Longtemps snobés par le monde de la bande dessiné, les mangas connaissent enfin une reconnaissance proportionnelle à sa part dans la société. Pour preuve, le Festival international de la bande dessiné d’Angoulême 2019 en fera la part belle.

Qu’il paraît loin le temps où Ségolène Royal fustigeait les mangas. Des dessins animés japonais qui ne seraient que « coups, meurtres, têtes arrachées, corps électrocutés, masques répugnants, bêtes horribles, démons rugissants. La peur, la violence, le bruit. » Ces propos tenus il y a plus de 10 ans montrait à quel point la culture nippone était méconnue en France. Mais avec une influence japonaise de plus en plus présente dans le monde occidental, les codes ont changé. Le Festival international de la bande dessiné d’Angoulême en est l’exemple parfait. 



Des mangas dans l’ombre des bd

Pendant de nombreuses années, le manga se contentait de faire partie d’une catégorie durant le Festival d’Angoulême. Un 9e art qui comprenait également les comics, originaires des États-Unis. Une place qui démontrait la réticence du monde de la bande dessiné plus « classique ». La 46e édition du Festival d’Angoulême, qui commencera ce jeudi 24 janvier, marquera sûrement le changement et l’évolution de la place du manga dans l’imaginaire collectif français.

Un nouvel espace supérieur à 2500m2 sera mis en place, deux grandes expositions et 6 auteurs de mangas, dont deux français, seront également à l’honneur. Et pour Oto-San, un mangaka (comprenez auteur de manga) français, c’est une consécration. « Je trouve ça génial. Cela fait longtemps que la culture japonaise est incrustée dans la culture française. C’est un vrai pas en avant », avant de poursuivre « Il y a de plus en plus de mangaka français. Un public commence à se dégager. Ce n’est que le début. » Mais au-delà d’apporter une plus grande visibilité aux mangas, dans un évènement aussi important que le Festival d’Angoulême, cette promotion est logique pour les fans.



« Les mangas font partie de la culture populaire » 


Alors que pour certains, la bande dessinée renvoie une image vieillissante, le manga a réussi à conquérir un public jeune, comme nous le confie Adrien, un étudiant amateur de culture japonaise. « Il faut se rendre à l’évidence. Maintenant, les mangas font partie de la culture populaire. Contrairement à la bande dessinée lambda, le manga aborde différents thèmes, qui peuvent être sociaux, et qui vont toucher un grand nombre de personne. Ils évoluent en même temps que la société et répondent aux attentes d’un public toujours plus grandissant. »

Des attentes qui se concrétisent au niveau des ventes. Si Astérix le Gaulois, titre phare de la bd franco-belge d’Albert Uderzo et René Goscinny s’est écoulé à 370 millions d’exemplaires, 430 millions de tomes One Piece ont été vendus à travers le monde. Un chiffre qui fait de l’oeuvre de Eiichiro Oda, le manga le plus vendu. Vient donc alors une interrogation. Le manga a-t-il réellement besoin du Festival d’Angoulême pour perpétuer son développement en France ?

Une exposition encore plus parlante 

Pour les férus de mangas, plusieurs gros évènements sont dédiés à cet art, leur permettant de vivre au plus proche de cette passion. La Japan Expo, Paris Manga ou même le Toulouse Game Show font souvent carton plein. Cependant, l’apparition du manga au Festival d’Angoulême reste une progression non-négligeable. Un constat partagé par Nicolas Durand, vendeur dans la boutique Asiance Village Manga, dans le centre de Toulouse. « Je pense que c’est plus impactant que le reste. (la présence du manga au Festival d’Angoulême) Cette décision de rajouter le manga montre que dans l’esprit des organisateurs, ce style de bande dessiné à pris une importance significative. Au-delà de cette importance, ça touche un public qui n’a pas l’habitude des mangas. » 
Après le prix du patrimoine décerné à Kazuo Umezu pour « Je suis Shingo », nul doute que le manga trustera certaines places d’honneur durant ce Festival d’Angoulême. Pour le plus grand bonheur des amateurs de la culture japonaise et au grand dam de Ségolène Royal.