Depuis juillet 2018, les plaintes des habitants du chemin Malepère, dans le quartier de Montaudran, se font grandissantes. La raison ? L’occupation par une quarantaine de personnes d’un terrain vague en face de leur résidence. Récit.

Une atmosphère “invivable”

“Ça a commencé par du bruit” raconte Jérôme*.

“Jusqu’à tard dans la nuit, on entendait de la musique, on entendait chanter. Puis ils se sont mis à allumer des feux.” L’épouse de Jérôme, aujourd’hui jeune maman, était enceinte au moment des faits. Elle explique certaines fois avoir été obligée de se calfeutrer, d’isoler les fenêtres de son appartement pour éviter que les fumées ne les dérangent, elle et son enfant. “L’atmosphère était invivable”.

Crédits photos : Groupe Facebook « Évacuation du camp de roumains Malepère et route de Labège Toulouse »

C’est à ce moment-là que surviennent les premiers échanges entre les résidents du camp et ceux des résidences voisines. Avec eux, les premières insultes.
“Mais ça ne s’est pas arrêté là.” rajoute Thomas*, un résident. “Après ça, on a subit des dégradations, jusqu’à l’intérieur même de la résidence. On a vu certains résidents du camp manipuler le réseau électrique pour essayer de s’y connecter clandestinement, on en a vu d’autres venir faire leurs besoins juste en face de nos appartements.”

En plus de ces dégradations, les riverains déplorent aussi l’émergence de différents trafics, drogue et prostitution en tête de liste.

Le silence des autorités

Face à cette situation, les membres du syndicat de co-propriété ont décidé de monter au créneau et de saisir les autorités. Dès l’apparition des premières nuisances, ils ont d’abord fait le choix d’appeler la mairie, puis de contacter la police. Autant d’appels laissés sans suite.

On se bat avec nos armes, celles de citoyens qui ne sont pas entendus.

Thomas*, un habitant.


Mais devant leur désespoir, Emilion Esnaud, maire de quartier de Montaudran, décide d’aller à leur rencontre. Ces derniers lui font alors remonter les problèmes qui rythment depuis plusieurs semaines leur quotidien, et réclament l’intervention de la police. Mais là encore, silence radio. Du maire de quartier, ils passent ensuite au maire de la ville, qu’ils interpellent durant la présentation de ses voeux, en décembre dernier. Jean-Luc Moudenc botte alors en touche, et renvoie les habitants vers le préfet.

“De là, on a envoyé un courrier, qu’on a fait suivre au préfet, à M.Moudenc et au procureur de la République. On attend toujours une réponse.” déplore Thomas. “On a l’impression d’être des citoyens de seconde zone. On se bat avec nos armes, celles de citoyens qui ne sont pas entendus.”

Des procédures (toujours) en cours

De son côté, le maire de quartier de Montaudran Emilion Esnault assure avoir entendu les demandes des habitants.
“Plusieurs prises de contact ont été établies avec la police, et dès juillet, des procédures ont été engagées.” détaille l’élu. “Il faut comprendre qu’il n’y a pas d’occupation illicite du terrain tant que le propriétaire (ici, Toulouse Métropole) n’entame pas d’abord de son côté une procédure d’expulsion. Il faut ensuite faire venir un huissier, qui mandate un conseil, qui entame lui-même une procédure auprès du tribunal. Tout ceci a été fait : les derniers avancements datent de la fin du mois de novembre. Désormais, la force publique attend une date d’évacuation.” Depuis novembre donc, la situation sur place reste figée.

Mais M.Esneau insiste : le rôle de la municipalité n’est pas celui d’une force d’intervention. “La mairie n’est là que pour conseiller et accompagner les personnes concernées vers les structures qui sont le mieux adaptées. Nous avons participé au démantèlement de plusieurs camps par le passé, mais ce sont des procédures longues, puisqu’en vertu de la loi Valls, nous sommes tenus d’assurer un logement à chacune des personnes ayant été expulsées.”

Un statu quo donc, qui dure depuis maintenant plusieurs mois. Si la mairie se veut rassurante, les résidents, eux, n’en peuvent plus. Alors pour se faire entendre, il ne leur reste que les réseaux sociaux. Sur Facebook et Twitter, ils publient régulièrement des photos et des vidéos pour appeler à l’action des pouvoirs publics. En attendant un dénouement que tous espèrent mais auquel plus personne ne croit.


*par souci d’anonymat, les prénoms ont été modifiés.