Un procès hors norme pour le « logeur des terroristes »

Un procès hors norme pour le « logeur des terroristes »

Jawad Bendaoud, le
Jawad Bendaoud, le "logeur de Daech"/ Crédit : capture d'écran BFM TV (novembre 2015).

Le 18 novembre 2015, c’est dans l’appartement de Jawad Bendaoud que la police retrouve deux des terroristes ayant participé aux attentats du 13 novembre : Abdelhamid Abaaoud, l’un des cerveaux présumés des attentats, et Chakib Akrouh. La France découvre alors Jawad Bendaoud, ce jeune homme que l’on nomme désormais « le logeur de Daech ». Son procès débute aujourd’hui à Paris. Un moment très attendu et très médiatisé.

Plus de deux ans après les faits, Jawad Bendaoud sera jugé devant le tribunal correctionnel de Paris. Jawad Bendaoud, tout le monde le connaît aujourd’hui. Cinq jours après les attentats du 13 novembre 2015 – qui ont coûté la vie à 129 personnes -, le Raid retrouve les terroristes dans l’appartement de Jawad Bendaoud, en plein quartier de Saint-Denis. Propriétaire autoproclamé de l’appartement, Jawad Bendaoud déclare au micro de BFM TV : « Je n’étais pas au courant que c’était des terroristes […] On m’a demandé de rendre service, j’ai rendu service ». Devenu la risée du web après cette déclaration, la journaliste Sarah Brethes, qui l’avait interviewé ce soir-là, explique : « Ça a eu un effet cathartique. C’était le guignol exutoire ». Même s’il a déclaré ne pas connaître les logés et ignorer qu’ils étaient djihadistes, Jawad Bendaoud sera embarqué par la police et restera en garde-à-vue sept jours et sept nuits, une durée exceptionnelle.

Après une enquête de deux ans, c’est au tribunal correctionnel de répondre à une question importante pour le dénouement du procès : que savait précisément Jawad Bendaoud sur les projets des djihadistes ? En mars 2016, il écrivait déjà aux magistrats : « Je n’ai jamais parlé de ma vie avec un membre d’une cellule terroriste, je n’ai rien à voir avec les attentats, ni de loin ni de près ».

« Ce ne sera pas le procès des attentats »

Les avocats qui interviennent dans ce dossier sont néanmoins très clairs : il ne s’agit pas du procès des attentats du 13 novembre. « C’est le procès de personnes qui ont gravité après les événements mais qui ont un rôle qui doit être éclairci », précise Me Astrid Ronzel, avocate de deux parties civiles. « C’est nécessairement troublant pour les victimes et elles s’y intéressent forcément parce que ça fait partie des faits autour des attentats, mais elles savent que ce ne sera pas le moment du procès des attentats ».

Quelques temps poursuivi pour le crime d’ »association de malfaiteurs terroristes en vue de préparer des crimes », Jawad Bendadou est finalement jugé pour le délit de « recel de terroriste ». Une qualification retenue en raison du doute sur le fait qu’il connaissait les terroristes et leur projet funeste. Avec lui comparaîtront également Mohamed Soumah, l’intermédiaire entre Jawad Bendaoud et Hasna Aït Boulahcen (la cousine d’Abdelhamid Abaadoud), et Youssef, le frère de cette dernière.

Plus de 350 personnes se sont constituées parties civiles pour ce procès (d’autres devraient se faire connaître ce matin avant le début de l’audience).

Qui est Jawad Bendaoud ?

Avant les attentats, Jawad Bendaoud était déjà connu des services de police et de la justice. En 2008, à seulement 22 ans, il est condamné à 8 ans de prison pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner, sur son meilleur ami de l’époque. Jawad Bendaoud enchaîne les condamnations pour violences conjugales, transport d’arme ou détention de stupéfiants. Père de deux enfants, le délinquant multirécidiviste est connu dans son quartier pour les trafics auxquels il est mêlé.

Depuis son arrestation, Jawad Bendaoud a déjà comparu devant la justice pour trafic de drogues, pour avoir mis le feu à sa cellule et pour avoir insulté et menacé des policiers. Lors de ces trois procès, Jawad Bendaoud avait un comportement agité. Il a laissé éclater sa colère au tribunal et a dû être maîtrisé par les gardiens et expulsé des audiences. Pour ce procès, qui commencera aujourd’hui, la présidente du tribunal a réclamé des mesures de protection : les forces de l’ordre seront déployées à l’intérieur et à l’extérieur des trois salles d’audience dans lesquelles seront accueillies les parties civiles, pour les sécuriser et éviter les débordements.

Le mouvement du personnel pénitentiaire rend le début du procès difficile

Si la France attend ce procès avec impatience, ce dernier pourrait être compliqué à débuter, notamment à cause du mouvement du personnel pénitentiaire. Jean-François Forget, secrétaire général de l’UFAP-UNSA pénitentiaire, a déclaré au micro de BFM TV, que l’extraction des détenus de la prison de Fresnes ne sera pas assuré par le personnel :

« Depuis 10 jours, nous sommes en conflit et en blocage des établissements. Il n’y a aucune entrée ou sortie d’extraction judiciaire de quelque détenu que ce soit. […] Si le gouvernement veut que les extractions se fassent, de celle de Bendaoud ou d’autre détenu, il n’a qu’à entendre nos revendications. Il est fort probable que, à Fresnes, les forces de l’ordre feront ce qu’elles ont à faire, [c’est-à-dire] prendre possession de la porte et extraire Bendaoud ».

 

Le procès, qui démarre ce jour, devrait durer jusqu’au 15 février.

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