Votre premier rendez-vous

Après avoir échangé quelques messages avec votre prétendant, il est l’heure de vous rencontrer…
Naviguez dans un premier rendez-vous inspiré de réelles expériences, tout en apprenant plus sur le fonctionnement des applications de rencontre.

Vendredi soir, il est 20h. Je me suis longuement préparée. Le stress monte. Est-ce une bonne idée de rencontrer quelqu’un aussi rapidement ? Sur l’appli, j’étais sûre de moi, mais maintenant ?

Je pousse un soupir de soulagement : il ressemble à sa photo.

Comment se sentent les utilisateurs d’appli de rencontre ?

De Tinder à Happn, en passant par AdopteUnMec, il existe une multitude d’applications et de sites de rencontre. Conçus pour faciliter les contacts dans un monde où on a tendance à privilégier le virtuel à l’IRL (la « vraie vie ») ; comment se sentent réellement les usagers de ces « assistants de l’amour » ? 

Au 21ème siècle, ces applis s’imposent en leader de la rencontre amoureuse. Tout le monde en a entendu parler et chaque célibataire a déjà (au moins) songé à s’y aventurer. Il existe différentes raisons poussant un individu à s’inscrire. Le désir de trouver l’amour, la recherche d’une relation éphémère, peu importe soit-elle, le schéma reste souvent le même : on discute en ligne et on se rencontre en vrai. Mais si les motivations des uns et des autres diffèrent, le comportement et le ressenti des utilisateurs suivent un tout autre motif. Entre solitude, besoin de plaire et hypersexualisation, l’envers du décor n’est au final pas si rose… 

Quand la solitude s’associe à l’ennui 

Le premier sentiment qui semble « sauter aux yeux », c’est celui de solitude. On se sent seul et donc on cherche à rencontrer du monde. L’ennui aussi rentre en compte. Entre matchs, swipes et likes, l’application peut rapidement ressembler à un jeu divertissant. 

« Quand je suis sur l’appli, c’est souvent que je m’ennuie ou alors que je me sens seule et que j’ai besoin d’amour » confie Anna, une utilisatrice occasionnelle. « Naviguer entre les profils. Les beaux, les moches, les bizarres. Liker ou pas. Tout ça me fait plus penser à un jeu qu’à une véritable manière de trouver l’amour. C’en est presque triste ». 

« Moi je swipe quand je m’ennuie. C’est presque instinctif en fait. Le soir j’ai rien à faire donc j’ouvre Tinder ». Pour Clémentine, l’application est avant tout un passe-temps qu’elle utilise entre ennui et solitude. « J’utilise pas vraiment l’application sérieusement, pour moi c’est surtout un divertissement ». 

Le besoin d’amour est naturel pour l’Homme. David Bichet, psychologue spécialisé en affaires de couple le remarque bien, « le manque d’amour et de vie sociale chez l’Homme ne peut que conduire à un mal-être, c’est pour ça que certains se tournent vers ces nouveaux dispositifs. Ils permettent d’être en couple plus facilement, plus rapidement ». Tout naturellement, la question de solitude se pose. S’inscrire sur une application de rencontre traduit-il un mal-être et un besoin de compagnie ? « Faire la démarche de l’inscription démontre l’envie – si ce n’est le besoin – de rencontrer ou parler à d’autres personnes. Ce n’est pas une question de genre. Les hommes comme les femmes font face à ce besoin-là. Ça comble le manque, ça comble du temps. »

Le besoin de plaire et la superficialité des rencontres 

Puisque les profils sur les applis de rencontre mettent d’abord en avant les photos, les rencontres peuvent vite sembler superficielles. On sélectionne nos futurs prétendants selon leur physique et eux font la même chose. Alors on se met sur notre 31. Nos plus beaux selfies, nos plus belles poses, dans les plus beaux paysages. Mais sans en faire trop, bien sûr, il ne faudrait pas croire qu’on essaye de « se la péter »

« Ça rebooste la confiance en soi de savoir que tu plais à plusieurs personnes ». Nabil ne le cache pas et n’hésite pas à utiliser l’application dès qu’il a besoin de se conforter sur son physique. 

« L’Homme a constamment besoin d’être rassuré. Que ce soit avec des compliments, ou lorsqu’on se fait draguer, on a ce besoin presque primitif d’être validé par l’autre. Bien sûr, chacun est différent et certains ont un besoin beaucoup plus présent alors que d’autres semblent ne pas en avoir besoin. Quand on sait qu’on plaît à quelqu’un, ça fait du bien, alors on recherche ce plaisir, on s’inscrit sur des sites de rencontres, on affiche nos plus belles photos et on se sent satisfait lorsqu’on obtient des matchs. » Pour Dr. Bichet, la recherche de reconnaissance envers autrui est tout à fait naturelle, variant d’un degré à l’autre selon la personne. 

Mais que se passe-t-il lorsqu’on a atteint notre cible ? 

Nos photos ont porté leurs fruits et ont séduit plusieurs personnes. Il est maintenant temps d’échanger avec notre futur prétendant et d’apprendre à le connaître. 

Rencontrer quelqu’un en ligne n’est jamais quelque chose de simple. Après tout, comment être sûr d’apprendre à connaître réellement quelqu’un via une micro-bio et quelques échanges de messages ? 

Hyper-sexualisation et estime de soi 

Avec des applications basées sur le physique des utilisateurs, faut-il s’étonner de l’hyper-sexualisation qu’elles entraînent ? Beaucoup de femmes et d’hommes se sentent comme de vulgaires objets de consommation. Parfois même classés par catégories comme sur le site de rencontre Adopteunmec.

« Tinder, c’est cool mais malheureusement, on se sent un peu comme un bout de viande ». Pour Manon ce dispositif de « choix à l’image » suit le même principe qu’un supermarché « les femmes sont disposées en rayon et les hommes viennent faire leurs shopping en prenant les plus jolies. »

Avec la modernisation de notre société vient de nouveaux dispositifs intelligents, supposés rendre notre vie « plus simple ».  Bien qu’apportant des avantages de rapidité et d’efficacité, les applis de rencontre peuvent aussi affecter l’estime de soi des utilisateurs.

Justine Seguin

Ressentant ma timidité, il enchaîne les anecdotes gênantes sur sa vie. Il me fait rire et le feeling passe bien. 

“T’es plutôt à l’aise, tu as eu beaucoup de rendez-vous avant moi ?”

“J’ai parlé à pas mal de personnes. C’est facile de parler quand il y a un écran, c’est un atout pour les grands timides comme moi. Par contre, je n’ai pas rencontré beaucoup de filles en vrai”, rigole-t-il.

Pourquoi l’utilisation des applications de rencontres s’est-elle généralisée ?

Alors que 11% de la population française déclarait avoir utilisé un site de rencontre en 2006 (Ifop.com), 26% déclarent aujourd’hui avoir eu recours à une application ou un site de rencontre. Chez les 18/22 ans, 72% déclarent avoir déjà essayé une application de rencontres contre seulement 15% en 2015. On observe une généralisation de l’utilisation des applications de rencontre, notamment chez les jeunes. Quels sont les facteurs de l’augmentation du nombre d’utilisateurs sur les applications de rencontre ?

La praticité du smartphone a sûrement eu un rôle dans l’explosion de l’utilisation des outils de rencontres. Cependant ce phénomène s’explique par d’autres facteurs notamment la génération des digital natives, la timidité ou encore la facilité. Les apps ont en effet la réputation d’être efficaces et de permettre des rencontres rapides. On peut cependant se questionner sur la véracité de ces suppositions. Au delà d’une simple “flemme” qui engendrerait l’utilisation des applications de rencontres, l’utilisation des applications de rencontre soulèvent des problèmes sociaux voire sociétaux.

Quand les applis nous rendent addict

Les applications font désormais partie intégrante une part entière de notre société. André Corman, sexologue, déclare que la nouvelle génération est née avec les écrans. Dans les relations, cela crée plusieurs problèmes. Les couples qui se rencontrent sur une application de rencontre restent en permanence en doute que l’autre y retourne.

Loin de l’idée de jalousie, les applications créent une addiction. Certaines personnes ont trouvés l’amour mais continuent à échanger, à fantasmer sur les applis de rencontres, par addiction. Ils ne peuvent pas s’en passer. Ils ne peuvent pas se défaire des chats coquins ou autre. Ils aiment séduire en permanence. L’addiction ne concerne pas seulement la séduction mais aussi un vice de la génération des Millenials, soulevé par Simon Sinek, l’addiction à la récompense immédiate, à l’image du like sur Instagram mais aussi du match sur Tinder… En effet, 44% des utilisateurs de Tinder qui ont entre 18 et 22 ans déclarent utiliser l’app pour booster leur confiance en eux. En plus de générer une addiction à la séduction, Tinder et ses frères renforcent le besoin de reconnaissance immédiate dont souffrent les digital natives

“L’appli est une sorte de fantasme”

L’apparition des applications de rencontre a aussi modifié le coeur de l’excitation. Auparavant, on fantasmait sur la rencontre en elle-même, aujourd’hui, l’appli est une sorte de fantasme nous dit Dr. Corman. Contrairement à des rencontres in real life, celles via les applications sont plus directes. C’est donc dans l’utilisation de l’appli que repose le fantasme.

Selon André Corman, quand on commence à entrer dans un dialogue et qu’on commence à livrer des choses, ça tombe très vite dans le sexuel. Tout est lié à l’imaginaire. A partir du moment où quelqu’un entre dans son imaginaire, on va l’érotiser”. 

La jeune génération est en constante recherche de stimulants, ilscréent du stress pour l’utiliser de façon positive. C’est l’adrénaline qui plaît dans les applis, ça donne l’impression de vivre à 100%”, continue le sexologue. Ils utilisent les applications de rencontre comme n’importe quel autre divertissement. Ils consomment les rencontres, le sexe comme toute autre chose et développent une flemme d’aimer, en restant dans leur confort virtuel. D’autres ont des raisons bien différentes d’utiliser des applications de rencontre comme dépasser la timidité.

C’est le cas d’Isabelle, 19 ans, pour qui il est plus facile de parler par écrans interposés. Me cacher derrière un profil me permet d’oublier ma timidité. En effet, créer un profil permet de ne pas se dévoiler totalement et de se sentir plus à l’aise, plus serein. Pour Nicolas, 20 ans, c’est la même chose, il préfère ne pas se prendre la tête et les applications lui permettent de faciliter le premier contact”. 

Un accès rapide et facile à l’amour

Au delà de la timidité, c’est parfois juste la facilité qui pousse les gens sur des applications de rencontre. 

Pour Coline, Chloé et Lucie, c’était plus facile et plus rapide. Pas de questionnement sur si on plait à l’autre, s’il est intéressé ou même célibataire. Il est là et recherche donc la même chose, créer une relation. C’est aussi ce que souligne Amine, 24 ans, en disant que sur un site de rencontre, on sait automatiquement qu’on ne “dérange” personne. C’est comme si l’application entamait la relation voire la conversation. On n’a plus besoin d’aller voir la personne, on ne se demande plus si on lui plaît, si on a notre chance : on sait déjà qu’on se plaît.

Pour Romane, 23 ans, l’application est un moyen d’éviter cette étape gênante. Je trouve que c’est plus facile de draguer virtuellement quand on a peur de la réaction de l’autre. C’est moins gênant de se prendre un vent par message qu’en face à face, explique-t-elle. Loin de poser les problèmes de la drague in real life, draguer sur une appli permet de mettre un écran sur ses émotions. Les refus à répétition sont monnaie courante et donc acceptés avec plus de facilité.

Le loto de l’amour

Les applications de rencontre ont donné une toute autre dimension à la drague. Le nombre de potentiels partenaires entre en jeu. Alors qu’avant on ne draguait qu’une personne à la fois, du moins, à un moment donné, on peut désormais être en interaction avec deux, trois ou même des dizaines de personnes. Par ce biais, l’appli a tendance à vouloir nous montrer qu’on peut “avoir mieux”. Pour Aysé, 20 ans, être sur une appli rend plus facile de jauger la concurrence, presque comme des biens de consommation”. Comme si, au fond, l’appli n’était qu’un supermarché de plaisirs sexuels ou amoureux. 

La généralisation des applications de rencontre continue en attirant ceux qui, comme Sarah, 28 ans, pensent qu’il faut vivre avec son époque” : “maintenant, tout le monde est sur Tinder !. David Bichet, psychologue, explique ce phénomène par l’utilisation constante des applications, pas seulement dans le cadre de rencontre. 

D’autres tentent aussi leur chance, comme Axel, 23 ans, “un peu comme le loto”. En se disant qu’après tout si d’autres y arrivent, pourquoi pas nous. 

Aller sur une application de rencontre peut donc sembler anodin, mais reste un acte soulevant plein de questions sociales et sociétales.

Léa Soidriddine

Il me propose de faire un tour. On se balade alors sans but précis. Il me plait bien.

“Pourquoi tu es venu me parler exactement ?”

“Je t’ai d’abord trouvé jolie, ça m’a poussé à venir te parler. Ensuite, j’ai apprécié ton honnêteté et ta spontanéité.”

Swiper ou liker : quels sont nos critères de sélection ?

Bêtement charmée par son discours, je me met à réfléchir.

Et moi, pourquoi je l’ai choisi ? Pour son physique, certes. Pour son humour décalé aussi. Mais avant tout, je crois que c’est parce que l’appli me l’a proposé en premier.

Rencontres au temps des algorithmes

Flamme orange et blanche, coeur formé par deux lettres ou affichette aux allures de supermarchés, tous ces logos ont un point commun : ce sont les portes d’entrées d’applications de rencontre vous promettant le grand amour voire, pour certaines, le vrai conte de fée. 

Pourtant, derrière ces allures d’histoires idylliques, le business, ou plutôt l’algorithme, est bien rodé. 

Sebastien Martin est ingénieur administrateur système et sécurité à Toulouse. Selon lui : « les applis de rencontre visent à présenter à l’utilisateur un moyen rapide de faire des rencontres. Pour cela, l’algorithme va surtout se baser sur ce que la personne a renseigné lors de son inscription comme son âge, la tranche d’âge des personnes qu’elle souhaite rencontrer et sa localisation ».

Une fois tous ces critères renseignés, l’algorithme joue alors sont rôle et propose aux utilisateurs différents profils qui semblent leur correspondre.

« Les applications vont cibler les profils qui ressemblent le plus à la personne » 

« En fonction de ces critères, les applications vont cibler les profils qui peuvent potentiellement ressembler le plus à la personne pour que ça match », ajoute Sebastien Martin.

Critère plus surprenant, l’algorithme des application prendrait également en compte la fréquentation des utilisateurs. « Les profils qui vont apparaître sont généralement des personnes qui sont connectées en même temps ou qui se sont connectées récemment pour favoriser la discussion rapide, il n’y aura jamais un match avec une personne qui ne s’est pas connectée depuis 2 mois », termine l’ingénieur toulousain.

Alors que ces méthodes de mises en relations peuvent poser certaines questions quant à leur intégrité. Ce n’était que le début des découvertes .

Les serveurs des applications pourraient également être « configuré pour chercher dans les profils des utilisateurs des mots-clés relatifs à des activités ou à des intérêts ». C’est en tout cas ce qu’explique la journaliste Judith Duportail dans son livre « L’amour sous algorithme » paru en mars 2019. La journaliste l’avoue : « un algorithme peut nous faire gagner des années de recherche ». 

Cependant, elle s’est aperçue, au fil de ses recherches, que « le serveur peut être configuré pour rendre un profil plus attirant aux yeux d’un utilisateur ». Une méthode qui peut questionner la notion de coïncidence que l’on ressent en croisant des profils aux centres d’intérêts similaires aux nôtres. Non, le destin n’a aucun rôle à jouer au cœur de l’algorithme des applis de rencontres. 

Une machinerie bien rodée qui irait jusqu’à mettre en relation des jeunes femmes avec des hommes plus âgés, percevant un meilleur salaire et bénéficiant d’un meilleur niveau d’études. Le patriarcat nous poursuivrait-il jusqu’aux entrailles des applications de rencontres ? Dans un brevet déposé, tinder explique que « les analyses obtenues permettent de déterminer le QI d’un utilisateur. Son niveau scolaire et son niveau de nervosité générale ». 

« Une personne avec une note basse avait moins de chance d’être proposée » 

L’Élo score. Trois lettres derrière lesquelles s’est cachée durant plusieurs années, une note de désirabilité que l’application Tinder attribuait à chacun de ses membres. 

Autrement dit, l’application de rencontres se basait sur le nombre de like d’un utilisateur pour lui proposer des profils plus ou moins intéressants.

Dans une note dévoilée sur son site en mars dernier, l’application déchiffrait son propre algorithme.

Concernant l’Elo score, l’application expliquait, sans complexe, que le dispositif « prenait en compte différents critères, dont le nombre de matchs. Un utilisateur avec beaucoup de « matchs » se voyait proposer des profils également très appréciés sur l’application. Une personne avec une note « basse » avait donc moins de chances d’être proposée à des profils considérés comme attirants. »

Alors que cette mesure, jugée (seulement) archaïque par l’application, n’est désormais plus d’actualité, Tinder explique désormais favoriser les membres les plus actifs. « Nous mettons la priorité sur les “Matchs” potentiels qui sont actifs, et qui le sont en ce moment-même. Nous ne voulons pas vous faire perdre votre temps avec des profils d’utilisateurs inactifs. »
Les autres applications de rencontres utilisent-elles les mêmes méthodes controversées pour réunir ses membres ? Cette question mérite réflexion. 

Thomas Naudi

Je regarde discrètement mon téléphone : “Vous avez reçu trois messages”. Je verrouille rapidement l’écran et le range aussitôt dans ma poche.

Comment les applications de rencontre créent une addiction et piègent par leur fonctionnement

Tinder, Happn, Lovoo, Adopte Un Mec, … Toutes ces applications de rencontre proposent un design épuré, très intuitif. Ce dont les utilisateurs n’ont pas forcément conscience, c’est que ce design est bien plus travaillé que ce qu’il n’y paraît. Il est conçu pour que l’on n’est plus conscience du temps passé sur l’application, afin que celle-ci génère du bénéfice. Pour cela, plusieurs méthodes sont utilisées par des professionnels du design.

Si l’idée des applications de rencontre est à la base de provoquer des rencontres, son objectif est principalement de réaliser un maximum de profit. Pour cela, les utilisateurs doivent passer le plus de temps possible sur l’application, voire acheter un mode payant pour obtenir des avantages. Tous ces concepts sont étudiés jusqu’à être de véritables composantes du design de l’application.

La dopamine, une molécule sécrétée lorsqu’un profil nous plaît

Beaucoup d’applications de rencontre sont comparées à un jeu sur smartphone qui devient rapidement addictif. Mais pourquoi ? C’est en grande partie parce qu’elles font en sorte qu’une molécule, appelée la dopamine, soit sécrétée dans le cerveau des utilisateurs. Cette molécule est responsable du plaisir, de la motivation mais aussi de l’addiction.

Prenons l’exemple de Tinder : l’application fonctionne avec un système de swipe. Si un profil présenté à l’écran plaît à l’utilisateur, il balaye sa photo à droite, si c’est l’inverse, il faut l’écarter à gauche. Lorsque deux profils se sont likés, c’est un match, et alors un échange par message est possible.

Le geste est simple et il procure un certain amusement. Et pour cause, la recherche d’un partenaire, en se basant sur sa photo, donc des critères physiques, devient un véritable plaisir. C’est ce qu’on appelle la récompense esthétique. Le cerveau est constamment à la recherche de choses belles, qu’il trouve attirante, comme une musique ou une œuvre d’art. Lorsqu’il trouve cette beauté, c’est pour lui comme une récompense et donc, de la dopamine est sécrétée.

La récompense aléatoire, un autre facteur favorisant la création de dopamine

De plus, il existe un concept de récompense aléatoire qui est utilisée dans le cas de Tinder mais aussi Badoo ou Adopte Un Mec. Dans ces applications, certains profils plaisent, d’autres non. Le caractère aléatoire de la découverte de la beauté agit de manière positive pour le business model des applications.

Une étude de 1950 de Burrhus Frederic Skinner illustre parfaitement ce concept. Celle-ci traite de La boite de Skinner, une expérience réalisée sur des souris et des pigeons, enfermés dans une cage. Lorsque l’animal appuie sur un bouton, de la nourriture lui est proposé. Quand on décide de lui donner de manière aléatoire la nourriture, la bête appuie sans relâche sur le bouton, jusqu’à avoir sa récompense.

Pour l’utilisateur d’une application, c’est le même schéma. Celui-ci va vouloir continuer sa recherche de façon plus intense, voire jusqu’à payer pour avoir une meilleure version de l’appli et tomber enfin sur le profil qu’il désire, soit sa récompense.  

L’addiction provoquée par un geste répétitif

Si la récompense esthétique et aléatoire générée dans ces applis est addictive, le système du swipe va encore plus loin. A force, c’est le geste du swipe à droite lui-même qui va sécréter de la dopamine. C’est pour cela que, malgré les mauvaises expériences avec certaines personnes rencontrées sur l’application, on y revient toujours. Et ce, sans réaliser le temps passé sur son téléphone.

Cette idée est comparable à l’addiction aux machines à sous des casinos. Natasha Dow Schüll, à l’origine de l’étude nommée Addiction by design, fait la comparaison entre la conception de ces machines et des réseaux sociaux. Son travail semble être applicable également aux applications de rencontre. La femme explique que les machines à sous sont conçues en s’appuyant sur trois concepts : la solitude, la rapidité du jeu et la continuité de ce dernier. 

En effet, face à une machine (ou un smartphone), l’utilisateur est seul. Il est donc enfermé dans une zone machine, une bulle hors du temps où rien ne peut l’interrompre. Cette personne peut jouer à un jeu court, et rejouer rapidement de façon autonome, en répétant un geste simple : actionner un levier. Comme avec le fameux swipe, le système a pour but de garder l’attention de son utilisateur. Finalement, pour ce dernier, l’important n’est plus de gagner, mais de continuer à jouer. En effet, gagner, c’est interrompre sa zone machine, sa bulle de confort.

Cette addiction créée, Natasha Dow Schüll l’a définie dans une interview sur TVOntario : « C’est le sentiment de ne pas savoir ce qu’il va se passer, une sorte d’incertitude qui vous pousse à savoir comment sera le prochain jeu, et le prochain jeu, et le prochain jeu… ». Pour résumer, plus on swipe pour trouver quelqu’un qui nous plaît sur une application de rencontre, plus on crée de la dopamine et donc, ressentons du plaisir. Alors, on veut continuer à chercher un partenaire. C’est un cercle vicieux.

Le Dark pattern : les pièges du design

Le dark pattern (ou dark UX) est un terme pour désigner les pratiques du design d’interface, comme celle d’une application, qui sont considérées comme non éthiques car elles ont pour but d’amener l’utilisateur à faire un choix précis en le piégeant. Ce système, utilisé pour divers objectifs, manipule psychologiquement, visuellement mais aussi de manière cognitive.

Le dark pattern semble être utilisé dans certaines applications de rencontre. Tout d’abord, avec le Roach Motel, qui fonctionne à la manière d’un piège à cafard : on entre dans une situation très facilement, mais il est pratiquement impossible d’en sortir. Sur les applications comme Tinder ou Happn, l’inscription est simple et rapide mais il est difficile de supprimer son compte.

En effet, tout d’abord, le chemin à parcourir pour supprimer son compte est semé d’embûches. Lorsque l’on a trouvé un bouton, caché quelque part dans les réglages, tout est mis en œuvre pour dissuader l’utilisateur de procéder à la suppression de son compte. Ainsi, les applications proposent de plutôt « suspendre » le compte, soit de le rendre invisible mais avec la possibilité de revenir à tout moment. Pour guider vers ce choix, elles utilisent des boutons attractifs qui attire l’attention puisque les couleurs et la typographie est la même que pour les boutons importants dans le fonctionnement de l’appli. Enfin, l’utilisateur doit répondre à plusieurs questions pour confirmer qu’il est sûr de vouloir quitter son compte.

D’autres types de dark pattern comme celui-ci sont utilisés dans les applications, comme la mise en place d’une confidentialité douteuse, d’éléments pour détourner l’attention, de questions pièges ou encore de publicité à gogo affichée à l’écran pour souscrire à une offre premium.

Le persuasive design : la méthode des supermarchés

De la même manière que le dark pattern trompe l’utilisateur par le design, le persuasive design guide l’utilisateur vers des choix. Cette méthode implique notamment l’envoi de notifications à répétition pour informer du nombre de match, de crush ou autre reçu. Celles-ci indiquent également à l’utilisateur que son profil est en baisse de visibilité et qu’il faudrait donc retourner sur l’application. Mais le persuasive design, c’est aussi la demande d’inscription avant de pouvoir accéder au service de l’application.

Comme l’explique Xavier de La Porte, rédacteur en chef de rue 89, dans une chronique pour France Culture : « Tout ça (les processus du persuasive design, ndlr), ce n’est que l’adaptation à l’univers numérique de vieilles méthodes qui, pour certaines d’entre elles, ont été appliquées depuis longtemps, dans les supermarchés par exemple ».

Tinder, Badoo, Lovoo, Happn : leur design sont donc pensés pour créer une addiction afin que l’on reste le plus longtemps possible dessus. A la manière des supermarchés, les applications de rencontre sont donc conçues pour pousser l’utilisateur à la consommation.

Lauriane Pelao

 

 

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