Précarité, anxiété… De quoi bien commencer l’année pour les étudiants

TBS Education
TBS Education, école de commerce toulousaine ©Louane Jean

Tout le monde le dit, les politiques, les psychologues, les experts : les jeunes, et plus précisément les étudiants, sont les grands oubliés de la crise sanitaire. Précarité, anxiété, dépression, quel est l’état des lieux post-covid pour les étudiants toulousains en ce début d’année 2022 ?

Un léger brouhaha se fait entendre en passant le pas de la porte de la TBS Education, une grande école de commerce toulousaine. Les étudiants sont présents, certains marchent rapidement pour rejoindre leurs cours quant à d’autres, ils discutent par petits groupes çà et là. Au détour d’un couloir, un groupe de jeune composé de quatre garçons et deux filles sont assis sur une rangée de chaises. Malgré leur nombre, pas un bruit. Ils sont tous emmitouflés jusqu’au cou, le regard fixé sur l’écran de leur téléphone. L’ambiance à l’air morose, mais il suffit d’entamer la discussion pour que les sourires se dessinent derrière les masques et que les dos se redressent, attentifs.

Première question, comment se sentent-ils vis-à-vis de la crise sanitaire. Le consensus est général : « Le Covid, si on pouvait ne plus en parler, ce serait cool. On est en 2022, je veux qu’il reste en 2021 et que cette année, ce soit notre année. », affirme Anna, une des deux jeunes filles. Plusieurs rires s’élèvent parmi les garçons, mais elle rajoute : « Je suis motivée à bien commencer l’année, mais avec ce temps pourri et le protocole sanitaire qui change tous les deux jours, j’ai du mal à garder cette motivation. C’est déprimant… ». Ses dires sont ponctués de hochements de tête. Ils font écho à la récente enquête menée par la mutuelle jeune HEYME. Elle indique que six étudiants sur dix affirment éprouver régulièrement de la tristesse et que près d’un sur deux traverses des phases de déprime.

Un constat alarmant

Bénédicte Hallard, responsable de la prévention santé (addiction, santé sexuelle, bien-être physique et mental) pour le service interuniversitaire de médecine préventive et de promotion de la santé (SIMPPS) dit ne pas être étonnée par ces chiffres. Ce service médical et social est entièrement dédié aux universités toulousaines et possède trois centres de santé sur les campus des universités Toulouse Capitole, Toulouse – Jean Jaurès et Toulouse III – Paul Sabatier. « Nous n’avons pas encore les statistiques pour mettre un chiffre sur cette augmentation, mais il y en a une, c’est indéniable », indique Bénédicte Hallard.

La demande était telle, que le SIMPPS a dû recruter des psychologues et assistants sociaux à la suite de la pandémie. Malgré du personnel en plus, l’attente pour les rendez-vous reste la même, ce qui témoigne d’un réel besoin. « Comme la liste s’allonge, il a fallu trouver des solutions et ça passe par la formation du corps enseignant et des élèves », annonce Bénédicte Hallard, avant d’énoncer ce qui a été mis en place. Des codes pour avoir un accès gratuit à une application antistress ont été offerts aux étudiants. Certains élèves et membres du personnel des universités, comme les secrétaires, ont reçu la formation sentinelle qui a pour but de repérer les étudiants aux paroles ou actions, qui s’accorderaient avec un comportement dépressif ou suicidaire, pour alerter le SIMPPS et venir en aide à l’étudiant.

Rester optimiste

Deuxième question pour Anna et ses amis, comment se sentent-ils en ce début d’année 2022. « Franchement, pour le moment, ça va, au travail ça va et les études ça va aussi donc j’ai pas à me plaindre », répond Sied, assis à côté de la jeune femme. Selon eux, il est encore trop tôt pour dire si cette année sera la bonne. Au fil de la conversation, les corps, stoïques quelques minutes auparavant, sont désormais en mouvement sur les chaises. Il en va de même pour les voix, absente il y a peu, mais maintenant le débat fait rage. « Il a raison, il faut rester positif ! On est encore qu’en janvier si on commence déjà à déprimer, on est mal barré », s’exclame la seconde jeune fille.  

De plus, Bénédicte Hallard informe que ces problèmes de santé mentale ne datent pas d’aujourd’hui et remonte avant le début de la pandémie. « C’est en 2029 quand des collègues de Bordeaux ont sorti l’étude I SHARE sur la santé mentale des jeunes. Je me suis réellement demandée ce qu’il se passait pour avoir des chiffres aussi graves. », s’inquiète-t-elle. Et dans le but de comprendre ce mal-être des étudiants, elle a demandé à des master 2 en psychologie de faire un mémoire sur la question : « Pourquoi les jeunes vont-ils si mal ? » 

En attendant le résultat, si vous n’allez pas bien et que vous avez besoin de parler la Nightline est à votre écoute. SOS suicide ou d’autres association sont aussi présente, n’hésitez pas. 

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