Ce mardi 5 janvier, plusieurs syndicats, avec la CGT en première ligne, ont appelé à une grève générale interprofessionnelle. Parmi les manifestants, de nombreux enseignants ainsi que leurs élèves se sont mobilisés. Cependant, à Toulouse, comme partout en France, ils étaient loin d’être les seuls à être descendus dans la rue. Reportage.

Le cortège s’est élancé peu après 14h. Parmi la foule, outre les syndicats et leurs éternels drapeaux hissés au vent : les Gilets jaunes sont partout, facilement reconnaissables grâce à leurs chasubles fétiches, portés fièrement et détournés de toutes les manières possibles. À leurs côtés, au milieu des sifflets, de la musique et des chants entonnés pendant le défilé, on peut entendre les voix d’enseignants et de lycéens. Ils ne sont pas en majorité dans ce rassemblement, mais ils sont bel et bien présents.

« Je veux enseigner sans en saigner »

Depuis plusieurs mois déjà et aujourd’hui encore, les professeurs manifestent et protestent contre la réforme du baccalauréat et de parcoursup. Cette loi, proposée par le ministre de l’Éducation Nationale Jean-Michel Blanquer, entrera en vigueur pour la session de 2021 et s’appliquera dès l’année prochaine aux futures classes de lycée.

Les modifications vont être nombreuses, parmi eux, la disparition des filières S, L, et ES, au profit de nouvelles « spécialités » (arts , écologie, géopolitique et sciences politiques , sciences de l’ingénieur etc.). Ces dernières, les élèves les choisiront en seconde, et elles seront enseignées les deux années suivantes à raison de 3 à 6 heures hebdomadaires. Ce changement, beaucoup d’enseignants ne le voient pas d’un bon oeil.

Ces deux enseignantes, comme beaucoup d’autres, ont choisi d’écrire et d’afficher le message qu’elles souhaitent porter / Crédits : A.G


« Le gouvernement veut seulement supprimer des postes, au détriment de toute forme de cohérence dans l’enseignement. Et nous, professeurs, ne seront pas les seuls à subir les dommages de cette mesure, les élèves aussi en pâtiront », s’est insurgé Jean-François, enseignant à Toulouse.

Monique, professeure dans un lycée de la Ville rose, a quant à elle dénoncé un « fossé d’inégalités » : « Les réformes sont mal faites, elles sont inégalitaires. (…) Tous les lycées ne pourront jamais offrir les mêmes enseignements et cela va automatiquement empêcher une partie des étudiants de choisir réellement ce qu’ils veulent apprendre. Aussi, ce choix est trop large (NDLR : 3 spécialités sur 12 en première, puis deux autres en terminale)« . Selon elle : « Ça va mettre une pression supplémentaire sur leurs épaules. En seconde c’est encore très tôt pour faire de tels choix. »

Des lycéens mobilisés : « après tout, c’est leur avenir qui se joue »

Certains lycéens ont également rejoint les rangs, aux côtés de leurs « profs ». C’est le cas de Maximilien, élève en première L, « ce n’est pas parce qu’on est jeunes qu’on est forcément idiots. J’ai des potes qui sont venus pour sécher les cours, mais on est quelques uns à être là parce qu’on a une vraie opinion. Je ne serais pas personnellement concerné par la réforme, mais ma petite soeur surement, alors je le fais un peu pour elle aussi. » Vouloir manifester, pour soi-même et pour les autres, alors qu’on n’a pas encore atteint la majorité, une initiative que les apprenants ont apprécié.

« Quelques élèves sont venus de leur plein gré, c’est intéressant qu’ils soient là à condition qu’ils sachent pourquoi ils sont là. Ce n’est pas le cas de tous, mais en majorité, ils savent pour quoi ils luttent. En tout cas je l’espère », nous a confié Jérémy, enseignant à Toulouse avant d’ajouter : « Après tout, c’est leur avenir qui se joue ici. C’est leur bataille aussi, pas seulement la nôtre. »

Convergence des luttes : un cortège hétéroclite

On compte les manifestants en milliers (12 000 d’après les premières estimations de la CGT), et leurs revendications sont diverses et variées. Tant et si bien que l’on a parfois du mal à connaitre leurs principales motivations…

Les enseignants et lycéens n’étaient donc pas « seuls » cette fois-ci. Gilets jaunes, syndicats, travailleurs sociaux, étudiants universitaires ou encore simples sympathisants se sont également mobilisés à leurs côtés. Une mixité qui donne l’espoir à certains et qui en interloque d’autres.

« J’espère que le fait d’être accompagnés par les Gilets jaunes nous permettra d’être plus entendus et plus considérés », nous confiait un professeur tandis qu’un élève, quelques mètres derrière lâchait : « Moi on m’a dit que c’était une manif’ de lycées, mais il n’y a que des vieux et des Gilets jaunes. Ils s’incrustent partout où ils peuvent, ils sont lourds. Pour une fois, je voulais qu’on nous écoute à nous, et pas les Gilets jaunes. C’est raté. »