Les musiciens toulousains s’adaptent aux restrictions sanitaires pour continuer à jouer leurs mélodies

Les musiciens toulousains s’adaptent aux restrictions sanitaires pour continuer à jouer leurs mélodies

Le Neko Light Orchestra fédère près de 800 utilisateurs au total par session diffusée en direct sur Twitch. Crédits : Noémie Bouisset
Le Neko Light Orchestra fédère près de 800 utilisateurs au total par session diffusée en direct sur Twitch. Crédits : Noémie Bouisset

Les salles de spectacles sont fermées depuis décembre dernier, mais les musiciens n’en sont pas découragés. Certains s’adaptent et continuent tout de même à jouer, en ligne ou en ville, à distance.

Le son de la musique jouée à quelques pas à peine. Le pianiste penché sur son instrument joue des airs de Téléphone de Lady Gaga. À un mètre de lui, la voix de la chanteuse complète la mélodie. Une reprise acoustique dans le cadre intime et chaleureux de leur studio. Mais chacun a devant lui, sur son pupitre, un écran avec les interactions de leurs auditeurs. Autour d’eux, quatre caméras immortalisent la session « Piano bar » et la diffusent en direct. Les écrans connectés affichent le serveur Twitch où presque 200 utilisateurs visionnent en même temps la prestation des musiciens.

Le Neko Light Orchestra a lancé depuis le 14 septembre une chaine d’actuellement presque 13 000 abonnés avec des émissions musicales quotidiennes. Le groupe reprend généralement des chansons de bandes originales d’univers comme Harry Potter, Game Of Thrones, Le Seigneur des Anneaux, ou bien d’animes variés. « Le monde actuel a changé la manière d’appréhender la musique. Il y a beaucoup de choses à faire dans les cultures de l’imaginaire en ligne. Donc on s’est lancés dans l’aventure du streaming », confie le pianiste Nicolas Chaccour, surnommé Neko Nico, producteur du Neko Light Orchestra. « Nous sommes des musiciens avec des univers différents, ajoute-t-il, donc on a monté un programme d’une émission par jour par rapport aux envie des uns et des autres. C’est un peu comme notre chaine Télé ! »

À quelques rues de leur studio s’est lancée une autre initiative courant janvier. Art at home consiste à faire intervenir un musicien dans sa rue ou dans son jardin. Marion Tiberge, violoncelliste, a ainsi pu jouer pour des groupes de personnes ayant réservé la prestation pour des anniversaires, des surprises ou simplement pour leur plaisir personnel. « Ce n’est pas parce que les salles sont fermées qu’on reste immobiles. C’est super symbolique de jouer dans la rue, même à distance. C’est une façon de se manifester », déclare-t-elle.

Différentes manières de toucher son public

La digitalisation de la musique est une des manières de réinventer à distance le rapport au spectateur. « Le public est avide de culture » commente Saturne, chanteuse dans le groupe du Neko Light Orchestra. En plus de la musique, les musiciens suivent en direct les commentaires des internautes et interagissent entre chaque chanson, pour garder contact avec eux. « L’interaction est bizarrement plus intime, précise Saturne, on a toujours été proches des gens qui nous suivaient mais maintenant on les connait mieux parce qu’on voit qui commente, comment ils nous suivent, on interagit directement avec eux. »

Crédits : Noémie Bouisset

Un internaute bassiste/choriste surnommé Altered, qui suit l’évolution du groupe depuis quelques années, commente que « le problème du direct en ligne, c’est la fracture avec les gens d’un point de vue matériel. Le concert en présentiel, on s’asseoit et on regarde. Sur twitch, on est dépendant de son propre « setup » pour profiter de la musique ». Mais il nuance, « retransmettre les concerts en ligne est une bonne idée. Puis le rapport au public n’est pas le même. Sur scène, on a une foule qui applaudit mais généralement c’est un truc flou. Là ce n’est pas une foule, c’est chaque personne qui a son pseudo, qui donne son avis personnel, individuel ».

Pour les concerts en présentiel, l’intimité est aussi omniprésente. « Il y a un truc assez magique qui se passe. Dans les salles de spectacle, en jouant avec un orchestre, il y a quelque chose de protocolaire. Là c’est plus spontané, personnel et intime. On perçoit complètement ce que ressentent les personnes parce qu’elles sont super proches. Donc quand elles sont touchées de voir de la musique de près comme ça, ça m’émeut énormément » précise Marion Tiberge.

Certains musiciens renouent les liens avec la musique

Bien que ces différentes solutions ne puissent pas subvenir complètement aux besoins des musiciens, elles nourrissent leur passion. Pour la violoncelliste, « La musique, ça consiste à se nourrir les uns des autres, et là je me sentais un peu asséchée. Pour moi, même si le digital permet beaucoup de choses, ça reste aseptisé. Là je trouve un plaisir à jouer en créant pour ces gens des moments de joie et d’interaction ». Actuellement en pause, la seconde édition d’Art at Home reprendra au printemps avec d’autres musiciens.

Crédits : Noémie Bouisset

Au studio du Neko Light Orchestra, transmettre en direct a permis la même joie. « J’ai retrouvé un plaisir à jouer au piano », avoue Nicolas Chaccour. Non loin de lui, Saturne ajoute aussi que « ça apprend le métier sous une autre forme, avec une certaine rigueur, discipline, et exigence, parce que c’est en streaming. Ça peut toucher beaucoup plus de personnes. Et en même temps, quand on joue, on les soupçonne ces gens, sans les voir. C’est comme si on jouait dans notre chambre ». Pour le groupe, les projets se multiplient avec l’interface de streaming. Avec la reprise des concerts, ils continueront à se produire aussi en ligne. « C’était la pièce manquante, adaptée à notre groupe varié, conclut Nicolas Chaccour, mais le message c’est que les artistes continuent à s’ouvrir vers les autres, et chacun aura sa manière de faire. »

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