Tout part d’une idée reçue qui laisse entendre à qui veut qu’il suffît de sortir deux, trois blagues pour être humoriste. En réalité, l’humour se travaille et le métier est en constante évolution.

Au numéro 16 de la petite rue Saint-Germier, la Comédie de Toulouse forme jeunes adultes, et moins jeunes, à l’improvisation théâtrale. Sur la façade du bâtiment, rien de bien extravagant. Quelques affiches annoncent les spectacles à venir. C’est dans ce quartier fleuri et dégagé de la ville rose, que tous les mardis, se rejoignent passionnés d’humour et de comédie pour assister aux cours de Cédric Asna. Lui-même comédien dans une troupe d’improvisation, c’est dans la continuité des choses que La Comédie de Toulouse lui a proposé d’animer des ateliers du soir. Un atelier pouvant accueillir des « humoristes en herbe » selon l’artiste, mais pas seulement : « Le but premier de mon cours est avant tout de s’amuser. L’improvisation ne forme pas forcément à être humoriste, car elle a pour particularité de faire travailler le groupe et de compter sur le collectif plutôt que sur l’humour d’une seule personne ». La relation avec le public, la voix et les jeux scéniques sont, par la même occasion, développés.

Certains grands noms se sont formés à l’humour via des formations spécialisées ; c’est notamment le cas de Bérangère Krief ou Gaspard Proust. Cependant, « la progression d’un artiste n’est pas linéaire, ne se calcule pas en « nombre de semestres » ou en crédits. Payer une formation ne rendra personne drôle » selon Emma de Foucaud, stand-uppeuse professionnelle et co-fondatrice de la Toulouse Comedy Night

L’humour : inné ou fruit d’un travail acharné ?

Toujours d’après Cédric Asna, la réponse se trouve entre les deux. « En impro, on aurait peut-être tendance à rester dans son registre d’humour, car sans texte et avec le stress de la scène, on a tendance à exploiter ce qu’on sait faire pour plus d’efficacité. J’apprends cependant à mes élèves à sortir de leur zone de confort, et très souvent, pour ne pas dire tout le temps, ils se surprennent eux-mêmes à être plus drôles et imaginatifs » résume le comédien qui donnera son prochain cours le 17 avril prochain.

Vanessa Kayo, passionnée par le théâtre depuis petite, a délaissé sa vie de prof il y a quatre ans pour faire rire. Même constat pour elle : « le sens de l’humour est inné, cependant l’humour en tant que métier cela se travaille. Il faut quelquefois dix, quinze ans pour être excellent ». Son spectacle « feignasse hyperactive » nous concerne tous, et c’est peut être là que réside le secret d’une prestation réussie : « c’est l’histoire d’une femme active qui aimerait être une feignasse, mais elle a un boulot, un enfant, un ex… ». La vie quotidienne d’une femme y est simplement évoquée. Un humour, qui permet de rassembler selon la jeune femme, car mettant en avant « le côté paradoxal que l’on a tous ». Cette habituée du café-théâtre le Citron Bleu à Toulouse y reposera ses valises à partir du 11 avril prochain : « J’aime beaucoup parce que les gens sont vraiment agréables et cette petite salle est particulièrement formatrice, car on est très près des spectateurs ».

Et puis il se murmure ainsi que le métier s’acquiert sur le terrain. C’est lors d’une modeste représentation que l’humoriste fait ces armes. En plein cœur des allées Jean Jaurès et parmi la circulation continue de cette fin de semaine, se niche Le Duplex. A première vue, tout ce qu’il y a de plus ordinaire, une brasserie de quartier. Pourtant, chaque semaine, et à l’initiative de deux passionnés, la scène est ouverte aux amateurs du rire, du lâcher-prise aussi. Emma et Gabriel ont créé en 2017 la Toulouse Comedy Night et accueillent tous les mercredis les artistes d’un soir : « Beaucoup de jeunes se lancent sur scène pour la première fois de leur vie chez nous et nous en sommes toujours très heureux. Lorsqu’ils le souhaitent, nous leur donnons des conseils ou leur faisons des retours après leur prestation. Mais c’est toujours à leur demande. Apprendre le métier d’humoriste, c’est avant tout apprendre à se connaître soi-même, à appréhender son stress, ses craintes, trouver son propre rythme, son style, s’auto-critiquer, se remettre en question, etc. C’est un cheminement long, et c’est en se prêtant à l’exercice à de multiples reprises que l’on apprend le mieux ! Le conseil que l’on donne le plus souvent à des jeunes qui veulent débuter est donc : écoute-toi plus que tu n’écoutes les conseils des autres ».

Emma de Foucaud et son co-équipier de cette école du rire décontractée Gabriel Francès, reçoivent des artistes français mais aussi internationaux. Très peu de Toulousains d’origine représenteraient notre humour made in sud-ouest avoue même, lors d’une énième blague, la jeune femme : « je suis moi-même normande, et même après 5 ans passés dans la ville rose, je ne comprends toujours rien aux règles du rugby ».

C’est dans cette salle à l’ambiance intimiste que le Citron Bleu accueille les artistes. Crédit: Thomas NAUDI

« Je pense que tu ne peux pas faire humoriste si tu n’es pas différent »

Humoriste depuis sept ans maintenant, et après un stage de One Man Show offert par sa femme, Leopold a toujours eu l’envie de faire rire. Pour lui la scène est la meilleure des formations : « bouffer de la scène, c’est ça la vraie formation. Il y a des écoles d’humour qui te parlent de technique, mais le vrai travail se fait sur scène. C’est le regard des gens qui va t’aider à travailler ton humour ».

La différence, elle se cultive. L’humour peut y contribuer selon Léopold. « Beaucoup de gens savent faire rire, mais ne décollent pas car ils ne sont pas différents des autres, il faut avoir ce petit truc en plus ». Les spectacles font rire le public, mais ils peuvent aussi aider l’artiste lui-même à l’image d’une thérapie. La thérapie du rire « qui permet d’aborder certains sujets » et de communiquer résume l’humoriste qui se produit ces 5 et 6 avril au Citron Bleu. C’est dans ce charmant café-théâtre du quartier des Carmes au charme toulousain certain que se produit ce vendredi 5 avril l’artiste. Un spectacle au thème actuel, puisqu’il aborde le vaste sujet qu’est la classe moyenne. « Je suis de la classe moyenne et j’essaye de parler des trois règles de celle-ci que sont le couple, les enfants et le job ». Les scènes « en région » comme celle du Citron bleu favorisent l’intimité directe avec le public. Un public « dans la découverte et qui vient pour rigoler ». Derrière son bar à la déco actuelle, Anaïs la gérante, tout sourire, se confie : « Je faisais totalement autre chose au départ et c’est une rencontre avec un comédien qui a été l’opportunité de racheter le Citron Bleu qui existait déjà depuis 1990 ». Pour elle, la proximité qu’offre les cafés théâtres apporte au comédien « un lien direct et une interactivité avec le public ». Un exercice néanmoins beaucoup plus exigent que dans les grandes salles parisiennes lié à la réalité directe avec l’assemblée.

Quant aux personnes qui, après avoir lu cet article, penseraient toujours que tout le monde peut devenir humoriste « allez sur scènes et faites deux, trois blagues, peut être que ça marchera » conclue Vanessa Kayo le sourire aux lèvres.