est donc avec optimisme qu’Alain Reynes envisage la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées. 


Ce qui est sûr, c’est que ce dossier complexe n’a pas fini de diviser les fervents défenseurs des troupeaux, mais aussi des ours.