Ce mardi, lors du débat sur « l’école de la confiance », un amendement a été voté par l’Assemblée nationale pour instaurer le droit à une scolarité sans harcèlement. Une avancée considérable, notamment pour les associations de lutte contre le harcèlement scolaire.

« Oh c’est le gorille » « regarde, il y a Chewabacca ». Margot* a reçu ces insultes quotidiennement au collège, et notamment en troisième. Son seul tort ? être brune, avoir quelques poils plus voyants que les autres sur les bras. « Ça a commencé par quelques remarques, puis des surnoms quotidiens, des remarques sur les réseaux sociaux et la fameuse liste » explique-t-elle. Cette liste, faite par les garçons de sa classe, la marquera beaucoup. Une liste qui classait les filles de sa classe de la plus belle à la plus moche. Elle raconte « J’étais à la dernière position. Alors pour faire bonne figure j’essayais d’en rigoler avec eux comme si ça ne m’atteignait pas. Sauf que tout le monde a vu la liste. J’avais tellement honte que je n’ai plus osé me regarder dans la glace pendant des jours ». La collégienne qui était extravertie et toujours joyeuse jusque là s’est vite renfermée, jusqu’à devenir timide et ne plus avoir confiance en elle.

Il lui faudra quelques années avant de s’en remettre vraiment. Aujourd’hui, elle parle assez facilement de ce qu’elle a vécu : le harcèlement, la perte de ses seules amies après le brevet des collèges, la timidité… Ce qui l’a aidé à s’en sortir, la présence de ses proches, à qui elle s’en confiée un an après cette situation. Mais sur le moment, elle aurait aimé trouver plus de soutien à l’école, qu’il y ai plus de prévention sur le harcèlement scolaire, des sanctions pour les harceleurs…

Un accompagnement essentiel pour lutter contre le harcèlement

Pour l’association toulousaine « Les Outsiders » créée en septembre 2017, il faut mettre en place plus de dispositifs pour prévenir le harcèlement scolaire « Nous mettons tout d’abord en place un système de tutorat, entre élèves en situation de harcèlement et étudiants. L’accompagnement peut également être supervisé par un psychologue. On s’adapte vraiment aux besoins de chaque élève » explique Théo Gratiollet, l’un de ses présidents. Les interventions de sensibilisation et de prévention sont également fondamentales afin d’agir auprès des harceleurs, et pas uniquement des harcelés.

 » Le harcèlement scolaire d’aujourd’hui, c’est ce qui va générer la discrimination, la haine, le sexisme, l’homophobie ou la xénophobie de demain « .

Théo Gratiollet, fondateur des Outsiders

Jusqu’à maintenant, l’éducation nationale a mis en place une plateforme sur le harcèlement, que l’association toulousaine juge « insuffisante ». Pour Théo Gratiollet, trop peu de choses sont mises en place. « Il y a des dispositifs qui existent, mais ils sont vraiment insignifiants par rapport à l’ampleur du phénomène. Il faut mettre plus de choses en place, et notamment accentuer la formation du personnel des établissements scolaires ». En effet, la formation des enseignants pourrait permettre de mieux détecter les situations de harcèlement, d’aborder le sujet et d’enrayer la majeure partie du phénomène. Les élèves ont besoin de se sentir encadrés et soutenus afin de ne pas tomber dans l’isolement.

 » Ce qui mène aux pires conséquences du harcèlement scolaire, c’est l’isolement dans lequel les élèves se sont enfermés. Le plus important c’est de les sortir de cet isolement. « 

Théo Gratiollet, fondateur des Outsiders

Pour l’association « Les Outsiders », la plus importante de France, les prochains objectifs sont le lancement d’une grande campagne de sensibilisation, le recrutement de plus d’adhérents, ou encore le développement de nouveaux partenariats avec des établissement pour réaliser de vraies actions concrètes, et lutter contre le harcèlement scolaire en région toulousaine. Une lutte qui pourrait ensuite être étendue à la France entière.

Chaque année, en France, environ 700 000 élèves sont victimes de harcèlement scolaire selon l’UNICEF.

*Le prénom a été changé