Le Tournoi des VI Nations débute ce week-end, et en cette année de Coupe du monde, il a forcément une saveur toute particulière. Mais l’enjeu dépasse le cadre du terrain pour notre équipe de France.

Selon L’Équipe, seulement 55 000 places ont été vendues pour le premier match du Tournoi au Stade de France, sur 80 000 disponible. Le stade risque de sonner creux, dur constat quand l’on sait que le dernier France – Pays de Galles avait réuni plus de 78 000 spectateurs en 2017. Il y a le froid, certes, mais les raisons de ce « bide » semblent plus profondes. Des résultats en berne, un manque d’icône, de têtes d’affiches, une organisation tout sauf claire et voilà que, désormais, les supporters désertent les stades et les joueurs les terrains (près de 5000 licenciés ont été perdus en région Occitanie cette année). Est-ce peine perdu ? Probablement pas. Le football est aujourd’hui l’exemple à suivre. En 2010, le grand public assistait à l’un des plus grands fiascos du sport français à Knysna (Afrique du sud). L’image d’un sport n’a jamais été aussi ternie que celle du foot l’a été cette année-là. Aujourd’hui, les Bleus du foot surfent sur leur titre de Champion du monde et réussissent à fédérer à nouveau un vrai public derrière eux. Les Français du rugby savent donc ce qu’il leur reste à faire. Être Champion du monde relève de l’impossible, mais le public n’en demande pas tant pour mettre un terme à ce « désamour ».

« Un renouveau des joueurs, des résultats et tout suivra ! »

Karim, rencontré aux abords du terrain d’entraînement de son fils n’attend que ça, vibrer devant les Bleus. Davantage que l’équipe de France, c’est le championnat qu’il pointe du doigt : « Il y a beaucoup trop d’étrangers dans notre championnat, les Français jouent moins, donc l’équipe de France est moins bonne. Il est là le problème. » Traiter dans un premier temps le problème en club, puis en équipe nationale. « Il faut un renouveau des joueurs, des résultats et tout suivra, on va les supporter, les petits pareil » La blessure n’est donc pas si profonde que ça, pas encore de ras-de-bol général, juste un désarroi face à des résultats qui se suivent et se ressemblent. Alors chacun a ses convictions pour l’expliquer mais, bien qu’affaibli, le public français est encore là. Dylan, âgé de 20 ans et joueur depuis ses 5 ans, en fait parti : « Avec tous les changements, les résultats, on est un peu perdu mais l’équipe de France reste l’équipe de France, c’est une entité. »

Le « French flair », dernier rempart face à l’abandon

Les Français ont une chance, une dernière carte en main : le French flair. Ce petit brin de folie, saupoudré de chance, aromatisé d’inattendu et voilà le principal remède au mal français. Celui qui permet de garder espoir et tenir en haleine la partie du public qui est restée. Ce French flair c’est ce qui rend les Français imprévisibles. Les Bleus n’ont jamais été aussi bons que lorsque l’on ne les attend pas et cette année, il peu de dire qu’ils ne sont pas attendus. « Parfois on peut créer des surprises, des exploits alors on ne sait jamais. Et puis en Coupe du monde on ne peut jamais vraiment savoir. » Dylan continuera donc de supporter son équipe nationale. Attention cependant, à ne pas jouer avec le feu, la patience des supporters a des limites et au vu des affluences dans les stades, celle-ci semble déjà entamée pour certains. Le Tournoi revêt donc une importance particulière. Cinq rencontres, cinq rencontres pour redorer un blason et mettre fin à la morosité qui s’empare, malgré tout, du paysage rugbystique français. Première étape ce vendredi face au Pays de Galles.