Annie Beck : parcours d’une rescapée de l’holocauste

Annie Beck : parcours d’une rescapée de l’holocauste

Annie Beck, 92 ans et des souvenirs toujours présents. / Angélique Passebosc
Annie Beck, 92 ans et des souvenirs toujours présents. / Angélique Passebosc

Samedi 27 janvier, c’était la journée hommage aux victimes de l’holocauste. À Toulouse nous avons rencontré Annie Beck. Petite fille juive en 1940, elle a réussi à échapper à la barbarie nazi. Fuite, planque, résistance… Retour sur un parcours courageux et émouvant.

Derrière la haute grille du pavillon toulousain, une petite voix résonne, la sienne. « C’est ouvert, c’est ouvert ». Annie Beck nous attend. Tailleur bleu marine, mise en pli impeccable, visage lumineux. Le rendez-vous a été pris, une nouvelle fois Annie parlera de sa vie, du destin tragique des siens, de sa chance à elle.
Dans le petit salon, Annie Beck nous explique qu’elle est habituée à répondre aux interviews, qu’elle est une conférencière aguerrie, mais qu’elle est aussi toujours un peu sceptique, aujourd’hui encore, quand il s’agit d’aborder le sujet de la haine et de la politique. Nous passons dans le grand salon, la caméra est enclenchée.

« Quand je vous parle, quand je vous raconte ce que j’ai vécu, je revois les images, c’est très émouvant. » Les images, malgré plus de 70 années qui les séparent du temps présent, Annie ne les a pas oubliées. Son exode depuis Nancy, son arrivée à Bordeaux, son internement dans un camp de transit près de Tours, les quelques mois chez sa tante à Toulouse, les manteaux noirs de la milice, la bonté des sœurs du couvent de Notre-Dame-de-Massip, son copain Albert Seifer, le visage de sa maman… Annie se souvient de tout. 

Avec beaucoup d’humour, Annie Beck a ressorti pour nous les photos de famille. Ici, c’est son grand-père le rabbin, là, sa sœur Ida, déportée et qu’elle n’a jamais revue… Pour eux, pour elle, pour ses enfants, pour ses petits-enfants, pour ses arrière-petits-enfants, Annie veut que les gens sachent. Qu’ils soient conscients du courage des maquisards qui l’on aidé à passer en zone libre après sa fuite du camp de transit. Elle veut aussi que les nouvelles générations soient conscientes de la barbarie et de la bassesse d’une certaine France, celle qui a collaboré, celle qui a dénoncé, celle qui a décimé ses frères de sang et de foi sans raison valable. « Je témoigne surtout pour que plus personne ne connaisse un sort semblable !« 

« Je suis restée pendant 5 jours et 4 nuits enfermée dans une espèce de cave »

Recueillie par Monseigneur de Saliège, par Mme Bergon ensuite, comme plus de 80 enfants entre 1942 et 1944, Annie se rappelle de chaque détail : les cantiques des différents offices religieux qu’elle connaît encore par cœur, les moments de camaraderie, l’amour, la peur… « Je suis restée pendant 5 jours et 4 nuits enfermée dans une espèce de cave avec mes camarades. La majorité des sœurs du couvent n’étaient même pas au courant de notre histoire». Jusqu’à la libération Annie Beck restera dans ce couvent, puis elle retrouvera sa tante, mais pas ses parents, ni sa sœur Ida. 

En ce moment, le musée de la résistance de Toulouse lui consacre un plein mur lors d’une exposition temporaire « Gamins d’hier, Ados d’aujourd’hui ». Le samedi 3 mars, à 11 heures, elle y donnera d’ailleurs une conférence. Annie Beck est bien décidée à témoigner encore et encore, à transmettre, à expliquer, à partager, pour que de telles horreurs ne se reproduisent plus. Son témoignage complet est à découvrir dans notre reportage « Annie Beck, parcours d’une rescapée ».

R.D.

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