Un lundi matin dans l’interminable avenue des États Unis et ses 5 km de long, une atmosphère bizarre se dégage. Présentée comme l’eldorado des concessions automobiles, la vie semble pourtant y être au ralenti. Sans coup d’accélérateur. A la sortie du métro cette avenue semble banale. Une entrée de ville, comme une autre avec  des fast foods, des coiffeurs, une auto-école.

Rien de bien surprenant, sinon qu’on y croise quelques-unes des plus grandes enseignes automobilistes comme Suzuki ou Renault. Au numéro 143, c’est le commencement du néant, très loin du rêve américain, l’avenue des États-Unis offre un paysage lugubre et une allée interminable. Très peu de piétons, seul les bruits des voitures sur le goudron humide sont là pour accompagner les quelques marcheurs.
Avec 5 km au compteur de Barrière de Paris à Lacourtensourt, cette avenue est l’une des plus grandes de Toulouse. C’est aussi la voie la plus urbanisée de la Ville rose. Vers le sud l’esprit village perdure, de nombreux commerces sont ouverts. Preuve que, finalement, la vie est bien là pour les habitants de l’avenue des États-Unis. « On a nos petites habitudes, nos commerces, notre vie c’est ici », raconte un couple qui habite dans la résidence juste au-dessus. En avançant, on se rend compte que le vivant se trouve au sud de l’axe.
Autres fois appelée « la voie Royale ou encore « la route de Paris », elle a été baptisé l’avenue des Etats-Unis après la Libération. Plus qu’une avenue,  une route qui avant l’arrivée des rocades captait les automobilistes pour les rainer vers le centre-ville, elle a toujours connu un fort flux automobile. Presqu’une activité essentielle.

Le nord plus proche du néant

La solitude grandit dans la partie nord de l’avenue. Pas un chat dans les quelques malheureux restaurants qui la hantent. Plus de commerce locaux, seulement des grands enseignes automobiles, et l’effet augmente au fur et à mesure des numéros de l’avenue. « Plus vous avancez, moins vous avez de commerce et c’est de moins en moins agréable », explique Bertrand un sexagénaire qui vit sa vie dans l’une des dernières résidences de l’avenue.
De nombreux commerces ont été contraints de fermer après la construction de la rocade. D’autres difficultés ont été engendrées. « Avant cette partie de l’avenue vivait, mais avec le temps c’est devenu de plus en plus morne », poursuit le protagoniste. D’autant que, plus souvent qu’à son tour, le quartier alimente la rubrique des faits divers, en particulier celle ayant trait au proxénétisme vécu, pour beaucoup de citoyens du quartier,  comme une verrue… L’un entraînant l’autre, les réseaux de dealers ont aussi pris position. Comme un appel… doublé d’un paradoxe.  Car malgré tout cela, les habitants multiplient les actions pour tenter d’offrir des alternatives pour mieux vivre ensemble, en partageant idées et initiatives. Pour l’heure,  on y débat des aménagements d’espaces verts sur les 17 000 m² que compte le terrain bien nommé… de la Salade.

Le mécontentement des habitants
Sauf que les autres problèmes polluent le quotidien. Ainsi, en juin dernier, dix personnes ont été mises en examen pour proxénétisme aggravé dans ce secteur de l’avenue des Etats-Unis. Plusieurs réseaux de prostitution furent ainsi démantelés. Mais le problème bien antérieur à 2017 perdure. Jumelé à cela des commerces fermés, des maisons abandonnés qui ont fait le bonheur du certains réseaux et de clients peut regardant. Depuis quelques années, régulièrement environ cinq ou six femmes vendent leurs corps. Et c’est l’impasse des Etats Unis qui est pointée du doigt.
Des vas et vient permanents de la part des clients, des actes de racolage, et le nom respect de l’arrêté municipal « troubles prostitution » n’ont de cesse d’être soulevés par le comité de quartier des Minimes-Barrières de Paris-Toulouse. Sur le site est écrit : « la prostitution a envahi notre quartier, nous nous efforçons d’y retrouver une solution humaine et d’en réduire les nuisances que cela engendre ». L’arrêté a été signé par le maire Jean-Luc Moudenc, en novembre 2017, sauf qu’il n’englobe pas la totalité du quartier. Ce qui entraîne des déplacements constants des prostitués et… de leurs clients.
« Même si ça s’est calmé, il arrive d’en croiser le soir tard », raconte une passante qui n’a pas souhaité divulguer son prénom. Avec ces événements, la réputation sulfureuse de l’avenue des Etats Unis s’est répandue comme une boule de neige. On parle plus des filles de la nuit que des berlines et des commerciaux tirés à quatre épingles qui les vantaient et qui avaient fait la marque de fabrique de ce ruban de bitume qui n’a rien à voir avec la route 66…