Selon SOS Homophobie, le risque de tentative de suicide est quatre fois plus élevé chez les jeunes LGBT que dans le reste de la population. Ces chiffres font peur et pourtant, ils sont réels. Lundi 28 janvier, le ministère de l’Éducation nationale lançait sa nouvelle campagne contre l’homophobie à l’école avec comme slogan : « Ça suffit ! »

En 2018, l’IFOP réalise pour la Fondation Jean Jaurès et la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH), une étude permettant de cerner les LGBTphobies dans les établissements scolaires. En effet, 18% des lycéens ou étudiants LGB déclarent avoir été insultés au cours des 12 derniers mois. Une autre enquête sur la santé des mineurs LGBT scolarisés révèle que l’expérience scolaire est perçue comme « mauvaise » ou « très mauvaise » par 72% d’entre eux.

Extrait de l’observatoire LGBT+ de l’Ifop. (Cdt/Ifop)

Face à ces chiffres alarmants, le 22 novembre dernier, les associations LGBT reçues à l’Élysée demandaient à Emmanuel Macron la mise en place d’une campagne anti-homophobie dans les écoles. Deux mois plus tard, la nouvelle campagne de sensibilisation et de prévention « Collèges et lycées engagés contre l’homophobie et la transphobie : tous égaux, tous alliés » arrive dans les établissements scolaires français.

Une campagne, un message : Ça suffit !

Cette campagne, c’est la campagne du ras-le-bol. Cette campagne, c’est la campagne d’une génération qui souhaite l’égalité et la fin des préjugés et des stéréotypes. « Tous égaux, tous alliés » l’un de ses slogans est un message positif pour un sujet plus qu’inquiétant. Et comme l’exprime Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, c’est l’objectif de cette campagne : aller vers du positif et la fin de ces harcèlements. Mais alors cette campagne, qu’est-ce que c’est ?

Tout commence par la distribution de flyers dans tous les collèges et lycées de France. Dessus on peut lire « Ça suffit ! », « Tous égaux, tous alliés » comme un appel au rejet de toutes formes de discriminations et d’agressions. Des intervenants agiront également dans les établissements pour sensibiliser les élèves et les pousser à se mobiliser pour lutter contre l’homophobie. D’autres ressources ont également été mises en place comme un site pour les professionnels de l’éducation ne sachant pas comment réagir face à ces situations de harcèlement. De nouvelles lignes d’écoute et d’aide pour les victimes et témoins d’homophobie et de transphobie ont également été ouvertes.

Mais surtout, cette campagne met l’accent sur l’importance et la nécessité d’agir. Parce que le harcèlement commence par un effet de groupe, mais peut aussi se finir par un effet de groupe. Pierre*, un professeur en sciences économiques et sociales d’un lycée toulousain souhaitant garder l’anonymat explique : « À cet âge, les adolescents fonctionnent en groupe. Souvent, il y a un leader, s’il décide d’harceler un autre jeune, tout son groupe d’ami l’harcèlera. Mais s’il décide qu’il peut finalement faire partie de la bande, tout le groupe finira par l’aimer et par retourner sa veste. Et ça marche aussi dans l’autre sens. C’est la triste réalité des établissements scolaires… Et c’est le plus dangereux. »

C’est pourquoi, aujourd’hui, il est important qu’un maximum de jeunes s’engagent contre l’homophobie et la transphobie pour espérer un réel changement.

Flyer de la campagne contre l’homophobie et la transphobie. (Cdt/éduscol)

Des campagnes réellement utiles ?

« Le problème c’est qu’aujourd’hui, les campagnes ne touchent pas forcement les jeunes. » exprime Phillipe Casenade, membre de l’association LGBT de Pau. Il ajoute : « Durant les campagnes de sensibilisation, tous les élèves ne s’intéressent pas. Il y a toujours ceux du fond de la classe qui n’écoutent pas ou qui rigolent. Le problème, c’est que bien souvent ce sont eux les harceleurs. »

Sacha a désormais 22 ans et assume pleinement son homosexualité, mais cela n’a pas toujours été le cas. Victime de harcèlement depuis l’école primaire, pour le jeune homme, ces campagnes ont peu d’efficacité : « Le plus fou, c’est qu’elles peuvent créer l’effet inverse. Par exemple, je vois qu’ici de nombreuses affiches et flyers vont être distribués dans les lycées. Imaginez un gay qui passe à côté de cette affiche et devant un groupe de ‘populaires’, même si je déteste cette expression. Bien évidemment, qu’il va se prendre plein de remarques et d’insultes ! » Il ajoute cependant : « Mais j’ai espoir que les choses changent. Avec tout ce qu’il se passe sur les réseaux sociaux, l’ouverture d’esprit devient à la mode. C’est bien dommage de devoir parler de mode, mais c’est comme ça que ça se passe et le plus important c’est que les choses changent. »

« Aujourd’hui cette campagne doit marcher ! » Pour Phillipe Casenade, la situation est critique : « Nous avons bien trop de jeunes qui viennent chez nous après une tentative de suicide. Les chiffres parlant d’eux-même, ça ne peut plus durer, nous ne sommes qu’à Pau et nous avons déjà reçu plus de 100 adolescents victimes de harcèlements depuis 2014, alors qu’est-ce que ça donne dans les grandes villes ? Ici, ce sont des vies que l’on tente de sauver et qu’il faut sauver ! »