Avec « Deux fils », Félix Moati signe ici son premier long métrage. Pour sa première fois derrière la caméra, le réalisateur s’est offert le luxe de réunir à l’écran Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste et le jeune Mathieu Capella, qui joue d’ailleurs ici son premier rôle au cinéma. Mais que vaut ce premier film ? Rembobinons ensemble.A

Ne vous y trompez pas : quoi qu’on en dise, Deux Fils est moins une comédie qu’un film d’amours. Ces derniers y sont nombreux, et le sont, pour ainsi dire, tout autant que les deuils. Il faut dire que le triangle familial dépeint par Félix Moati est un triangle brisé, qui porte sur ses six épaules le poids du doute, de l’amour et de la solitude combinés.


Une relation père-fils réussie

D’un côté, Ivan, joué par Mathieu Capella, est un jeune homme de 13 ans. Candide, il se lance dans une quête de soi à travers la religion, tout en essayant maladroitement de nouer ses premières relations amoureuses. Son frère ainé, Joachim, est un étudiant, psychanalyste raté en devenir, qui cherche dans les femmes de son entourage l’image de celle qu’il n’a pas su oublier. Ces deux éclopés devront, bon an mal an, soutenir leur écrivain de père dont le frère est décédé et l’épouse, partie. Et c’est bien là que se situe toute la saveur du film, puisque la relation père-fils que propose Félix Moati à l’image est crédible, et ne tombe jamais dans le larmoyant ni dans le burlesque, un écueil pourtant commun aux autres productions du même acabit. La mise en scène, quant à elle, est maitrisée, et permet de comprendre certaines facettes des personnages. Mais malheureusement, la fête s’arrête ici.


Un scénario (hélas) trop plat

Si effectivement la relation père-fils est le coeur du film, force est de constater que le reste est encore trop bancal. La faute à des personnages qui gagneraient chacun à être développés émotionnellement, dont le passé reste trop flou, dont les motivations sont diffuses et dont les répliques (mixées par un ingénieur son en intérim), sont, à de rares exceptions, plus proches du dialogue de comptoir que de la discussion profonde (qu’on est en droit d’attendre dans un film voulant traiter aussi finement de la difficulté d’être père). Le scénario, lui, souffre de la volonté de Félix Moati de vouloir rattacher son film au cinéma de l’intime, tâche ardue puisque les personnages de « Deux Fils » ne sont traités qu’en surface.

Sur le papier, Deux Fils avait pourtant tout pour séduire : un casting cinq étoiles, un réalisateur ambitieux et un scénario touchant. Après visionnage, reste en bouche un goût amer, celui de la déception de n’en avoir vu « que ça ».