Depuis 1964, la cinémathèque de Toulouse collectionne les fanzine, magazines confectionnés par les passionnés de cinéma underground. Le 24 heures s’est plongé dans cet univers de la contre culture.

Soucoupes volantes, érotisme, sang… pas de place pour des affiches de cinéma classique à la Godard. Après deux années de réflexions et de mise à place, la cinémathèque de Toulouse accueille l’exposition « Fanzine » qui vient retracer l’histoire de ces magazines faits maison créés par des fans, pour les fans : « la cinémathèque possède un fond assez important. On a le premier qui date de 1965 (« Mercury Bis » numéro 1), on a voulu retracer l’histoire des fanzine, faire un focus sur des titres qui sont importants », explique Joëlle Gammas, documentaliste à la cinémathèque et une des porteuses du projet. Et cette collection importante n’est pas le fruit du hasard : la passion pour le cinéma fantastique de Raymond Borde, fondateur du lieu, l’a poussé à écrire dans un des premiers Fanzine « Midi Minuit Fantastique » , au début des années 60 : « Il faut savoir qu’à l’époque , les « Cahiers du cinéma » (revue culte professionnelle) ne consacraient que très peu d’articles sur le sujet ou alors que sur des films cultes comme Frankenstein… ». C’est en épiant les marchés aux puces ou encore les festivals que le critique de cinéma a confectionné sa collection à travers les années. Une époque où la création artisanale du support vivait l’apogée de son charme : découpage, collage, utilisation de la ronéotypeuse (ancêtre de la photocopieuse). Mais avec les années, les outils d’édition ont évolué et les fans-éditeurs ont troqué les ciseaux pour photoshop. Par ailleurs, alors que l’art du fanzine connaissait son âge d’or dans les années 80-90, l’arrivée d’internet et des blogs dans les années 2000 ont entrainé sa chute. C’est finalement en 2010 que le goût pour l’objet est revenu à la mode, lançant sa renaissance. Aujourd’hui, à la cinémathèque de Toulouse, les documents exposés sont des reproductions de couvertures « car les fanzines sont top épais pour être mis sous cadre, mais ils sont tous disponibles à la bibliothèque » précise la documentaliste.

Fanzine « Monster Bis »/ crédits : Clothilde Doumenc
Fanzine « Monster Bis »/ crédits : Clothilde Doumenc
Fanzine « Monster Bis »/ crédits : Clothilde Doumenc

Contenu décalé pour films décalés

Avis aux admirateurs de Nolan, Spielberg et autres Kubrick : le Fanzine est entièrement dédié au cinéma de « marge ». Un cinéma peu connu réalisé avec un petit budget, absent des salles obscures (en majorité), et pour le moins particulier dont les principaux sujets tournent autour du sexe, de la violence et des monstres. À l’image des films de genre qui les passionnent, les «fans éditeurs » (nom donné aux créateurs de fanzines) s’affranchissent des règles de la presse cinématographique professionnelle pour donner le champ libre à leur idées, leur ressenti et leur créativité. Humour, fautes d’orthographes ou fausses interviews, le mot d’ordre est simple : aucune censure : « Quand ils veulent massacrer ils massacrent (rires). Dans le fanzine ça se lâche. Le principe c’est de ne pas se censurer, ils peuvent écrire très mal, ils peuvent faire des fautes ce n’est pas grave. Puis en général c’est plutôt comique, il y a toujours de l’humour » précise madame Gammas, le sourire aux lèvres. Mais avec 90% de fans-éditeurs masculins, c’est la représentation de la femme qui en prend un coup : « si une ligue féministe venait voir l’exposition, elle serait outrée de voir le sujet à l’intérieur. Il y a beaucoup de femmes déshabillées ou alors qui sont massacrées c’est assez particulier… ». Et le constat est vite fait lorsque l’on déambule à travers l’exposition : les couvertures de Fanzine affichant des femmes dénudées, apeurées et/ou en danger se succèdent, laissant peu de place à la femme forte et émancipée. Pas de femmes fortes ? Si, il y a « Isa la Tigresse », une héroïne sadomasochiste nazie qui torture les prisonniers.

Fanzine « Monster Bis »/ crédits : Clothilde Doumenc

Alors qu’une vingtaine de fanzine sont encore en diffusion en France (certains sont devenus professionnels comme « MadMovies »), seulement cinq sont made in Sud-Ouest. Et que leur longévité s’étale sur quatre numéros ou une centaine, Joëlle Gammas est bien décidée à faire perdurer la tradition à la cinémathèque : « on ne lâche pas ! Tant qu’il y en aura, on collectionnera ! » .