Ils s’étaient pourtant promis des choses après la défaite contre le pays de Galles. Ils voulaient prouver qu’ils étaient plus qu’une équipe de « perdants ». Malgré le marasme actuel du rugby français, chacun espérait un miracle cet après-midi à Twickenham contre les Anglais. Il n’en fut rien. Surclassés, giflés, humiliés, les Bleus ont sombré face à une équipe anglaise en démonstration (44-8). Fini les beaux discours, il faut maintenant agir. Et vite.

Le résumé : « ramenez la valise à la maison »

Le suspense n’aura duré que quelques minutes. Deux pour être précis. 180 secondes durant lesquelles les Français auront réussi à se faire deux passes, avant de perdre le ballon et de prendre le premier des nombreux contres assassins du jour. Comme un symbole, c’est Guilhem Guirado, capitaine courage, et il faut le dire, complètement à côté de ses pompes aujourd’hui, qui est fautif au début de l’action.

La suite ? Une boucherie. Récitant leur rugby, profitant des moindres erreurs françaises notamment dans la couverture du terrain, les Anglais ont enchaîné les essais. Un triplé pour l’ailier Johnny May en 30 minutes et le XV de France était déjà mené 23 à 3. Malgré une petite réaction grâce à la seule action positive du match de Yoann Huget, permettant à Damien Penaud (seul joueur intéressant offensivement parmi les trois-quarts français) de réduire l’écart (23-8), les Tricolores n’ont fait que subir.

Plus puissants, plus talentueux, plus intelligents tactiquement. Plus tout. Les Anglais étaient trop forts pour nos pauvres Bleus qui ont tout de même réussi à ne pas rentrer tristement dans l’histoire en ne faisant pas tomber le record de la plus large défaite française contre l’Angleterre datant de 1911 (+ 37 contre + 36 cet après-midi).

Des « cadres » ? Quels cadres ?

Guirado, Picamoles, Parra, Bastareaud, Huget et consorts. Ils avaient pour mission de prendre en main le bateau bleu, à la dérive depuis déjà pas mal d’années. À Twickenham aujourd’hui, ils ont tous déçu. Pas un n’a été à la hauteur de l’évènement et l’argument de l’expérience du haut niveau n’a pas lieu d’être. La charnière clermontoise Parra-Lopez, tant souhaitée par la majorité des observateurs du rugby, n’a fait que subir les évènements. Que de ballons rendus au pied par les deux compères de club ! Mettre la pression oui, mais la précision a son importance ! La comparaison avec la charnière anglaise (Young – Farrell) est terrible.

Pourtant, il serait idiot de s’attarder indéfiniment sur des prestations individuelles, tant la performance pittoresque des Bleus est collective. Et sans doute pas seulement à cause des joueurs inscrits sur la feuille de match.

Quelle part de responsabilité peut-on attribuer à un staff, à un manager, dans ce genre de défaite ? Jacques Brunel peut longer les murs. Ses choix ont été mauvais. Dès le départ, son XV de départ avait surpris. Pourquoi ne pas aligner des joueurs à leur poste de prédilection (Huget, Fickou) ? Les conséquences ont été fatales cet après-midi. Les Anglais se sont amusés à déposer des ballons au pied dans le champ profond du camp français, souvent inoccupé.

Son coaching pendant le match, qu’on pourrait qualifier de bricolage n’a absolument rien changé. Ntamack à l’arrière puis en 10 (il jouait centre la semaine dernière), Ramos à l’aile. Des jeunes joueurs talentueux qui représentent l’avenir de l’équipe de France, envoyés en quelque sorte à l’abattoir dans le temple du rugby et tout ce qui l’accompagne (histoire, ambiance, pression etc).

Mais où peut bien donc aller le rugby français ?

Souvenez-vous, après le revers historique du XV de France contre les Blacks en 2015 (62-13), les dirigeants du rugby français avaient annoncé du changement. « Plus jamais ça » disait-on. Trois ans et demi après ce fiasco sportif, force est de constater que les choses ne sont guère plus reluisantes. Cette défaite, la 24ème depuis le quart de finale perdu contre la Nouvelle-Zélande, symbolise cet échec. Alors quelles sont les solutions ? Le président de la Fédération Bernard Laporte a déjà changé de sélectionneur il y a un an. Les joueurs eux passent mais les résultats restent les mêmes.

Pourtant, le tableau n’est pas si noir. Car du talent il y en a. Les -20 ans sont champions du monde en titre, certains clubs n’hésitent plus à lancer les jeunes (Toulouse, La Rochelle). Sacrilège ! Pourquoi le XV de France est toujours aussi mauvais, pardonnez-nous l’expression ? Peut-être car les trentenaires actuels ont donné tout ce qu’ils avaient sous le capot. Sans doute aussi car le championnat ne favorise pas assez le lancement de nos jeunes, au profit des stars étrangères. Une solution miracle ? Rome ne s’est pas faite en un jour. Cependant, pourquoi ne pas prendre un virage à 180 degrés comme l’Angleterre a fait il y a quelques années ?

Lançons les jeunes ! Quitte à perdre, autant que ces derniers prennent de l’expérience au plus haut niveau dès maintenant avec en ligne de mire la Coupe du monde 2023. Les Farrell, Watson, Joseph, Ford, Itoje ne sont pas sortis de nul part. Certes, le championnat anglais a été obligé de prendre ce pari à cause des difficultés économiques de la Premiership. Il n’empêche, c’est une gageure qui mériterait le détour.

Avant le match, un des dirigeants du rugby français dont nous tairons le nom par souci d’anonymat nous confiait sa pensée.

« Peut-être qu’un jour, quand nous tous amoureux du ballon ovale, irons au stade le dimanche pour applaudir plus des Thomas Ramos, Florian Verhaeghe que des Jérôme Kaino, malgré qu’il soit très bon, ou des Goosen, le rugby français se portera mieux. » 

En attendant, il faut sauver le soldat bleu. Alors fini les beaux discours de façade, les Bleus doivent se reprendre très vite. Cela commence par une victoire contre l’Écosse dans deux semaines au stade de France, qui on l’espère ne sera pas dépeuplé une nouvelle fois. Car avec deux déplacements ensuite, en Irlande et en Italie lors de la dernière journée, l’équipe de Jacques Brunel n’est pas à l’abris de subir, pour la première fois de son histoire depuis que le rugby est professionnel, une terrible cuillère de bois (que des défaites).

L’image qui résume le match