“Should I stay or should I go”, le dilemme des étudiants partis au Royaume-Uni

“Should I stay or should I go”, le dilemme des étudiants partis au Royaume-Uni

A Bath, les étudiants venus de l'étrnager suivent leurs cours à distance à cause de la pandémie - Crédits Charlotte Salat 2021
A Bath, les étudiants venus de l'étrnager suivent leurs cours à distance à cause de la pandémie - Crédits Charlotte Salat 2021

Partis au Royaume-Uni, ces étudiants espéraient apprendre et profiter d’une culture nouvelle. Mais avec le covid, ils sont confinés dans leurs chambres universitaires ou de retour chez eux. Et le Brexit n’arrange rien pour ces jeunes en quête de percpectives.

“Should I stay or Should I go”, un classique du groupe mythique The Clash originaire d’Angleterre. La même île que de nombreux étudiants ont choisi de rejoindre dans le cadre de leurs études cette année. Mais le covid est passé par là et le rêve Erasmus s’est transformé en casse-tête, voir en déception. Pourtant, ce devait être eux les chanceux, les derniers à profiter d’Erasmus. En effet, après des années de tergiversations, le Royaume-Uni et l’Europe ont officiellement divorcé, la maladie n’arrangeant évidemment rien. Le programme européen destiné aux étudiants semble ne plus avoir d’avenir outre-manche. Le covid fait perdre le goût dit-on, pourtant ces étudiants l’ont amer. A Bath, ville du sud-ouest de l’Angleterre, des jeunes venus de l’étranger font face aux multiples complications et aux incertitudes.

Le Royaume-Uni sous cloche

David est originaire de Californie aux Etats-Unis. Muni d’un diplôme qu’il a obtenu au Texas, il a prit la direction de Bath afin d’obtenir un master en science de l’informatique. “J’avais le choix entre plusieurs universités mais Bath semblait vraiment intéressant pour ce que je voulais faire. Et puis la ville semble avoir la meilleure réputation auprès des employeurs”. Douze heures d’avion pour venir faire de l’informatique et dans ce domaine, il a été servi.

La chambre universitaire de David – Crédits David O. 2021

Depuis sa chambre universitaire, il suit les formations à distance, sur son ordinateur. “Ce matin j’avais un cours, et après j’en ai un autre à 16h”, précise-t-il. Difficile donc pour lui de rentrer dans son pays, le décalage horaire rendrait le suivi des cours bien trop laborieux. “Et puis il y a le prix du billet d’avion et j’espère trouver un travail ici.” Mais pas de quoi le démoraliser pour autant. “Devant un “vrai” prof ça serait mieux, mais après je suppose que vu que les cours sont enregistrés je peux regarder autant de fois que je veux.”

Un avantage qu’a également découvert Grégoire. Étudiant à l’université Jean-Jaurès à Toulouse, il a suivi les cours dispensés par la faculté de Bath, à distance. « C’est presque une nouvelle manière d’apprendre », note-t-il. Il vivait initiallement dans une résidence unviersitaire en centre-ville de Bath. Mais plutôt que de rester en Angleterre, il a fait le choix d’étudier depuis la France. Il était rentré pour les fêtes de fin d’année mais a décidé de prolonger son séjour, à l’annonce du confinement. “Le couvre-feu en France ça me dérange moins alors qu’en Angleterre, y’a le confinement et je sais pas jusqu’à quand ça va durer.”

Emma aussi est rentrée mais elle a déjà terminé son cursus en Angleterre, qui ne durait qu’un trimestre. Elle a dû néanmoins suivre les cours à distance pendant les deux dernières semaines.Elle étudie à Copenhague le marketing interculturel. Pour les fêtes de fin d’année, l’étudiante de 22 ans est allée voir sa famille. Elle rentre ensuite en Angleterre, où elle retrouve ses colocataires, seulement pour apprendre que le pays va rentrer dans un confinement national. “C’était très stressant”, confie-t-elle. “Le gouvernement danois est plutôt strict, notamment avec le variant anglais. J’avais peur de devoir attendre longtemps avant de pouvoir rentrer au Danemark. » 

« Brexit sucks »

Voilà ce qu’en pense Emma. Elle savait qu’elle voulait aller au Royaume-Uni depuis un moment, bien consciente de l’avantage du programme Erasmus qui allait arriver à sa fin. “J’ai des amis qui vont aux Etats-Unis, c’est beaucoup plus difficile, notamment avec les visas. J’ai une amie qui veut partir en Écosse bientôt et honnêtement, je ne sais pas comment ça va se passer pour elle”. Pour ces étudiants qui rêvaient de nouvelles frontières, les incertitudes s’accumulent. Erasmus, ce n’est pas seulement des études, c’était l’espoir d’un brassage entre les étudiants dans l’idée d’une unité européenne.  Un aspect qui a maintenant quasiment disparu. “J’ai pu rencontrer des colocataires dans les chambres universitaires mais c’est tout.” Avec la fermeture des commerces ainsi que des fameux “pubs”, découvrir la culture locale devient plus que fastidieux. “Ce que je regrette aussi, c’est de ne pas avoir eu l’opportunité de rencontrer les habitants, les commerçants, etc.” explique Emma. “En mars, quand le covid a vraiment frappé, je me demandais “Est-ce que je vais pouvoir aller dans l’université qui m’a déjà acceptée?” « , se souvient l’étudiante. Difficile, au début de la pandémie, d’évaluer l’impact, la gravité et la durée de la maladie.

Avec la pandémie, les étudiants peuvent seulement profiter des rues et de l’architecture de Bath lors de courtes ballades – Crédits Charlotte Salat 2021

Moins de rencontre, c’est aussi ce qui manque à David. “On peut plus rencontrer des gens sur les bancs des amphithéâtres par exemple.” A l’inverse de cet américain, de nombreux étudiants sont rentrés chez eux, renforçant le sentiment de solitude. “Je suis totalement isolé. Je sors pour me balader ou alors faire mes courses, c’est tout.” Lui, est moins impacté par la décision du Brexit mais estime que la situation est dommage, notamment pour l’économie du pays.

Un avis partagé par Grégoire. “J’espère qu’ils vont mettre en place un nouveau système d’échange universitaire” avance l’étudiant, “ça reste important de créer des liens comme ça”. Intéressé par la politique et les relations internationales, qu’il est venu étudier à Bath, celui-ci ne cache pas son inquiétude. « Ça rajoute des incertitudes en fait. C’est dur d’envisager l’avenir même à deux semaines. Mais bon, on va bien voir”.

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