Cela fait désormais 2 ans que l’Observatoire des Pratiques Policières (OPP) est implanté sur Toulouse. Cette structure (crée par la Ligue des droits de l’Homme et la Fondation Copernic) est notamment chargée de vérifier que le dispositif mis en place par la police durant les manifestations est adapté.
Présente lors des récents rassemblements de gilets jaunes, l’OPP s’inquiète de l’escalade de la violence policière lors des précédents week-ends de mobilisations. Rencontre avec Jean-François Mignard, secrétaire général de la Ligue des droits de l’Homme.

Quels incidents ont été relevés à Toulouse lors des manifestations de gilets jaunes ?


Ces derniers week-end, nos observateurs dépêchés sur place nous ont alerté sur l’utilisation inconsidérée d’armes comme le LBD, supposées être des outils de défense mais qui, dans les faits, sont utilisés de manière offensive. Employer ces armes comme elles le sont durant les manifestations, c’est prendre le risque de blesser gravement certains civils.

Elles sont d’autant plus dangereuses qu’elles sont utilisées par deux unités de la police, la BAC et la BRI, qui, en plus de pas être formées à leur utilisation, ont vocation à faire de l’interpellation pénale et se comportent de manière irresponsable lors des rassemblements.

En revanche, les gardes mobiles et les CRS, eux, ont un comportement plus adapté puisqu’ils sont entrainés à ce genre de situation. Mais aux alentours de 16h30, on voit que la gestion du maintien de l’ordre évolue, pour devenir beaucoup plus violente et agressive. Par exemple, aucun de nos observateurs n’a constaté le respect des 3 sommations réglementaires avant de tirer. C’est caractéristique des forces de l’ordre en France : “ni vu ni connu”. Et c’est justement cette violence qui est créatrice des débordements que l’on connaît.


Alors pour éviter ces débordements, que faudrait-il mettre en place ?


D’après nous, il est primordial que les manifestants soient avertis de manière claire par les forces de l’ordre avant tout rassemblement.

En Allemagne par exemple, à la fin des années 60, il y a eu plusieurs manifestations particulièrement violentes, qui ont entraîné la mort de plusieurs personnes. De là, on a cherché à “mettre à plat” la façon dont on assurait la sécurité lors de ces mouvements, avec une nouvelle consigne qui était de systématiquement prendre contact le plus tôt possible avec les manifestants pour négocier et co-construire la mobilisation.

L’idéal, pour nous en France, serait de ne pas être dans une situation frontale, et d’encadrer les échanges avec des médiateurs pour faire le lien entre forces de l’ordre et manifestants.


Avez-vous des chiffres sur les blessés ?


Pour l’instant, nous n’avons aucun chiffre définitif à communiquer. Nous sommes en train de recouper les données récoltées et les témoignages reçus, puis on comparera tout ça dans un second temps avec les chiffres émis par les différentes préfectures en France.

Ce qui est sûr, c’est que les chiffres communiqués jusqu’à aujourd’hui sont erronés, parce que tout le monde ne va pas forcément se faire soigner, que le recensement dans les hôpitaux n’est pas non plus effectué systématiquement, et qu’une grande partie des blessés pris en charge par les secouristes ne sont pas comptés non plus.


Que pensez-vous de la loi anti-casseurs qui a été votée ces derniers jours ?


Comme la plupart des gens un peu sérieux sur la question, je vous répondrai qu’il s’agit moins d’une loi anti-casseurs que d’une loi anti-manifestants. Cette loi va permettre, pour la 1re fois, d’interdire à certains manifestants de participer aux rassemblements, en s’appuyant sur de simples soupçons. En faisant ça, on ouvre la voie à l’arbitraire et on sabre les droits individuels.

Le gouvernement est en train de doter la France d’un outil dangereux et liberticide, et qui sera dévastateur dans les années qui arrivent si des partis politiques extrêmes venaient à prendre le pouvoir.
Faire rentrer l’exception dans le droit commun, c’est le premier pas vers l’état policier. L’urgence, c’est de redonner vie au tissu social. Sans ça, la violence continuera, et il va y avoir des morts.


Propos recueillis par Martin Gausseran