VIVRE OU SURVIVRE – WEBDOC PROSTITUTION

VIVRE OU SURVIVRE

SUR LE NET, DANS LA RUE, POUR LE PLAISIR OU POUR SURVIVRE ?

Ici, vous allez découvrir à travers quatre témoignages, les différents parcours, les choix de vies ou parfois, les obligations qui poussent à la prostitution sur internet.

Partez à la rencontre de Aydeen, escort de 21 ans, Catalya prostituée de 20 ans, June Charlot, médiateur en santé de l’association Grisélidis et enfin Bertrand*, policier de 45 ans au sein de la BRB (Brigade des Répressions du Banditisme) de Toulouse. Des témoignages poignants qui permettent une diversités de parcours, de vies et de buts.

* Les prénoms ont été modifiés.

Aydeen

Escort

Catalya

Travailleuse du sexe

« J’ai fait le choix du numérique plutôt que la rue car je suis un homme et que les trottoirs ne sont pas fait pour moi. Il n’y a pas d’hommes TDS dans la rue.   Je préfère miser sur la sécurité avec mon appartement, au moins je suis chez moi. »

« J’avais besoin d’argent facilement et rapidement, mais la vente de stupéfiant, il en était hors de question. Je me suis donc tournée vers la prostitution tout en sachant que je ne souhaitais absolument pas faire les trottoirs. »

Aydeen

« Si je devais définir ma profession actuelle, je me définirai comme escort, même si je n’aime pas vraiment m’attribuer de nom précis.

J’ai toujours été dans le milieu de la nuit et dans des bars j’étais serveur. Je fréquentais donc gens qui m’ont plus facilement incité à côtoyer ce milieu là.

J’ai déjà pensé à arrêter afin de me projeter sur une meilleure vie personnelle plutôt que professionnelle. Je compte arrêter quand j’aurais du travail, idéalement dans le secteur de la vente. »

Catalya

« Je suis ce qu’on peut appeler une travailleuse du sexe. Je vend mon corps pour de l’argent. Quand on est enfants, on ne rêve pas de ça, c’est sûr. Alors qu’aujourd’hui,  ma vision est complètement différente.

C’était il y a environ un an.  J’avais 17 ans et je venais tout juste d’avoir le bac. Je voulais commencer une formation à distance de décoratrice d’intérieur mais je viens d’une famille assez pauvre et cette formation était chère. Vu que je n’étais pas encore majeure, je ne pouvais pas travailler et  personne ne voulait embaucher une étudiante mineure sans expérience professionnelle.

J’ai déja songé à arrêter, des centaines de fois. On se dit toujours qu’il faut arrêter, que c’est une mauvaise chose ou que si nos proches venaient à l’apprendre, ils auraient honte de nous.« 

 Aydeen et Catalya font part de leur difficultés en tant que travailleurs et travailleuses du sexe sur le numérique. La prostitution de rue étant devenu trop dangereuse pour les jeunes, ils choisissent ces nouveaux moyens pour gagner en sécurité. Cet avis est également partagé par June, médiateur en Santé pour l’association Grisédélis. Pour lui, de nouveaux risques font leur apparition, différents de ce qui existe dans la rue, et sévissent avec le temps .

June Charlot

Médiateur Santé - Association Grisélidis

« Les clients ne sont pas les mêmes sur le net et dans la rue. Et n’exercent pas non plus les mêmes pratiques. Dans la rue, c’est très codifié. Les prestations ne durent que quelques minutes et les personnes ne s’embrassent pas, ne se déshabillent pas. Alors que sur le net, les gens vont vendre d’autres prestations que des prestations sexuelles et vont prendre leurs temps. Ça va au delà, et ça peut se résumer à de la séduction, à l’accompagnement au restaurant jusqu’au jeu de la petit(e)-ami-(e)… 

Pour le volet prévention, c’est beaucoup plus codifié dans la rue au niveau des préservatifs. Que ce soit pour une pipe ou pour une passe, ça va se passer avec capote. Ce qui n’est pas le cas sur le net. Il est donc plus facile d’intervenir dans la rue car c’est du domaine public. En plus, les personnes qui travaillent dans la rue sont souvent entourées de collègues et sont plus au fait des risques contrairement à Internet, où elles sont beaucoup plus isolées. » 

 

« La majorité des personnes qui se prostituent ne travaillent pas dans la rue. Le contexte, l’anonymat, la peur des agressions… Toutes ces choses motivent à passer par le net. Mais je ne pense pas qu’il y ait moins d’agressions sur le net que dans la rue, je n’aurai pas de chiffres…

Dans la rue, il y a à la fois des personnes qui perdraient en autonomie en passant sur Internet car elles devraient demander à des tiers de s’occuper de leurs annonces,  ou de payer des gens pour le faire, et donc avoir le risque de peut-être être soumise à des conditions de proxénètes. D’autre part, certains disent qu’ils ne travailleraient  jamais via Internet car ils ont besoin de voir les personnes dans les yeux avant de monter. Et à l’inverse, certains ayant commencé sur internet auraient trop peur d’aller dans la rue. »

 

June nous explique que certains et certains travaillent de manière différentes entre la rue et le numérique. Certains pensent perdre en autonomie en passant sur Internet, d’autres encore pensent qu’Internet garantie une forme de sécurité qui n’existe pas dans la rue. Bertrand, agent de la BRB de Toulouse, parle en toute simplicité de la différence qui règne entre des travailleuses du sexe qui souhaitent payer leur études, et des travailleuses immigrées qui, grâce à l’argent gagné, peuvent vivre confortablement pendant des mois dans leur pays.

Bertrand*

Agent de la BRB (Brigade de Répression du Banditisme)

* Les prénoms ont été modifiés.

 

« Les prostitués fonctionnent de différentes façons. Certains ne prennent que deux ou trois clients parce qu’ils veulent se faire de l’argent pour payer leurs études, et d’autres font plus de clients et sont très à l’aise financièrement.

Pendant un temps, la police aux frontières voulait poursuivre les prostitués qui travaillent au black notamment pour les travailleurs(e.s) immigrés(e.s) qui venaient en France et qui ne se déclaraient pas. 

On a déjà eu des étudiantes infirmières ou en droit qui travaillaient pendant un mois et l’argent qu’elles avaient gagné leur servait à vivre dans leur pays d’origine pendant 6 mois au vu des différences de niveaux de vies. » 

 

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