Enquête pour viol : des éléments compromettants pour Darmanin ont été révélés

Enquête pour viol : des éléments compromettants pour Darmanin ont été révélés

Ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin fait l'objet d'une enquête pour viol. - Crédits : CC BY 2.0 / Jacques Paquier
Ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin fait l'objet d'une enquête pour viol. - Crédits : CC BY 2.0 / Jacques Paquier

De nouveaux éléments dans l’enquête pour viol visant le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, ont été révélés ce mercredi par nos confrères de Médiapart. Parmi eux, un échange de SMS qui fragilise la défense de l’homme politique.

Ces nouvelles révélations risquent de faire frémir le ministre de l’Intérieur et ses avocats. Classée sans suite une première fois en février 2018 puis réouverte en juin 2020, une plainte de Sophie Patterson-Spatz à l’encontre de Gérald Darmanin fait aujourd’hui l’objet d’une enquête pour « viol », menée par la juge d’instruction Mylène Huguet.

L’homme politique est soupçonné d’avoir usé de son pouvoir en mars 2009 pour obtenir de la femme, alors militante UMP, des faveurs sexuelles. Des accusations auxquelles le ministre s’est toujours défendu en qualifiant leur relation de « consentie ». Pourtant, avec les nouvelles révélations de Médiapart, une toute autre version des faits est en train de se dessiner.

Une soirée, deux versions

Les auditions chez les juges, de Gérald Darmanin et Sophie Patterson, se révèlent diamétralement opposées. A commencer par leur dîner, au restaurant parisien « Chez Françoise ». Les deux concernés ne se connaissent que très peu. Lui, 26 ans, alors conseiller municipal de Tourcoing, promet à l’adhérente du parti de droite de l’aider dans un dossier judiciaire qui la tracasse depuis des années.

« Il m’a dit qu’il allait me présenter Nicolas Sarkozy (…), qu’il allait m’aider », raconte Sophie Patterson à la juge. Mais à la fin du repas, l’étoile montante de l’UMP aurait saisi la main de la femme de 37 ans, avant de lui glisser : « Vous aussi, il va falloir m’aider ». Elle se dit alors « dévastée ». Lui, dément et assure qu’elle se serait volontairement assise à côté de lui pour mettre sa main « sur les genoux, les cuisses et sur les parties intimes » de l’actuel ministre, rapporte le média d’investigation.

La soirée se serait ensuite poursuit au club échangiste Les Chandelles, avec ou sans le consentement de Sophie Patterson selon les versions. Elle fait « le maximum pour l’éviter », témoigne-t-elle. « Elle n’a pas cherché à m’éviter. Nous nous sommes embrassés et elle m’a dit qu’elle avait envie de moi », conteste-t-il au juge.

La militante assure lui avoir ensuite dit qu’elle voulait rentrer chez elle mais Gérald Darmanin dément une fois encore, affirmant qu’elle lui aurait « proposé d’aller à l’hôtel ». Là-bas, ils ont un rapport sexuel. Sophie Patterson explique au juge s’être « mise ailleurs », « en mode automatique ». Il la décrit comme entreprenante, pleine d’assurance.

Le lendemain matin, « avant de partir de la chambre d’hôtel, je lui ai demandé si c’était que moi, et il m’a répondu que cela lui lui était déjà arrivé. Là, j’ai halluciné », déclare-t-elle. Ce à quoi le ministre de l’Intérieur rétorque « Ceci n’a pas existé ».

Des SMS compromettant pour le ministre

Dans son expertise, la psychologue chargée de l’affaire analyse : « Il semble que Monsieur Darmanin Gérald n’ait pas su entendre le non-désir de Madame Patterson Sophie, puisqu’à aucun moment a priori, il ne l’encourage pas à partir mais bien au contraire insiste à plusieurs reprises pour l’entraîner dans une spirale de soumission et d’obéissance, avec un contexte de fragilisation de Madame Patterson Sophie, dans une dimension de quête désespérée d’innocence ». Or, à en croire l’échange de SMS révélé par Médiapart, ce supposé abus de pouvoir ne va pas s’arrêter à cette seule soirée.

À trente-six reprises, pendant des mois durant, Gérald Darmanin va submerger de messages la femme de 37 ans. Il désire la revoir. Elle lui répète pourtant qu’elle n’en a pas envie. En voici un bref aperçu :

Le 27 octobre 2009 :
– Libre pour prendre un verre ? Gérald.
– Ne me contactez plus !!!!

Le 4 novembre 2009 :
– Bonne nuit à toi. Gérald.
– Oublie mon numéro !
– Ok, mais prenons un dernier verre.

Le 16 décembre 2009 :
– So, en cette fin d’année, acceptes tu de boire un verre ce soir ?
– Abuser de sa position ! Pour ma par cet être un salle con !!!! Surtout quand on et dans la peine , la politique te correspond bien !!! Quand ont sait l, effort qu, il ma fallu pour baiser avec toi !!!! Pour t, occuper de mon dossier

– Tu as raison je suis sans doute un sale con. Comment me faire pardonner ? Merci de me redonner une chance. Es tu dispo des ce soir ?

À chaque fois, l’homme politique fait miroiter à Sophie Patterson qu’il est en lien avec la ministre de la Justice en place et qu’elle va pouvoir l’aider dans son dossier judiciaire. Il lui cache toutefois que la garde des Sceaux lui a déjà fait part de son refus d’intervenir dans le dossier en question.

Questionné sur cet abus de pouvoir présumé lors de son audition, Gérald Darmanin a répondu au juge : « Pour moi, il n’y a pas de lien entre la relation sexuelle que nous avons eue et la raison pour laquelle elle était venue à l’UMP. Il n’y avait aucune contrepartie dans cette relation sexuelle ».

Une deuxième affaire d’abus de faiblesse, avec relation sexuelle

Cette affaire d’abus de pouvoir n’est pas la seule à viser le ministre. Une habitante précaire de Tourcoing a également déposé plainte pour « abus de faiblesse » en février 2018. Celle-ci avait déclaré aux policiers s’être « sentie obligée » d’accepter des rapports sexuels avec l’homme politique, alors maire de la ville, pour qu’il plaide en sa faveur dans sa demande de logement auprès des bailleurs sociaux.

Après trois mois d’investigation, cette enquête pour « abus de faiblesse » et « trafic d’influence » avait finalement été classée sans suite. Toutefois, Médiapart rapporte que les avocates de Sophie Patterson réclament désormais que cette procédure « soit intégralement jointe au dossier en raison des similitudes apparentes » qu’elle présente avec la leur, « dans la nature des faits reprochés à M. Darmanin ».

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