La mairie de Toulouse a lancé des travaux de rénovation sur la rue de Bayard entre janvier 2016 et août 2017. L’objectif était de redorer l’image de cette rue donnant sur la grande avenue de Strasbourg avec différents aménagements. Deux ans plus tard, de nouveaux commerces continuent de s’y installer mais l’ambiance n’est pas pour autant idéale.

La mairie l’avait annoncé en grandes pompes: de nombreux aménagements et plus de mobilier urbain, le tout sur des dalles afin de rendre la rue plus esthétique. Et effectivement, le résultat est appréciable. Une rue pavée large avec des arbres le long de la voie et qui laisse entrer le soleil. La plupart des commerces le long de la rue sont des restaurants, fast-foods ou supérettes mais on peut aussi y trouver divers établissements notamment des assurances ou encore le centre de formation ISO Toulouse qui forme aux métiers de l’optique. En fin de matinée avec l’odeur sortant des restaurants et le vent frais, il est très tentant de s’assoir sur un des bancs ou bien à même le sol qui est visiblement propre pour regarder les piétons et cyclistes passer. Un calme qui tranche avec le capharnaüm des voitures sur le boulevard de Strasbourg au bout de la voie. Une rue donc qui a du charme, un pari qui semble par conséquent réussi pour la ville rose qui s’emploie depuis quelques années à redessiner certaines de ses rues.


Des changements qui séduisent

Ces changements sont au goût de nombreux habitants, ainsi que de nombreux professionnels qui viennent travailler dans cette rue. Ben Amma travaille dans un restaurant sur la rue. À cette heure-ci il nettoie les vitres de la devanture avant d’attendre les premiers clients de midi. Bien que le restaurant n’ait ouvert que trois mois auparavant, il souligne le cadre respectable « La clientèle est agréable, il n’y a pas beaucoup de bruit et puis la rue est très propre. On se sent posé ici. » Un sentiment partagé par d’autres: « C’est vrai, dit Olivier, qui traverse régulièrement cette rue pour aller à son travail. C’est sympa de traverser cette rue, on a l’impression de mieux respirer que sur les grandes avenues. » La comparaison avec l’état de la rue avant les travaux est facile pour certains. Cesarine Veyrac est étudiante à l’ISO et elle sort régulièrement pour fumer pendant ses pauses entre les cours. Une cigarette à la main à côté de ses camarades, elle apprécie d’avantage être ici qu’auparavant. « Elle est plus agréable à regarder, et puis j’ai l’impression que les fréquentations sont pas les mêmes aussi, c’est plus calme. » Sa camarade Marie Tournebize est arrivée après la fin des travaux mais s’est faite quand même son idée: « J’ai entendu comment c’était ici avant, c’était vraiment chaud il paraît. Moi personnellement j’ai rien vu qui m’a dérangée, c’est tranquille.« 

Une rue cependant pas si parfaite

D’autres élèves de l’ISO ne partagent cependant pas le même avis. Axel Bonnecarvert connaît bien cette rue qu’il fréquente depuis des années. « C’est vrai que c’est plus joli, tout est refait, avant c’était que des trottoirs pourris. Mais dans le fond ça a pas changé, c’est toujours la bonne vieille « rue des kebabs ». Il y a toujours du deal et la nuit t’es sûr de te faire tabasser si tu traînes ici donc faut pas sortir. Et puis ils ont dit qu’ils avaient mis fin à la prostitution dans la rue mais elles sont pas parties les prostituées, elles sont juste 50 mètres plus loin, aucune différence. » D’autres personnes peuvent témoigner de la face sombre de cette rue. Jérôme, Céline et Seb sont des sans-abris vivant dans cette rue depuis des années. Jérôme est devenu un élément permanent du paysage que les commerçants et étudiants dans la rue autour de lui acceptent. « J’étais là avant, pendant, et après les travaux d’il y a deux ans alors je peux dire ce qui a changé. » Paraplégique, il reste assis toujours au même endroit et selon lui sait tout ce qui se passe ici. « Alors oui, c’est bien de faire des belles rues, mais tout cet argent il aurait pu servir à changer autre chose que le trottoir. Améliorer la sécurité par exemple, parce que les prostituées elles sont toujours là, les racketteurs ils sont toujours là et tous les autres criminels ils sont toujours là. Donc ouais c’est une belle rue mais il y a plus important. » dit-il en pointant du doigts les vitres brisées et recouvertes de carton d’une banque à quelques dizaines de mètres. « Et puis il faut savoir qu’on est de plus en plus de SDF à dormir dans cette rue, même des gamines de 17 ans. » Seb lui vit un peu plus loins vers Matabiau mais viens dans la rue de Bayard très régulièrement: « Même si je suis pas tout le temps ici on sait ce qui se passe en cachette dans cette rue. Suffit de suivre la mauvaise personne dans une ruelle pour qu’on se fasse voler son sac cinq secondes plus tard. C’est surtout des jeunes qui font ça, on essaye de rester à l’écart d’eux. » Céline, assise près de lui renchérit: « Et puis le matin ici c’est dangereux pour les cyclistes, on en a vus beaucoup se faire percuter par des voitures dans cette rue quand il y a plus de trafic. Et évidemment nous on se fait souvent insulter. mais à côté de ça les commerçants nous traitent bien.« 

Une rue donc qui en apparence s’est améliorée mais qui doit encore faire face à de nombreux enjeux pour devenir pleinement vivable.

Nicolas SADOURNY