Quand l’histoire a influé sur la population toulousaine

Quand l’histoire a influé sur la population toulousaine

Vue aérienne de Toulouse en 1977
Vue aérienne de Toulouse en 1977. Crédit : CC-BY SA 4.0 par André Cros

Depuis sa création, l’évolution démographique de Toulouse n’a pas toujours été toute rose. Entre les épidémies, les inondations, les incendies et les différentes guerres, le chef-lieu du Languedoc a connu une évolution en dents de scie. Malgré tout, la capitale française de l’aéronautique peut se targuer de faire partie des villes de France les plus influentes. 

Avant de débuter, il est important de rappeler que tous les chiffres de la population sont ceux de la population intramuros. Cependant, le tracé de la ville a évolué au cours des années, certains quartiers ne faisaient pas encore partie de la cité, d’autres n’y sont plus. Par ailleurs, il est bon de noter que la démographie toulousaine n’est pas une science sure. Il n’existe que peu de données pour déterminer avec précision le nombre d’habitants de Toulouse sous l’Ancien Régime. Beaucoup d’estimations et d’études ont été faites grâce à des écrits de 1695, ou encore de marchands provenant d’autres pays.

Un malheur ne vient jamais seul

Alors qu’elle était la quatrième ville du royaume à cette période, la population toulousaine va soudainement décroître. Elle va alors passer de plus de 30 000 habitants à quelque 18 000. Comme maudite, plusieurs événements vont se succéder dans la ville rose. De nombreuses crues printanières viennent détruire les ponts de la ville, des incendies ravages continuellement le centre ville et une politique antisémite est lancée par le roi de France, Philippe le Bel, à ce moment là. Un peu plus tard, une crise fait rage, l’agriculture du Lauragais ne parvient plus à subvenir aux besoins de la population. Alors le blé est importé d’Italie et d’Espagne (royaume d’Aragon). 

Mais la malédiction ne s’arrête pas là. En 1337, la guerre de Cent Ans débute. Une guerre qui viendra opposer les royaumes d’Angleterre et de France. Même si le Languedoc n’est pas directement touché par ce conflit, il viendra tout de même livrer des hommes et de l’argent à la France. Mais les défaites françaises, et notamment celle de Jean de Normandie dans le Lot-et-Garonne, permettent la rapide avancée des troupes anglaises dans l’Hexagone. Elles rapprochent irrémédiablement Toulouse du conflit. Le roi de France, Jean le Bon, est capturé et la Ville rose se doit désormais de participer à l’effort de guerre. Le Languedoc est définitivement à feu et à sang

Mais comme toute bonne histoire, le malheur ne s’arrête jamais. Et quand ce n’est pas les Hommes qui déciment les populations, la nature s’en occupe. En 1347, l’épidémie de peste noire portera le coup fatal. 

D’une richesse infinie à la décadence

Malgré les mésaventures, la capitale du Languedoc progresse rapidement. Sa population remonte à près de 50 000 habitants, notamment grâce à l’essor et l’âge d’or du pastel à partir de 1463. La culture de cette plante dans la région Toulousaine connaît une grande prospérité grâce au commerce. Les pastelliers sont les plus grandes fortunes du royaume. La draperie de luxe couvre la ville d’or et d’argent. 

Pierre d’Assézat fait d’ailleurs partie de cet âge d’or et a même laissé sa trace dans la ville en construisant l’hôtel d’Assézat au centre de la ville. À deux pas de la place Esquirol, il abrite aujourd’hui le musée de la Fondation Bemberg. Une bâtisse classée monument historique en 1914

Un âge d’or éphémère, car après la montée en puissance de la Ville rose, une période de stagnation se fait ressentir pendant près de deux cent ans. La découverte et l’importation de l’indigo viennent détruire le commerce du pastel. Alors que la teinture bleutée du pastel était la seule à pouvoir être produite en Europe, les colonies du Nouveau Monde puis de l’Inde ont importé l’indigo, une nouvelle teinture qui supplante le luxueux pastel. L’économie toulousaine est alors détruite

Mais cette phase de stagnation s’explique aussi par les grandes famines qui traversent le pays. Alors que Toulouse était déjà en forte surmortalité, la grande famine de 1693 n’aide pas. Le prix des céréales s’emballe, celui du blé augmente de 217 %, ce qui engendrera des émeutes. S’ajoute alors l’hiver 1693-1694 qui fît 1 300 000 morts en France. Bis repetita en 1709, entrainant 600 000 personnes avec elle. Une crise financière se mêle au débat, le prix des céréales est alors multiplié par six, voire dix dans certaines régions. Pendant ce temps, les catholiques et protestants sont rentrés en conflit en France, les guerres de Religion du XVIe siècle font rage avec des massacres dans Toulouse. 

In fine, c’est une population toulousaine fragilisée qui se dirige tout droit vers un des épisodes les plus important de France : la Révolution française

De la révolution aux deux guerres Mondiales

Si au départ, Toulouse n’est que spectatrice de la prise de la Bastille, il n’a pas fallut attendre longtemps avant que les retombées de cet événement se fassent ressentir dans la capitale du Languedoc. Alors que le régime est aboli, les parlementaires et les capitouls luttent pour conserver leurs privilèges. Mais la population toulousaine n’en a que faire et ne les soutient plus. 

Les capitouls, ou littéralement « seigneurs du chapitre », sont les membres élus du capitoulat, le Conseil municipal toulousain. Des magistrats élus chaque année par les différents quartiers de la ville. Ils avaient des pouvoirs administratifs, judiciaires et militaires. Une fonction abolie après la Révolution Française. 

Joseph de Rigaud devient alors le premier maire de Toulouse, élu le 28 février 1790. Après une période d’instabilité qu’on ne présente plus, la ville ne se dote pas d’industries. Elle ne connait pas la révolution industrielle que d’autres villes ont eu pendant le XIXe siècle. Très en retard, quelques poudreries, et des innovations industrielles autour de la Garonne émergeront, mais rien d’exceptionnel. 

Ce n’est qu’en 1856 qu’une explosion démographique va avoir lieu. La construction et l’ouverture de la gare Matabiau marquent un tournant dans l’histoire de la Ville rose. Elle est maintenant reliée directement à la capitale. Dès lors, les aménagements se multiplient dans le centre-ville : la place du Capitole est terminée, les grandes artères, comme la rue d’Alsace-Lorraine ou la rue de Metz, sont créées. La ville prend la forme qu’on lui connaît aujourd’hui, laissant derrière elle son architecture moyenâgeuse. 

Toulouse continue son ascension malgré les deux Guerres Mondiales. L’exode rural et les vagues successives d’immigrés fuyant les régimes fascistes amènent Toulouse à 200 000 habitants en 1920. La Première Guerre Mondiale pousse la ville à s’industrialiser rapidement : chimie, poudre, aviation… Elle devient alors, en 1963, la capitale française des activités aéronautiques et spatiales. Date à laquelle 323 700 habitants se sont installés dans la ville rose. 

Industrialisation de Toulouse pendant la Première Guerre Mondiale. Crédit : CC BY-SA 2.0

Toulouse un statut de quatrième ville de France confirmé

La fin de la Seconde Guerre Mondiale marque le début des Trente Glorieuses. Elle devient alors l’une des grandes métropoles françaises les plus actives en mai 1968 grâce à sa population étudiante. Métropole à vocation européenne et mondiale, l’agglomération toulousaine repasse devant celle de Bordeaux, Lille ou encore Nice. Avec une croissance estimée à +15 000 habitants par an, elle s’inscrit alors dans les agglomérations françaises de plus d’un million d’habitants, avec 1 360 000 habitants en 2017. Intramuros, elle peut compter sur ses 487 000 habitants, un nombre qui la place à la quatrième place des plus grandes villes de France, derrière Paris, Marseille et Lyon, respectivement première, deuxième et troisième sur le podium. 

Tout au long de son histoire, Toulouse a toujours eu du mal à se créer une population prospère. Désormais, c’est une ville qui connaît un essor continu, à moins qu’une épidémie (bonjour Covid-19) ne vienne bousculer une nouvelle fois sa croissance démographique… 

Sources : Insee, OpenData d’Occitanie, Annales de la ville de Toulouse, HES de Pascal Laffont, 1998, p455-478, Histoire de la population française tome II, J. Dupâquier, Toulouse, et différents écrits de J. Coppolani.

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