21… Ce samedi 6 avril aura lieu l’acte 21 de la contestation des Gilets jaunes. Certains des manifestants sont ainsi présents depuis plus de cinq mois. Ce mouvement qui avait pris origine suite à l’annonce de l’augmentation des prix du carburant a aujourd’hui évolué. Ce sont maintenant des contestations très diverses qui s’élèvent. Elles ne concernent plus seulement la question du pouvoir d’achat. C’est ainsi des personnes aux profils et aux revendications très hétéroclites qui adoptent le même mouvement. Rencontre avec ceux qui sont ces Gilets jaunes persévérants.

Camp vide des Gilets jaunes ce matin au rond-point de l’aire de covoiturage de Gaillac/ Océane Arasse

Ce matin aux alentours de 9h à Gaillac, le camp des Gilets jaunes près de l’aire de covoiturage est vide. Pas une seule personne à l’horizon. Seulement des pancartes telles que « pour un monde meilleur » ou encore « Tous les vendredis à 19h, auberge espagnole ». C’est bien cette dernière, vue également sur Facebook, qui incite à venir à cet endroit. Une personne m’apprendra que ce n’est que bien plus tard que les Gilets jaunes se réunissent. Direction donc un autre rond point, cette fois-ci près d’un centre commercial, qui est un lieu de rassemblement très souvent animé. Quelques Gilets jaunes sont en effet rassemblés.

Une jeune fille blonde attire l’attention. Elle est en effet très souriante et semble vraiment jeune comparée aux autres personnes présentes. Il s’agit de Blandine, une étudiante de 17 ans qui a profité de son temps libre pour retrouver les autres Gilets jaunes près du rond point. Petite particularité, elle n’a rejoint le mouvement que depuis peu. La manifestation de samedi dernier était en effet sa première « Je me rends compte que les choses bougent et je veux y participer » explique-t-elle. Une prise de conscience suite à la contestation qui perdure depuis des mois.

C’est avant tout une volonté de prise de conscience de la part du gouvernement et un plus grand besoin de liberté qui animent la jeune fille « je veux plus de liberté et de pouvoir et des mesures adaptées ». Elle représente ici une jeunesse qui souhaite que le gouvernement évolue avec son temps et se déleste un peu de son pouvoir. Ses mots « adapté au vrai pays » ou encore « montrer le pays tel qu’il est réellement » démontre chez elle une impression de déconnexion de l’Etat vis-à-vis du peuple français. Dans ce combat, la violence est pour elle nécessaire pour faire évoluer le pays « je pense que la violence est indispensable pour se faire entendre dans les conditions actuelles »

Citoyen et écologiste

Lorenzo est un homme d’une cinquantaine d’années qui inspire la sympathie au premier coup d’œil. Cet air jovial incite à lui poser des questions. Ses premiers mots sont « nous sommes tous des humains gilets jaunes ! ». Cet agent commercial dans l’immobilier mais également chanteur et guitariste donne ainsi le ton dès son entrée en matière. Il place ici l’humain au centre de tout et souhaite que le gouvernement en fasse de même « Je veux vivre dans un système qui favorise l’ humain et pas l’argent ». Cela passe selon lui par le respect de l’environnement. Il revendique en effet ce côté écologiste « Il faut arrêter d’empoisonner tout le monde avec tous ces produits toxiques que l’on utilise. On détruit l’environnement au détriment de la nature et de l’Homme ». C’est donc pour Lorenzo par la préservation de l’environnement que l’humain pourra mieux vivre à son tour sans être exposé à cette toxicité ambiante. En évoquant cela, son visage ce temps quelque peu ce qui laisse penser à un sentiment de frustration mêlé à une colère contenue.

L’industrie agro-alimentaire n’échappe pas à sa contestation « il y a une surproduction de viande et donc un gaspillage énorme ». Le mode de fonctionnement de ces industries ainsi que leur gestion des ressources est ici remis en cause. Pour faire entendre ces revendications, il a choisi de privilégier le pacifisme à la violence. Il dénonce cependant celle exercée, selon lui, de l’autre côté par les forces de l’ordre sur les manifestants « il y a eu des mains arrachées et des yeux crevés c’est pas normal mais on reste pacifique et on ne lâche rien ».

Message

« Le problème aujourd’hui ce n’est pas seulement le gouvernement mais c’est aussi la mentalité de l’humain en général »

Johanna est une jeune femme brune de 24 ans, intérimaire. Les réponses apportées par celle-ci étaient extrêmement détaillées traduisant une volonté de faire entendre sa voix. Il s’agit de l’une des administratrices du groupe Facebook « Gilets Jaunes 81 ». Son objectif était de permettre à tout le monde d’exprimer ses revendications et ses points de vue de manière totalement libre «  ce mouvement n’est pas personnel et ne doit pas s’identifier à une minorité de personnes, chacun est libre de donner son avis ». Elle a donc choisi de ne filtrer aucune des publications du groupe dans l’intérêt commun. Ce qui ne l’empêche pas bien-sûr d’avoir des convictions propres.

Elle dénonce le manque d’humanité des dirigeants vis-à-vis des français. Selon elle, le gouvernement reste muet face à la précarité importante de certains « Comment est il possible que en 2019 des sdf se retrouvent sans soutien moral, financier, professionnel etc afin de pouvoir s’en sortir ? Comment l’humain tolère que nos grands-mères qui ont travaillé toutes leur vie touchent une retraite misérable sur laquelle l’État profite ? ». Ainsi, c’est un sentiment de dégoût qui est ressenti par Johanna.

Ce sentiment de dégoût va laisser place à une expression désabusée face au constat sur le mouvement. Pour elle, la contestation n’est pas assez puissante pour faire évoluer la société « même si nous faisons grève on sera quoi 500 000 ? Et encore ? Sur 67 millions de français tout ça n’aura aucun impact ». Elle va même plus loin en expliquant que cette mobilisation pourrait profiter à ceux qui ne suivent pas le mouvement « nous on va perdre notre travail et les moutons qui se plieront bien au réglementations se gaveront en heure supp ». Au-delà du gouvernement en lui-même, c’est pour elle le peuple français et sa vision des choses qui empêche l’évolution de la société « le problème aujourd’hui ce n’est pas seulement le gouvernement mais c’est aussi la mentalité de l’humain en général, les gens veulent un changement mais sont totalement incapables de changer eux-même ni de faire des concessions pour obtenir gains de cause ». Une vision pessimiste de la société qui montre que les Gilets jaunes ont conscience que le combat est encore loin d’être gagné.

Croix jaunes symboliques

https://youtu.be/OX5al4DxCqE