ALTERNATIVES AU SYSTÈME ACTUEL

Les solutions imaginées par d’anciens livreurs à vélo

Ils ont travaillé avec des plateformes de livraison à vélo comme Take It Easy ou encore Deliveroo, mais n’ont pas adhéré à ce système. Bien au contraire : ils ont choisi de le quitter pour mieux lutter contre lui.

Clap75 : le collectif en colère qui lutte avec des actes

 

CLAP75 : PAR QUI ? POURQUOI ?

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui considèrent que les conditions de travail des livreurs à vélo sont déplorables. Aucune qualification requise, salaire précaire et un statut d’auto entrepreneur très controversé : autant de critères propres à l’ubérisation qui ont propulsés les mouvements contestataires contre ce système. « Fondé après une manifestation organisée en mars 2017, le Clap75 (NDLR : le Collectif des Livreurs Autonomes Parisiens) a pour but de réunir tout un tas de jeunes issus de divers collectifs militants », nous explique Jérôme Pimot, l’un des cofondateurs.

 

« Je pensais trouver dans la livraison à vélo une dimension sociale, mais je n’y ai trouvé qu’une dimension capitaliste. »

Jérome Pimot

Ancien livreur à vélo et fondateur du Clap 75

Les trois raisons qui ont poussé Jérôme Pimot a fonder le Clap75 :

Reconnaître et défendre à leur juste valeur les droits des livreurs à vélo

Combattre les plateformes basées sur un modèle d'ubérisation

Créer un collectif qui regroupe des jeunes militants engagés

UN COLLECTIF QUI PRÔNE L’ACTION

Aujourd’hui, les sympathisants impliqués dans les actions du Clap75 de Paris s’organisent et échangent grâce à une messagerie instantanée. Chaque semaine, ils se réunissent pour évoquer les problématiques qui les préoccupent ainsi que les actions qu’ils souhaiteraient mener. Pour se faire entendre, le collectif a déjà effectué des rassemblements, des manifestations, et des déconnexions (c’est-à-dire inciter les livreurs à ne pas se connecter aux applications des plateformes). Mais l’action la plus percutante selon Jérôme Pimot est celle qui prend le contre pied : la « déconnexion » de la part des restaurants. Ainsi, après avoir dialogué de nombreuses minutes avec les restaurateurs (sur les conditions sociales des livreurs notamment), ceux-ci se sont retirés de la plateforme. Acteurs à part entière de ce système, certains restaurateurs considèrent, à l’instar du collectif, que la situation nécessite un engagement de la part de tout le monde.

JÉRÔME PIMOT VOIT L’AVENIR DU CLAP75 BIEN AU-DELÀ DE PARIS 

Des collectifs du même type que le Clap75 s’étaient déjà constitués dans certaines grandes villes de France, pourtant il n’y en avait pas dans la capitale. Pour l’instant, son statut juridique n’est pas défini. L’objectif à long terme est de transformer ce mouvement en une association voire un syndicat relié à la CGT. Le Clap75 travaille au quotidien avec les autres collectifs de France, il rencontre des syndicats et ils mènent ensemble des actions collectives pour augmenter leur impact. Dans d’autres pays, la question des livreurs à vélo reste sensible. Jérôme Pimot voit plus loin, l’un de ses prochains défis est de définir une coordination internationale. Selon lui, la question des livreurs à vélo va au-delà des frontières françaises. Il espère pouvoir proposer un jour, un collectif à rayonnement européen.

Applicolis : la plateforme participative et coopérative

"Il y a un problème de statut"

par Florent Fournier

Applicolis est un logiciel dédié aux professionnels de la livraison à vélo. Cette plateforme est une alternative aux plateformes ubérisées. Elle a été créée par Florent Fournier (ex-livreur) et ses deux collaborateurs Vincent et Bastien. En tant que plateforme coopérative, elle place les livreurs en principaux décisionnaires. Pour leur permettre de jouer un tel rôle, Applicolis a tout prévu. Dans plusieurs grandes villes de France des collectifs de livreurs se réunissent et remplissent une sorte de grille composée de plusieurs critères pour renseigner leurs choix en terme de tarification, d’horaires etc. Un outil qui permet aux employés de la plateforme d’adapter l’application. Ces derniers n’ont, par ailleurs, pas leur mot à dire sur le mode de fonctionnement choisi par les livreurs des collectifs.

"C'est une alternative à l'ubérisation"

par Florent Fournier

Chez Applicolis, les prix des courses pour les consommateurs s’alignent avec les grands noms de la livraison à vélo. Mais puisque cette plateforme engagée ne prend pas de commission, grâce à cette concession, le coursier gagne plus. Aujourd’hui, Applicolis compte deux nouveaux membres dans ses rangs : Rupali, la chargée de la communication et Boris qui s’occupe de la structuration de l’entreprise au niveau national.

Actuellement, Applicolis est en train de fusionner avec Coopcycle…

« Nous voulions que Applicolis soit une application mobile qui appartienne aux coursiers, comme certaines sociétés appartiennent à leurs salariés. »

Florent Fournier

CoopCycle : l’application pour les consommateurs

Contrairement à Applicolis, Coopcycle est à l’usage des consommateurs. C’est une application de commande de nourriture en ligne qui ressemble en apparence à celles de Deliveroo, Foodora, Uber Eats etc. Néanmoins ses fondateurs se félicitent d’adopter un fonctionnement bien différent. Coopcycle espère défier les célèbres plateformes citées précédemment en devenant un concurrent important. Né fin 2016, grâce à la volonté et au travail d’une quinzaine de bénévoles, coursiers, et militants, l’application gère les commandes des restaurants et les courses des livreurs.

« Coopcycle est un objet social et politique. Avec cette coopérative, on a créé une alternative complète et efficace », explique Jérôme Pimot adhérent et cofondateur de Coopcycle. Et si cet ex-livreur engagé induit une notion sociale dans tout ceci, c’est aussi parce que l’un des buts de l’application est d’inviter les jeunes désocialisés à « reprendre fonction de leur capacité démocratique ».

À ce jour, l’enjeu principal de Coopcycle, selon Jérôme Pimot, est d’assainir la livraison par plateforme numérique. Une action qui prend du temps, car d’après lui l’assainissement du système passe par l’affaiblissement des plateformes. Et pour mettre en péril ces géants, il compte sur les actions menées par des collectifs comme le Clap75 et sur des alternatives constructives comme Applicolis et Coopcycle.

© 2017 ISCPA Toulouse