Culture : quand l’informatique se met au service de l’art

Charles Giulioli, artiste numérique unionais, nous explique les processus et les enjeux de cet art 2.0.
Charles Giulioli, artiste numérique unionais, nous explique les processus et les enjeux de cet art 2.0. ©LucasLaberenne

Oeuvres génératives, infographies, ou estampes numériques, il est aujourd’hui difficile d’ignorer la part du web dans le monde de l’art. Aussi bien vitrine qu’outil, l’informatique est désormais capable de supplanter pinceaux et galeries. Réel intérêt ou nouvelle faille pour la spéculation ? Charles Giulioli, artiste numérique unionais, nous explique les processus et les enjeux de cet art 2.0.

En quelques clics le programme est lancé. Sur l’écran, dans un rectangle blanc dimensionné sur commandes, des formes apparaissent. Cercle rouge, ligne verte, silhouettes obliques, le programme façonne en temps réel et de manière aléatoire les pensées de Charles Giulioli, artiste toulousain spécialisé dans la création numérique depuis maintenant huit ans. Dans l’atelier qu’il s’est construit au sous-sol de sa maison, l’artiste de 67 ans nous explique le fonctionnement de ses créations : « Pour mon travail, j’utilise un logiciel que j’ai crée. Il répartit de manière aléatoire des formes que j’ai préalablement enregistrées. Elles se placent ou elles veulent. Ensuite, par des essais, des suppressions et des ajouts, c’est à moi de construire l’oeuvre que je souhaite ». Une fois achevée, Charles Giulioli imprime son art pour l’exposer en galeries, ou alors le transmet pour l’afficher sur des écrans d’aéroports ou de bâtiments publics.

« Non les oeuvres numériques ce n’est pas juste laisser faire la machine »

Ancien ingénieur, peintre reconverti, c’est lors d’un séminaire sur l’art et les mathématiques que Charles Giulioli s’intéresse à l’art numérique. Piqué par ce nouveau monde, l’artiste prend vite goût à cette fusion entre art et sciences. « Ce qui est fascinant, c’est que l’on peut tout faire avec l’informatique. Mais ce n’est qu’un outil. Non les oeuvres numériques ce n’est pas juste laisser faire la machine, il y a l’artiste derrière qui a une réelle intention. Je n’ai encore jamais réussi à simplement lancer le programme et a être satisfait du premier coup », explique-t-il.

Dans le numérique, Charles Giulioli a trouvé une forme de juste milieu entre intention créative et harmonie mathématique. « Avant, en peignant, lorsque je souhaitais faire un mouvement au hasard, je n’arrivais jamais à atteindre le vrai mouvement purement indépendant de ma personne. J’avais la sensation d’une simple habitude. Les mathématiques, le code, mes programmes, ont réussi à m’apporter ce besoin », décrit l’homme avec minutie.

Art et NFT, entre accessibilité et spéculation

Les NFT (Non-Fungible Token), est un certificat de propriété sur un élément pouvant être immatériel. Vulgairement, il s’agit de posséder le titre unique de possession d’un bien (art, jeux vidéo, document…). Sa vente, son achat et son relais, sont gérés via les monnaies numériques (bitcoin, ether..), on nomme alors ce fonctionnement blockchain ERC (Ethereum Request for Comment). Un NFT peut ainsi être enregistré et échangé à la manière d’une cryptomonnaie.

Paradoxalement, le monde de l’art est un milieu où l’intérêt artistique se fait rare

Charles Giulioli

D’après une étude Chainalysis relayée par le Financial Times, 40 milliards de dollars ont été dépensés en 2021 dans l’achat de ces actifs numériques. Et ils s’emparent dernièrement du monde de l’art numérique. Récemment, le rappeur Eminem a investi 450 000 dollars dans une oeuvre des Bored Ape. Un milieu d’investissement donc grandissant, à la spéculation intensive. « Vendre un titre de possession en plus de l’oeuvre, c’est interessant économiquement pour les artistes. Notamment ceux qui n’ont pas trop de moyen, les NFT peuvent devenir de merveilleuse campagnes participatives, car l’on peut posséder ce qui n’existe pas encore. Mais je trouve que l’on s’éloigne de l’art au profit d’une économie pure. Paradoxalement, le monde de l’art est un milieu où l’intérêt artistique se fait rare”, décrit Charles Giulioli.

Pour lui, l’expérience NFT n’est donc qu’expérimentale pour l’instant. “En ce moment, je réfléchis à incorporer des vidéos dans mes oeuvres, et je souhaite également démarcher plus d’entreprises. Je ne pense pas vraiment me lancer pleinement dans le marché des NFT, j’ai envie de voir mon travail exposé concrètement et publiquement“, conclue-t-il.

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