Nichée entre Purpan et Blagnac, bordée par les rives du Touch et de la Garonne, se trouve la Cité Ancely, cœur historique du grand quartier Arènes-Romaines. Bâti par l’architecte Henri Brunerie dans les années 60, au milieu des champs, le grand ensemble accueille en 2019 plus de 2000 habitants, pour 865 logements.
Nombreux sont les riverains à tirer la sonnette d’alarme : constructions galopantes d’immeubles, manque d’infrastructures publiques comme des écoles ou un complexe sportif… Un constat qui s’est aggravé depuis la fermeture de la piscine du quartier en septembre 2015. Une fermeture ordonnée par la mairie de Toulouse.

À deux pas des vestiges des arènes romaines et traversé par les lignes de tram T1 et T2 se trouve l’ensemble architectural Ancely, au nord-ouest de Toulouse. Englouti progressivement par l’expansion de la Ville rose, le quartier a vu pousser autour de lui ces dernières années de nombreuses résidences et immeubles d’habitations.

Problème ? À l’heure où un nouvel ensemble immobilier de 200 logements est envisagé sur les terrains de l’Hôpital Garonne enclavé entre la copropriété du Ramier de Casselardit et celle d’Ancely, les infrastructures publiques sont déjà saturées ou font défaut. Même constat pour les commerces qui ont du mal à perdurer, étant à proximité immédiate du centre commercial Carrefour Purpan.
Un constat qui fait craindre le spectre du « quartier dortoir » chez de nombreux résidents. Une situation que dénoncent aussi plusieurs associations, dont « Les Amis de la Piscine Ancely », forte de 137 adhérents.

« Nous vivons dans un quartier où il n’y a plus aucun équipement sportif et de loisirs, malgré l’augmentation de la population dans le grand quartier Arènes-Romaines. On fait aujourd’hui face à une dégradation alarmante de la qualité de vie : les axes de circulation sont engorgés au quotidien avec leur lot de pollutions sonores notamment. Ancely se trouve à proximité de l’héliport du CHU, sans compter les nuisances de la rocade ouest, du fil d’Ariane, et de l’aéroport.
L’école maternelle est complètement saturée, le nombre d’élèves a doublé en 10 ans. Mais aucune autre structure scolaire n’est à l’étude pour accueillir cette demande là.
Les permis de construire des futurs immeubles n’étant pas encore délivrés, rien n’est encore joué, d’autant qu’un front associatif est en train de renaitre. »

Conseil d’administration des « Amis de la piscine d’Ancely » (APA)
L’A621, en bordure du quartier Ancely. Crédits : Simon Aiguedieu

« La piscine, c’était le dernier lieu de vie que l’on avait »

Les abords des bassins de la piscine Ancely, fermés. Crédits : Simon Aiguedieu

Eté 2016. La piscine d’été Ancely et ses deux bassins de 375 m2 au total, ferment au public après deux années de bras de fer entre la municipalité et les associations d’Ancely. En coulisses, c’est un casse-tête politique et juridique qui n’en finit plus. Le propriétaire de la piscine, la société HLM des Chalets, a cédé l’entretien et l’exploitation des bassins et du bâtiment principal (abritant aussi la MJC Ancely) à la mairie en 1984. Une municipalisation à l’usage de l’ensemble du public toulousain. La commune a donc l’obligation, et ce jusqu’en 2020, d’entretenir la piscine en l’état, et d’assurer son fonctionnement. Un accord signé au travers d’une convention.
En 2014, la mairie de Toulouse invoque un coût d’entretien trop élevé, pour des équipements jugés vétustes et en partie insalubres, tout en soulignant une fréquentation trop faible.
Des arguments balayés par les Amis de la Piscine Ancely :

« Les arguments présentés par la Mairie ont souvent été fallacieux depuis le début de l’affaire. L’insalubrité que l’on nous avait opposée n’a jamais été confirmée par l’Agence Régionale de Santé. La Ville est la seule responsable de la vétusté des lieux. Elle est locataire de la piscine depuis 35 ans et à titre gracieux. Elle est tenue par des engagements d’entretien.
Quant aux devis de rénovation de la piscine, nous avons fini par les obtenir après de multiples demandes : ils datent de 2006. Aucune étude récente n’a eu lieu, alors qu’on nous présentait des chiffres allant de 2,4 à 3,8 millions d’euros.

Pour la fréquentation, le site est mal indiqué, aucune signalétique n’a été installée, alors que le nombre d’habitants a considérablement augmenté. Quand on voit l’explosion des constructions depuis 10 ans dans le quartier Arènes-Romaines, à Casselardit et Cartoucherie, cela représente un potentiel de baigneurs très important l’été venu, surtout lors des canicules estivales. »

François Bacabe, Président de l’APA

Le complexe a donc été fermé une première fois en 2014, sans que les habitants et les associations n’en soient informés durant les précédentes réunions locales, apprenant la nouvelle dans la presse. La résistance est alors totale : pétitions, mobilisation des parents d’élèves et habitants du quartier, du syndic de copropriété… La bataille est gagnée, la piscine ouvre de nouveau en 2014, puis en 2015, mais avec des horaires réduits.

A l’été 2016, c’est la douche froide : plus aucun baigneur ne mettra un orteil dans les bassins. La mairie rompt les engagements pris 32 ans auparavant par Dominique Baudis, alors maire de Toulouse, auprès de la société HLM des Chalets, des riverains et des toulousains. Jean-Luc Moudenc, maire actuel, campe depuis sur ses positions. Une situation que dénonce la société des Chalets, propriétaire :

« La position de la société des Chalets a été très claire : en aucun cas nous ne voulions que ce lieu change de destination, mais qu’il reste un outil de convivialité. Nous avons fait une proposition à la mairie avec l’accord du syndic : céder la piscine à l’euro symbolique, à condition que le lieu reste un centre nautique. La Ville a demandé en retour que la société des Chalets participe pour moitié aux travaux de rénovation. Mais il n’était pas question pour nous d’utiliser l’argent des locataires pour financer une piscine, ce n’est pas notre vocation. Depuis, nous sommes dans un bras de fer, et nous soutenons les habitants, le syndicat de copropriétaires et les associations. »

Jean-Michel Fabre, Conseiller Départemental élu sur le canton, et administrateur de la SA HLM des Chalets.
Le grand bassin de la piscine Ancely, vide. Crédits : APA

La municipalité a bien tenté une diversion en 2018, en mandatant une étude d’un cabinet d’urbanisme. Une réunion publique est alors organisée avec les partenaires locaux. Des projets alternatifs sont proposés en remplacement des bassins, sans que la copropriété, ni la SA des Chalets ne soient avisées. Présenté en avril 2018, le compte rendu des premières consultations proposait de reboucher les installations pour une implantation de mobilier urbain, d’un skate-park ou de jardins partagés. « Aberrant » pour les riverains et les propriétaires du site, qui ont toujours souhaité le maintien de la piscine. Devant le tollé général, la consultation a été interrompue, sans produire de conclusions.

Depuis, le combat continue entre les parties, un dialogue de sourds auquel se rajoute désormais une bataille juridique entre la copropriété, la société des Chalets et la mairie.
Mais au-delà, ce sont surtout les conséquences sur la vie de quartier qui se font ressentir :

« Il y a encore 4 ans, le quartier disposait d’un lieu de fraîcheur l’été, rassemblant enfants, ados, familles, anciens, une communauté d’habitués et des gens extérieurs venus nager à Ancely pour la beauté du site. Il y a désormais beaucoup moins de vie l’été, et les trafics ont remplacé les aller-venues des baigneurs dans un quartier déserté. On nous renvoie aujourd’hui vers les piscines de Blagnac et de Colomiers, déjà surchargées. C’est un comble qu’une ville comme Toulouse demande à ses habitants d’aller se baigner dans les communes voisines. »

Carine Beyrand, membre du bureau de l’APA
Un lieu de vie qui a rassemblé plusieurs générations. Crédits : APA

Un patrimoine culturel à valoriser

De 1963 à 1973, le quartier péri-urbain de St Michel du Touch voit naître un ensemble résidentiel fait de grands immeubles d’habitation, d’une petite centaine de pavillons et d’un centre nautique, signés de l’architecte Henri Brunerie.

Le site du « Château d’Ancely » est particulièrement avantageux : magnolias centenaires, allées de pins parasols, et un cadre de nature préservé qui abrite des vestiges néolithiques, romains et médiévaux. Sans oublier le joyau patrimonial de la cité Ancely : la natatio des thermes antiques de l’époque gallo-romaine, préservée lors de la construction de la cité. Elle est aujourd’hui visitable sous un immeuble d’habitation, à 50 mètres de l’actuelle piscine. Un vestige unique en France, et pourtant assez méconnu des Toulousains, tant sa mise en valeur et sa promotion restent à mettre en œuvre, à l’instar des arènes romaines d’Ancely, toutes proches.

Cliché des vestiges des thermes romains. Crédits : APA

« C’est un endroit unique du patrimoine haut-garonnais. Je trouve complètement fou qu’on ne le valorise pas de manière globale. Des endroits où vous avez une piscine de quartier qui est à 100 mètres d’une piscine romaine, dans un parc de cette nature-là… Les élus ne sont pas à la hauteur des enjeux, je le leur ai notifié. C’est un lieu symbolique et patrimonial majeur. Le conseil d’administration des Chalets partage ce point de vue »

Jean-Michel Fabre, administrateur des Chalets et élu du Conseil Départemental sur le canton.

Bien décidés à s’appuyer sur tous les arguments pour faire entendre leur démarche de sauvegarde, « les Amis de la Piscine Ancely » misent aussi sur une prochaine et possible labellisation au titre des Grands Ensemble de moins de 100 ans. Un titre attribué par la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) d’Occitanie, antenne du Ministère de la Culture.
Une distinction symbolique sans valeur juridique qui contribue tout de même à mettre en lumière des richesses patrimoniales, ancrées dans le paysage social et urbain d’aujourd’hui. Le dossier est actuellement en cours de traitement.

En parallèle, le quartier Ancely est au cœur d’un programme de recherche urbain interministériel : « Architecture du XXème siècle, matière à projet pour la ville durable du XXIème siècle. » Le projet mobilise depuis un an des étudiants de l’école nationale supérieure d’architecture de Toulouse (ENSA), de l’Institut national des sciences appliquées (INSA) et le laboratoire de recherche en architecture (LRA). Le consortium travaille aujourd’hui sur plusieurs pistes pour valoriser le grand ensemble Ancely.

« Nous avons rencontré une quinzaine d’associations du secteur, et des habitants, via des entretiens organisés par le syndic, où tous évaluent la qualité de vie du quartier. Nous avons pointé quatre grands enjeux à travailler : la surcharge des structures scolaires, l’enfermement du site provoqué par les axes de circulation et les affluents, la faible valorisation archéologique des vestiges néolithiques, romains et médiévaux, et le risque de disparition de la piscine et de la MJC.
Les étudiants vont travailler de septembre 2019 à février 2020 sur ces questions, pour réfléchir à des pistes d’amélioration. Notre rapport sera rendu mi-2020 au Ministère de la Culture et au bureau de la recherche architecturale urbaine et paysagère. »

Audrey Courbebaisse, architecte, enseignante et chercheuse à l’ENSA

Un chantier d’étude positivement accueilli par « les Amis de la Piscine Ancely », qui rêvent d’un projet de rénovation thématisé reliant les bains contemporains à l’héritage romain nautique et thermal du quartier : aménagement de bassins d’été, balnéo et un centre d’interprétation des vestiges.

Autant de pistes et d’analyses qui constitueront des enjeux et des débats en vue des municipales de 2020. La mairie de Toulouse, contactée, n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.