Au temps de la start-up nation, les jeunes et étudiants aspirent de plus en plus à créer leurs propres projets. Auparavant considéré comme un monde hostile et obscur, l’entrepreneuriat attire désormais une jeune génération en quête d’indépendance

Avoir un patron deviendrait-il « has-been » ? Bercés par les success stories de la silicon Valley, une part croissante d’étudiants se rêvent déjà chefs de leur propre entreprise.

Dans les écoles de commerce et de managment, il n’est plus rare de croiser des élèves préférant le risque de monter son projet à la sécurité d’un emploi dans un grand groupe. Nathan Balestra, étudiant à la Toulouse School of Managment a lancé l’an dernier OLISTA une marque proposant « des collections de vêtements de qualité, identifiées à partir des signes astrologiques ». « Ca faisait un moment que je voulais lancer un business » confie l’étudiant. En plus de pouvoir espérer faire fructifier son projet, c’est aussi une façon « d’illustrer de façon concrète mes cours« . Si les premiers mois sont encourageants, le jeune entrepreneur garde pourtant les pieds sur terre « je vais essayer de développer un maximum ma marque pendant mes années d’études [..] je prendrai la décision de me lancer complètement dedans à la fin de mon master si les résultats sont convaincants« .

Une entreprise à portée de clic

Il faut dire que depuis quelques années, l’accès à l’entrepreneuriat est largement simplifié et internet n’y est pas pour rien. « Tu peux créer un site internet en 10 minutes avec très très peu d’investissement » explique Nathan. Finis la prospection de local et la signature de baux, un nom de domaine suffit.

Au niveau juridique, le statut d’autoentrepreneur créé en 2008 permet de pouvoir lancer son activité en quelques minutes seulement. Pour les projets plus ambitieux, le financement est aussi plus ouvert. Des plateformes de crowndfunding tel que Ulule ou Kisskissbankbank aux incubateurs d’entreprise, l’accès au fonds n’est plus le monopole des banques, souvent réputées frileuses. « Nous étudions les projets, mais dans la majorité des cas seul 1 sur 5 est validé » détaille Mélanie , conseillère bancaire. « Les projets sont plutôt rentables, mais les banques sont frileuses de part le manque d’expérience de ces jeunes entrepreneurs« .

Mais à côté de cela, l’entrepreneuriat est aussi devenu un véritable mode de vie sur la toile. Conférences, ateliers ou simples rencontres y sont organisés et relayés. L’heure est au networking. Sur Youtube notamment, une grande offre de vidéo est proposée pour tous les entrepreneurs en herbe. Monter son entreprise n’est plus un rêve réservé à certains privilégiés et c’est aujourd’hui presque accessible en quelques clics.

Toujours étudiant, déjà entreprenant

Fut un temps, les grandes entreprises n’attendaient pas que les étudiants sortent de l’école pour les embaucher. Aujourd’hui, ce sont les apprenants eux même qui montent déjà leurs projets en cours de formation.

A la TBS, la junior entreprise ESCadrille cartonne. Hermès, Aéroport de Paris ou anciennement Channel, leur portefeuille client ferait pâlir certaines entreprises classiques. Pourtant d’après Paul Rousselot, membre du bureau de la structure, ce n’est qu’une association à but non-lucratif, dégageant tout de même « environ 150.000 euros de chiffre d’affaires en 2018« . Organisée en pôles et traitant avec des partenaires en Allemagne ou Pologne, la junior entreprise n’est pourtant composée que d’étudiants. « On reçoit des enseignements et on recrute des conseillers dans l’école » détaille Paul. Une approche complémentaire qui leur permet aussi de se rapprocher du monde entrepreneurial. « On travaille avec des start-ups, on voit l’ensemble du process de création d’une entreprise. Quand tu les vois réussir ça te donne toi aussi envie de lancer ta boite« .

Il faut dire que depuis quelques années de plus en plus d’écoles proposent des parcours permettant aux jeunes de lancer leur activité. « J’ai déjà discuté avec des patrons de 40-50 ans, ils me disaient qu’ils auraient rêvés avoir des filières comme la mienne » explique Louis Dumont, étudiant dans la filière Innovation Entrepreneurs de l’institut d’optique Paris Tech. De manière générale, l’expertise de ces chefs d’entreprise en herbe s’est accrue.  » Les jeunes entrepreneurs savent pour la majorité qu’il faut un apport pour se lancer, ils se renseignent beaucoup plus qu’auparavant en faisant appel à la chambre des métiers et présentent des dossiers plutôt viables » selon Mélanie . Il faut dire que « faire comme les grands » d’après Louis, permet de pouvoir le devenir.

Des écoles comme la TSM à Toulouse proposent des parcours spécialisant dans la création d’entreprise./ Crédit : MAHROUGA Axel

Une voie vers la liberté ?

Bien au delà de l’aspect économique, c’est aussi des valeurs que cherchent à trouver les jeunes dans l’entrepreneuriat. Dans une enquête sur « les motivations et freins des jeunes à entreprendre » publiée en 2015, l’association Jeunesse et entreprise relève que la liberté est le moteur principal de 17% de ces jeunes porteurs de projet. « Il y a une envie de non-hiérarchie de la part des jeunes » selon Paul Rousselot. « Notre génération est plus dans des relations horizontales, dans le co-working, la pensée collective. Ca attire moins d’aller dans un endroit où l’on peut moins proposer ses idées« .

Si travailler « libre » est un idéal, il a aussi ses contreparties. « On est loin de Carlos Ghosn, énormément de papiers, beaucoup de soucis pour peu de rentabilité, un travail présent 24H/24 et 7j/7 » argumente Michel Llabres, un étudiant en droit devenu autoentrepreneur il y a deux ans. « C’est loin de l’idée que les gens se font, y’a aucune garantie sur le salaire qui tombe, c’est hyper précaire. Cette volonté [d’entreprendre] est à l’image de la société : de plus en plus individualiste« . Les mots sont clairs, le constat cinglant.

Il n’en reste pas moins que la création d’entreprise est un secteur en pleine expansion. Selon l’Insee, en 2018, 691.283 nouvelles entreprises ont vu le jour en France, soit 100.000 de plus qu’en 2017 (+16,9 %). De 2015 à 2017, l’âge moyen du créateur d’entreprise a reculé de deux ans, passant de 38 à 36 ans. Toujours selon l’INSEE, les moins de trente ans représentent 37% des créateurs d’entreprises individuelles.

Alors malgré les difficultés, la jeunesse semble chercher toujours plus ce « goût du challenge ». Tant pis si cela ne mène à rien, après tout il faut bien que jeunesse se fasse.

Mahrouga Axel

Bonus vidéo : Toulouse, un terrain fertile pour les jeunes entrepreneurs ?