Crâne rasé, barbe rousse et regard d’acier. On l’imaginait gueulard. Le voilà presque timide. À le voir dans ses clips, on aurait tôt fait d’imaginer Furax Barbarossa comme un colosse : voix de barbare, gueule d’ogre et rime assassine. À le voir assis sur un banc du jardin Michelet, on devine que celui qui se décrit comme “grand, roux et schizo’” est peut-être plus subtil que ce qu’il prétend. 

Il faut dire que derrière cette dureté apparente, les textes signés Furax sont les témoins de sa colère froide.

Mais fais-le vite, 32 bougies, et chaque jour j’brûle c’qui m’reste de vie
Appelle-moi l’bu-bar, mes thèses développent la tristesse
À qui j’dédie la plupart d’mes textes

Qui m’demande ? – Furax Barbarossa

Sa rencontre avec le rap

Des textes justement, voilà plus de 15 ans qu’il en gratte. Mais bien avant d’être rappeur, c’est derrière une batterie que se font les premiers amours de Furax avec la musique. L’envie de devenir MC ne lui apparaîtra que des années plus tard, alors qu’il parcourt l’Europe et l’Afrique du Nord, entouré de son “équipe de démons” :

« J’ai vraiment découvert ce que voulait dire rapper devant un mur de son de 25 000 watts, sous la pluie. J’y ai vu des types écrire leur merde, en rital, en tchèque, en anglais, face aux enceintes et passer derrière pour cracher leur haine dans un micro rouillé. Terrible, c’était terrible. J’ai donc essayé à mon tour. »

De retour à Toulouse, Furax s’essaye véritablement au rap en 2002, alors qu’ il rejoint la Section Marécage. Deux ans plus tard, il devient membre du label Polychrome 7, au sein duquel il signera cinq projets différents. Son premier sera un maxi,  “Crash Test”, sorti en 2004, auquel succèderont en 2006 un autre maxi ainsi que ses deux premiers albums solo, “Etat des lieux”  en 2006 et “En bas de l’échelle”, en 2008. En parallèle, il pose aussi sa marque en 2010 sur l’album “Jour de deuil”, coécrit avec le rappeur Reda.

Ce projet sera le dernier estampillé Polychrome 7. En 2010, le label ferme ses portes, et Furax rejoint alors la Bastard Prod, son label actuel, aux côtés d’Abrazif, Toxine et Sendo. 9 ans plus tard, le voilà avec deux autres albums au compteur : Testa Nera, sorti en 2014, et Dernier Manuscrit, en 2017.

Un univers « sombre » et mélancolique

Ses influences ? M.O.P et Wu Tang, pour ne citer qu’eux. Du rap qui gueule, du rap qui tache, dans la droite lignée de ce que propose Furax.  

Ils chantent dans une langue que je ne comprends pas
Mais cette musique me parle, avec elle j’vais faire les 100 pas
Elle me suit partout, je l’ai dans la peau
J’avais dans la piaule même affiché leur drapeau

J’oublierai pas – Furax Barbarossa

“J’ai commencé à faire de la musique, avec l’idée de faire de mon rap, le rap que je prenais plaisir à écouter.” confie-t-il. Pour définir son univers, Furax le résume lui-même en un mot : sombre.”

“Il n’y a pas de place pour le soleil dans ma musique.” explique-t-il.

Son style ? Figurez-vous une pièce sans fenêtre, qui sent bon la Kronembourg et la White Widow. Un univers grinçant, mélancolique autant que poétique, le tout servi par une voix de barbare dont Furax partage à peu de choses près la “gueule”.

Mais pour lui, la musique n’a rien de cathartique : “Je fais pas de thérapie à travers mes sons. C’est un kiff. J’essaie pas de chasser mes démons en écrivant, ça sert à rien. Je ne fuis rien.”

Son univers est d’ailleurs profondément marqué par sa vie, ici, à Toulouse.  “C’est ma ville. C’est chez moi ici. Je ne vois pas l’intérêt d’aller ailleurs.
Dans son morceau “J’oublierai pas”, en 2006, il écrit :


À l’époque je vis dans l’usine job aux Sept Deniers
Entre les bombes de peintures et la merde ça c’est un vide-grenier
Entre les cous’ qui font la ferraille et les îlotiers
J’ai appris à rapper enfin à brailler, je chialais volontiers.

J’oublierai pas – Furax Barbarossa

Mais depuis ces vers écrits en 2006, Furax Barbarossa est devenu père.

“J’ai pris conscience de certaines choses. Ça m’a ouvert aussi musicalement, à des trucs que j’avais pas forcément l’habitude d’écouter.” Et lorsqu’on lui demande qu’est ce que Furax a dans sa playlist, il raconte : “Beaucoup de rap ‘ricain. Mais aussi de la soul… Et des chants corses ! (sourire)”

Après plus de 15 ans passés à promener sa plume sur la planète rap, Furax Barbarossa semble n’avoir rien perdu de sa verve. Un bras d’honneur à ceux qui estiment que trop de forme tue le ton. Avec un futur album solo en préparation, dont il confesse préférer garder les textes “au chaud”, reste à parier que le Pirate continuera de “créer l’incendie Place du Cap’”. En attendant, pour mieux connaître l’homme, écoutez l’artiste. Il est de ceux dont les silences et les 16 mesures parlent pour lui.

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